Kingdom Hearts Final Mix

Vers la Nomurade et au-delà !

Genre
Action / RPG
Développeur
Square Enix
Éditeur
Square Enix
Année de sortie
2013

Cela faisait fort longtemps que je me disais qu’un jour, il faudrait que je laisse de nouveau une chance à la franchise Kingdom Hearts. J’en avais même un peu parlé lors de mon bilan de l’année 2013, c’est dire… Parce que Kingdom Hearts et moi, à l’époque de la Playstation 2, c’était quelque peu le désamour et la science du ragequit précoce lors des différents essais que j’ai bien pu faire. Avec le recul, il n’était guère étonnant que cela arrive : c’était une époque où j’avais encore de grandes difficultés à appréhender l’action/RPG, moi qui ne jurais – et préfère toujours par ailleurs quand bien même la mécanique ne vieillit pas toujours très bien selon les cas de figure – que pour le tour par tour. Ajoutez ensuite que je ne fais pas partie des personnes qui ont grandi en étant à fond sur les Disney, ayant surtout été alléchée par Final Fantasy qui y était également vendu, malheureusement plus discret. Le manque d’emprise de ce fan-service a également dû contribuer au fait que ce pauvre jeu m’étais toujours tombé des mains. Alors, si planifier des jeux à faire à l’avance n’a jamais été trop mon truc, ayant vite tendance à m’éparpiller, cela ne veut pas dire que si un objectif n’est pas rempli l’année suivant la suggestion ne le sera jamais. Et c’est donc tout récemment que l’envie et le déclic s’est produit.

Avoir sorti une compilation – sous-titrée The Story So Far – avec tous les épisodes (hormis Kingdom Hearts III) qui étaient tous originellement sortis sur différentes plates-formes avec petit coup de polish en bonus était sans doute la meilleure décision que Square Enix ait pu prendre pour la franchise. Parce que soyons honnête : ils ont eu beau dire en terme de marketing que les épisodes non-numérotés étaient de simples spin-offs et que le récent troisième opus pouvait être appréhendé sans avoir fait le reste, je ne vois pas comment quelqu’un qui découvrirait la franchise avec ce dernier pourrait comprendre quelque chose à l’histoire si l’on n’est pas au fait des épisodes antérieurs, spin-offs inclus car tous aussi importants les uns que les autres pour la bonne compréhension dans les éléments qui y sont développés. Et qu’avoir choisi cette voie des spin-offs pas si spin-offs et le côté multi-supports à l’époque (Playstation 2, Nintendo DS et 3DS, Game Boy Advance, PSP et jeux mobiles quand même), c’était s’enfoncer une belle épine dans le pied, rendant l’univers de la franchise assez bordélique et cryptique lorsque l’on y porte un regard extérieur. Ce qui est justement fort contradictoire dans le sens où l’association avec Disney renvoie fatalement à un public plutôt jeune. Et qu’au final, on finit par se rendre compte que Kingdom Hearts n’est pas spécialement un jeu pour les enfants à proprement parler mais plutôt pour les plus grands qui auraient conservé leur âme d’enfants.

C’est justement ce tout premier opus où tout a commencé qui, finalement, serait vraiment celui à mettre entre les mains d’un public plus jeune. Parce qu’il pose toutes les bases du scénario et a, de plus, été plus ou moins conçu pour se suffire à lui-même au bout du compte sans se prendre le chou avec des concepts énigmatiques de timelines, énorme multiplicité de personnages encapuchonnés clonesques et autres clichés typiques de Tetsuya Nomura pour nous brouiller les pistes au risque de nous perdre totalement. Ceux ayant fini Final Fantasy VII Remake comprendront… Mais paradoxalement, peut-on réellement mettre entre les mains un jeu de base sorti sur Playstation 2 avec un gameplay typique de son époque à un public ayant principalement connu les dernières générations ?

