Bayonetta – Avis de Margoth
Bayonetta, c’est toute une histoire. Une grande brune à lunettes sexy qui a de quoi en faire baver. Mais s’arrêter au graveleux serait minimiser ce qu’est véritablement la bête. Le titre édité par Sega est un beat’em all de fou furieux et nul doute que son créateur qu’Hideki Kamiya, son créateur, peut se frotter les mains au sujet de son petit bébé : la licence arrive de nulle part et se permet déjà de dépasser qualitativement parlant les séries les plus louangées qui, maintenant se contentent de s’asseoir en ne s’appuyant que sur leur notoriété. Là où ses derniers n’ont plus rien à prouver, Bayonetta avait tout à faire pour creuser son trou et nul doute que même si le succès et les retours de notre hexagone se veulent épars, Platinum Games a tout de même réussi son pari en ne révolutionnant pas le genre mais en réussissant tout de même à l’amener à un autre niveau de grandeur.
Un univers acidulé.
Qu’on se le dise de suite, ce n’est pas avec Bayonetta que l’on se prendra la claque scénaristique. Ça parle de sorcières, d’inquisition, d’ombre et de lumière qui doivent maintenir l’équilibre du monde. Bref, rien de nouveau sous le soleil comme qui dirait. Mais autrement, l’histoire, elle donne quoi concrètement ? Euh, bah, en voilà une bonne blague. Les sorcières et les anges se font la guéguerre depuis des siècles pour maintenir l’équilibre du monde entre lumières et ténèbres, une sorcière se retrouve un beau jour emprisonné dans un cercueil duquel elle y restera enfermée quelques siècles avant de pouvoir s’en extirper totalement amnésique. Et quelques années plus tard, on la retrouve, piquante, provocante mais toujours ses souvenirs en moins… Bon, en gros, vous allez tabasser des anges pendant tout le jeu ainsi que des entités plus impressionnantes et balèzes et ne posez pas plus de questions car franchement, ça ne sert strictement à rien. Sans aller dire que l’histoire n’a vraiment aucun sens, on ne peut pas dire qu’elle se tienne fièrement debout avec une droiture à jalouser : elle est on ne peut plus bancale et ne dispose pas d’un grand intérêt. Mais bon, on est dans un beat’em all, pas dans un film interactif après tout.
Pourtant, ce serait réducteur de s’arrêter à cet aspect peu reluisant. Si l’histoire ne casse pas trois pattes à un canard, on ne pourra en faire le même constat pour le reste, qu’on aborde la thématique de l’univers et ses protagonistes ou celui de l’ambiance et narration. Pour ce dernier point et si je l’aborde en premier lieu, c’est sans doute par tout ce côté déjanté et si démesuré qu’on flirte dangereusement avec le « What the fuck ? » à chaque minute qui passe que l’on s’attache tant à ce jeu. Au milieu des deux grandes écoles telles que God Of War et Devil May Cry qui se prennent bien plus au sérieux, le titre de Platinum Games offre une brise de printemps fort rafraîchissante. Mieux, en optant pour ce parti-pris déblatérant tous les sobriquets (flashy, fan service, niaiserie de certains protagonistes, musiques acidulées…) de la japoniaiserie qui feront sans nul doute grincer les anti-Jap’ avec un naturel déroutant et décomplexé, Bayonetta se met en marge de la concurrence et peut se targuer de jouir d’une véritable identité, exubérante peut-être mais charmante.
Un gameplay bien rôdé.
Après, ce qui vient d’être dit ne justifie pas tout. Si l’attachement sentimental finit par être de la partie en ce qui concerne son univers, une grande partie du processus intervient grâce à son gameplay qui, à lui seul, motive les troupes à avancer, en attendant que le temps agisse de lui-même à ce qu’on en vienne regarder notre écran avec ce regard doucereux. Et Bayonetta n’a pas à rougir de son gameplay, c’est même carrément le centre du jeu, son atout majeur. Le rythme est survitaminé et les combats sont extrêmement nerveux. Mais malgré ce parti-pris extrême de dynamisme, le soft se veut très subtil et précis.