Malgré tout, on ne crachera pas pour autant dans la soupe, la version remasterisée sortie sur Playstation 3 – qui prenait comme base la version légèrement améliorée du même nom, à l’instar des versions International des Final Fantasy, qui n’est jamais sortie chez nous – ensuite portée sur Playstation 4, en plus d’offrir un brin plus de finesse graphique, arrange deux ou trois petites choses dans cette formule action/RPG, plutôt bonne dans sa base, mais souffrant de quelques défauts de jeunesse, faisant qu’il s’agit d’un épisode qui ne vieillit pas forcément si bien que cela. Surtout face au second épisode qui proposait autrement plus d’aboutissement sur ce plan-là. Déjà, l’animation des sauts a été légèrement revue afin d’être sensiblement plus maniable. Même si cela ne fait pas disparaître totalement l’agacement, voilà un détail qui rend toutefois certains passages plus supportables, tels les boss de grande taille que l’on peut escalader pour atteindre un point faible et autres environnements tirant vers un gameplay légèrement plate-formes. De la même manière que les sensations semblent un brin moins mollassonnes et rigides, notamment en début de jeu où les capacités de nos personnages sont fatalement limitées, RPG oblige, et autres combats aériens et sous-marins, tout particulièrement lors des boss de taille titanesques qui s’avéreront imbuvables à mener, passé le sentiment positif du fan-service souvent déployé afin de les rendre impressionnants et marquants. Le coup de polish, en outre, ne gomme pas les principaux défauts qui ont fortement contribué à mon abandon de l’époque, à savoir la caméra approximative et une science du ciblage un brin capricieuse qui aura de quoi faire grincer des dents plus les affrontements se complexifieront. Malgré tout, j’ai pris les choses avec plus de patience et philosophie, étant parvenue à mieux appréhender l’orientation action/RPG aujourd’hui. Et donc à ressentir un certain plaisir manette en main, la base étant tout de même fort agréable – des mécaniques simples dans la théorie mais pouvant se montrer exigeantes dans la pratique – et laisse présager un côté jubilatoire une fois les soucis de candeur gommés afin d’optimiser la formule.

On espère par ailleurs que la narration prenne un tout autre essor dans la suite de la série. Car ce premier opus trahit quand même fortement son âge à ce niveau dans le sens où elle est plutôt platonique, avec des transitions brutes de décoffrage et finalement peu de séquences de mise en scène marquante, surtout si on va le comparer avec d’autres travaux de Square Enix de la même période, Final Fantasy X pourtant sorti l’année précédente (au Japon s’entend) en tête. Bref, sans aller dire que le budget était au ras-des-pâquerettes non plus, on sent que celui-ci a plutôt été investi dans d’autres domaines. Car quand bien même Kingdom Hearts était à la base une commande de Disney auprès de Squaresoft afin d’étendre son « empire » au Japon et qu’il met donc la valise de biffetons sur la table, il faut bien admettre que le côté licence avec toutes les conséquences satellites que cela peut amener ne sont pas anodines d’un point de vue budgétaire. Notamment le fait d’avoir proposé une multiplicité de localisations doublées avec les voix officielles de tous les personnages Disney présentés dans le jeu de chaque pays. La version originelle française de l’époque très soignée (un certain Donald Reignoux prêtait sa voix à Sora notamment) à ce niveau n’y a pas fait exception et est même très fortement appréciée des fans au point d’avoir soulevé bien des disputes quant à l’abandon des localisations doublées après Kingdom Hearts II. Le fait que la compilation ne propose pas ces-dites voix françaises n’ayant fait qu’ajouter de l’huile sur le feu au sein des fan-bases. De mon côté, ayant souvenir de cette-dite VF et ces odieuses voix collées aux personnages de Final Fantasy, j’admets que me retrouver face à la version anglaise des voix ne m’a pas spécialement dérangée. Au contraire, j’étais même très intriguée, n’ayant jamais été forcément trop confrontée aux Disney et autres films/séries d’animation occidentaux jeune public en VO. Et que finalement, pour beaucoup de voix de personnages Disney, on retrouve énormément de similitudes avec ce que l’on a toujours connu en France (mention spéciale à Hadès de Hercule et le Génie d’Aladdin qui gagnent encore des points de charisme supplémentaires à mon sens). Tandis que les personnages issus de Kingdom Hearts et Final Fantasy gagne un brin en maturité tant je trouvais que la version française originelle pouvait parfois « bébétiser » le propos déjà intentionnellement (et à raison, c’est Disney après tout) orienté enfantin. Ou comment ajouter une surcouche de niaiserie inutile qui, de plus, risque de passer autrement moins bien au fil de la croissance du public qui, même s’il conserve son âme d’enfant, n’a pas besoin de supporter une Youffie, un Tidus et même un Riku qui ramènent aux méandres de l’abrutissement infantile.

Alors au final, qu’en est-il de cette réhabilitation, à presque vingt ans d’intervalle ? Il y a déjà une satisfaction d’avoir cette fois vu les crédits sans s’être trop forcé. Mais en toute honnêteté, à ce seul opus, j’ai eu beau trouver cette fois le divertissement plaisant, ce n’est pas pour cela que j’ai trouvé ça foufou pour autant. Même remis dans son contexte. Le manque de mise en scène se fait cruellement sentir. L’histoire, sans être mauvaise du tout, en pâtit grandement, paraissant plutôt fadasse et si l’on sent déjà cette volonté de twist dont seul Nomura a le secret, le rendu n’est clairement pas palpitant. En outre, dans mes impressions, on peut autant dresser des qualités qui m’ont impressionné que de points qui m’ont fortement déplu, à la manière du cheminement du jeu où il n’était pas rare de passer à des moments vraiment plaisants à des phases de purge infâme. Ceci expliquant sans doute ce sentiment aigre-doux.

Parmi les bons points, il y a évidemment cette base de gameplay abordé précédemment. On pourra également évoquer la direction artistique, vraiment admirable. Car mélanger les univers de Disney et Final Fantasy, le tout pour créer un véritable écosystème (à comprendre, une nouvelle entité) qui lui est propre, il faut admettre que l’exercice est vraiment casse-gueule. Tout renvoie à la différence et pourtant, tout se marie bien sans jamais paraître incohérent. Il suffit de voir le character design – on peut voir Nomura d’un œil farouche pour diverses raisons, on ne lui retirera pas le fait qu’il est excellent en la matière – pour s’en convaincre : les personnages spécifiques à Kingdom Hearts, Final Fantasy et ceux de Disney, aussi différents soit-ils dans leur forme, cohabitent vraiment harmonieusement d’un point de vue purement visuel et ce, sans qu’aucun du clan Square ou Disney ne perde de son essence pour autant en terme de design. De la même manière que pour les environnements, fidèles à Disney pour ceux issus de ses longs-métrages tandis que les décors propres à Kingdom Hearts ont ce quelque chose qui se marie bien tout en dégageant un esprit J-RPG pur jus. Les musiques offrent de très beaux moments, entre redécouverte nostalgique d’ambiances Disney emblématiques – y compris ce mauvais aspect que cela hante un peu trop longuement dans la tête – et thèmes spécialement composés pour l’occasion, appuyant souvent les combats de fort belle manière.

L’autre point appréciable pour quelqu’un de pas foncièrement inconditionnel de Disney – même si dans cet opus, je connaissais toutes les références, ce qui est plutôt révélateur du public visé, pile poil dans ma génération, ce qui sera autrement moins le cas dans la suite de la série – c’est ce parti-pris de ne pas jouer dans du fan-service trop copier/coller stérile et opportuniste. On traverse des univers Disney, on rencontre les personnages qui y sont liés et ils sont omniprésents certes mais il n’est nullement question non plus de se retaper les scènes et intrigues des longs-métrages comme cela semble être davantage les cas dans les opus les plus récents de la saga. Au contraire, ici, on imbrique l’histoire dans ces univers et on joue la carte du fan-service de clin d’œil pour ne pas dénaturer l’essence des références. Malheureusement, on regrettera que du côté de Final Fantasy qui était quand même un argument important à l’époque dans la communication, le fan-service ne se contente que de simples présences d’une poignée de personnages emblématiques (pas de représentation de lieux emblématiques, ni même spécialement de revisite de thèmes musicaux, exception faite du combat ultime et optionnel contre Sephiroth) finalement plus prétextes qu’autre chose, leur disparition progressive au fil des épisodes de la saga ne faisant qu’enfoncer leur rôle finalement assez mineur. Bref, pour l’avalanche de fan-service qui vient caresser les fan de Final Fantasy dans le sens du poil, il vaudra bien mieux s’attarder sur un World Of Final Fantasy, vraiment pleinement orienté là-dessus, plutôt qu’un Kingdom Hearts où l’on sent que c’est vraiment Disney qui aligne la monnaie et donc se prend la plus grosse part de présence. Ce qui, en soi, n’est pas foncièrement un défaut selon les affinités de chacun, il faut juste savoir en amont où l’on met les pieds et assumer cet état de fait.

Parmi les mauvais points qui rendent ce premier opus particulièrement pénible par moments, il faudra compter sur les approximations techniques précédemment abordées (défauts de caméra et ciblage, sauts et déplacements aériens et sous-marins rigides). Ce qui amène des moments frustrants. Comment ne pas rester traumatisé face aux boss titanesques se combattant par la voie des airs où les déplacements sont tout bonnement erratiques, donnant ainsi des affrontements extrêmement confus, se gagnant surtout par chance et et excès de bourrinage bien bête ? Tandis qu’à côté, les affrontements de boss vissés au sol – mention spéciale aux duels contre des protagonistes humains, vraiment palpitants – montrent au contraire de nombreuses subtilités et un plaisir certain de se voir se les approprier tout du long de la progression, voilà qui vient bien faire tache. On retiendra tout particulièrement le monde de la Petite Sirène qui motive à lui seul de ne jamais refaire le jeu afin de ne pas avoir à le revivre, entre le thème « Sous L’Océan » tape-système en moins de deux minutes, l’intégralité des combats aléatoires sous l’eau bien mous du genou avec, pour finir en beauté, une Ursula géante, aussi impressionnante visuellement qu’elle fera grincer des dents manette en main. La mort du fun donc.