Certes, les premiers pas s’avèrent bordéliques, les premières minutes ne sont qu’un furieux déraillement de coups et de paillettes totalement incompréhensibles. Néanmoins, Bayonetta se laisse vite apprivoiser, ce qui ne rend que le schmilblick que plus jubilatoire, d’autant plus lorsqu’on sait qu’un simple spectateur ne s’y étant jamais frotté à côté de nous restera totalement sur le carreau à propos de l’effusion de violence apparaissant à l’écran. Délicieusement accessible tout en restant affreusement technique et exigeant, on ne tarde pas à maîtriser des combos plus impressionnants et surréalistes les uns que les autres. Et on ne se gênera pas pour les ressortir avec une facilité déconcertante, le rythme de tout ce joyeux foutoir s’acquiert avec une aisance toute naturelle jusqu’à même en devenir une seconde nature.
Outre les phases purement beat’em all où la seule particularité se détachant étant la rapidité d’exécution et nervosité du rendu, Bayonetta est tout de même pourvu de certaines autres petites subtilités l’éloignant encore un peu du classicisme sur lequel il repose. Les boss titanesques inhérents au genre se voient dotés d’un petit côté Shadow Of The Colossus à la sauce délurée bienvenue, ajoutant encore une bonne dose de démesure gratuite souvent loufoque à son moulin. De même qu’on pourra constater un effort certain de la part de Platinum Games d’essayer de varier son propos tout en rendant hommage à leurs bonnes vieilles influences de gosses par l’intermédiaire d’un doublon de niveaux en véhicule (moto et avion) présenté sous forme de jeu d’arcade. On pourra malheureusement déplorer la maladresse de leur incursion sur l’ensemble, certainement trop peu présents mais reposant sur des phases bien trop longues et indigestes pour qu’elles viennent vraiment marquer l’auditoire. Toutefois, leur présence ne fait pas tache pour autant et ont l’avantage d’apporter un petit bol d’air frais entre deux matraquages répétitifs d’entités angéliques. De la même manière, chaque niveau se termine par un mini-jeu de tir typé arcade (à la Time Crisis et compagnie) afin de glaner quelques petits bonus et permet surtout de souffler un peu avant de rattaquer le niveau suivant, tambour battant.
Du fun en barre.
Si la prise en main est déjà jubilatoire, qu’aller buter des anges et défourailler des boss est trippant, lorsque l’univers finit par rentrer dans nos bonnes grâces, le jeu prend une dimension supplémentaire : on a devant soi un beat’em all totalement transcendant. Sans même aller prendre de risques, Bayonetta est certainement ce qui se fait de mieux, jamais le genre n’aura révélé une perle aussi orgasmique, école américaine et japonaise confondues. Certes, les farouches pourront accuser la démesure toujours irréaliste, souvent grotesque déployée mais ce serait mal comprendre Bayonetta : c’est justement ça qui fait son charme et peut même le monter au rang d’expérience à part entière.
Car, si le début reste peut-être étonnant pour le débutant, il n’en demeure que tranquille par rapport à ce qui suit. Le titre de Platinum Games est construit sur un rythme pourvu d’une intensité allant crescendo. Et c’est à partir de là que la magie opère vraiment. Qu’il en soit bien clair, le jeu n’a beau pas tourner loin des huit heures, on en ressort totalement vidé et éreinté tant on finit vite par gagner des dimensions épileptiques cosmiques. Ce genre de stade où tout être pourvu de raison dira « stop » mais qu’on continuera bêtement tant la frénésie du tout hypnotise et fascine. Les yeux écarquillés se remplissant peu à peu du rouge des veines se gonflant, on se laisse porter par la vague le sourire aux lèvres de façon totalement gratuite et masochiste. De toute manière, une fois qu’elle nous engloutit, comment peut-on y échapper à cette vague ?
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Ah ah, c’est marrant de voir à quel point on peut se rejoindre dans nos avis sur Bayonetta. Du coup, voir du machisme et du sexisme partout dans le soft est peut-être moins une question d’appartenir à la caste des mâles bassement libidineux ou celle des demoiselles virginales, et plus une question… je ne sais pas, d’avoir vraiment touché au jeu plutôt que de s’être arrêté à quelques pubs racoleuses et une image il est vrai un peu provoc ^^.
En tous cas, on ne le dira jamais assez, grand jeu, vent de fraîcheur, bande-son magistrale, etc, etc…