En parlant de fun mis à mal, on pourrait également parler de Winnie l’ourson qui en aura également traumatisé plus d’un à grands coups de musique et mini-jeux plus assommants les uns que les autres Square et les mini-jeux, souvent une grosse problématique – mais compte tenu du caractère optionnel et pas trop compliqué, on tolérera encore. Moins facile à passer outre en revanche car obligatoires ne serait-ce qu’une fois pour le premier trajet sont ces phases de vaisseaux en shoot’em up permettant de se déplacer d’un monde à l’autre. Difficile à déterminer ce qui est le plus désagréable : la maniabilité catastrophique où il est bien difficile de savoir où l’on est placé et où l’on tire exactement à l’écran ? Ou le fait de pousser le bouchon plus loin en permettant d’améliorer/changer son vaisseau via des menus à l’interface tout sauf intuitive ? Ou de jouer les têtus et continuer à proposer ce genre de phases dans les opus suivants alors que clairement, personne, à l’unanimité, ne voulait plus jamais subir ça ? Bref, à vous de faire votre choix…

Quand bien même la version Final Mix et le petit coup de polish améliorent sensiblement certaines choses, ce premier Kingdom Hearts s’avère ne pas passer à la postérité sans encombre, surtout compte tenu de certains de ses successeurs autrement plus aboutis, que ce soit sur la narration un plus soutenue et le gameplay de combat offrant de meilleures sensations, plus de subtilités et moins de caméras/ciblages capricieux. Sans aller dire que ce soit foncièrement mauvais, on ne peut pas dire que ce soit l’opus qui motive le plus de recommencer pour le plaisir, hormis peut-être dans le cadre d’un marathon de la saga afin de se remettre les éléments d’histoire fondateurs en tête… Et bien sûr, d’entrer tout simplement dans la saga en prenant la toute première porte d’entrée, histoire de bien cerner le propos qui a tôt fait de se complexifier au fil de ses suites et spin-offs. Malgré tout, la base identitaire est là et fonctionne fort bien en terme de direction artistique, fan-service (surtout orienté Disney, Final Fantasy étant plus discret) et d’idées de gameplay, aussi simples à comprendre dans ses mécaniques que pas si évident à maîtriser parfaitement, notamment dans le cadre des combats les plus exigeants. Bref, il faut savoir dans quoi on met les pieds et si cela nous convient, l’expérience est divertissante encore aujourd’hui. Après, de là à dire fofolle et palpitante, il y a un pas que l’on ne franchira pas…

Kingdom Hearts Final Mix
Appréciation
Incroyable mais vrai, presque vingt ans après, j'ai enfin pu finir le premier Kingdom Hearts. Pas de rage quit cette fois-ci et de beaux moments divertissants certes, quand bien même je garde comme un sentiment aigre-doux. Certains défauts nuisant à un gameplay pourtant bien pensé étaient déjà gênants à l'époque et font que le titre passe certainement moins bien la postérité qu'un Kingdom Hearts II qui reste encore maintenant l'opus référentiel pour beaucoup de fans de la saga. Malgré tout, cela ne change pas le fait que l'univers développé est intéressant, l'alliance Square Enix/Disney, aussi incongrue soit-elle sur la théorie, vraiment rondement menée avec un certain équilibre pour ne pas ressentir comme un effet « vitrine publicitaire pour l'oncle Walt ». Et juste pour ça, il convient d'applaudir le résultat tant le pari, sur le papier, ne pouvait que rendre perplexe. Malgré tout, il faudra avancer encore un peu dans la découverte de la série pour réellement comprendre un peu mieux l'engouement que sa fan-base peut lui vouer depuis tant d'années.
Points forts
Un mix d'univers totalement improbables qui fonctionne
Une D.A. incroyable qui rend autant honneur à Square et à Disney
Une base de gameplay aussi simple à comprendre que pas si évidente à maîtriser
Des duels palpitants
Quelques petites améliorations avec la version HD rendant certains aspects moins rigides
Points faibles
Un fan-service Final Fantasy plutôt en retrait par rapport à Disney
Une narration mollassonne manquant cruellement de mise en scène
De gros soucis de caméras et ciblages rendant certaines séquences pénibles
Des mini-jeux et séquences de vaisseau (en shoot et sa personnalisation) vraiment infâmes
Des combats aquatiques et aériens rigides et brouillons
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