The Granstream Saga

Du Quintet camouflé

Genre
Action-RPG
Développeur
Shade / Quintet
Éditeur
Sony Computer Entertainment
Année de sortie
1999

La Playstation, nous en conviendrons tous, était et demeure encore une mine d’or en matière de RPG japonais. Et malgré le fait que nous autres européens n’avons pas été aussi bien servis que nos compatriotes américains, certains titres, en marge du catalogue “référence” de Squaresoft, ont eu le droit à une obscure localisation quand nos étales débordaient essentiellement de Final Fantasy. On peut remercier Sony Computer Entertainement et son fameux logo orange dans cette démarche ma foi risquée, avec des pressages comme le second épisode de Star Ocean, The Legend of Dragoon… Mais aussi The Granstream Saga, l’objet logique de notre article, dont la sortie nous amène peu avant la fin du vingtième siècle.

Cela n’émoustillera personne de savoir que ce titre a été développé par un certain Shade. Cela titillera plus si sous ce « pseudo » se cache une partie du staff du studio Quintet, responsable de la majorité des A-RPG d’Enix de la Super Nintendo. Terranigma, Illusion of Time, Soul Blazer, entre autres, c’est eux. Pour leur passage à la 3D, le studio s’est détaché de son éditeur phare pour voler de ses propres ailes, et The Granstream Saga fait parti de ses premières productions Playstation. Il est important de savoir que le titre est originalement sorti au Japon en 1997, ou la même année de Final Fantasy septième du nom partout dans le monde. En Europe, la galette du petit développeur est sorti deux ans plus tard, soit en 1999, ce qui fait que beaucoup d’autres RPGs sont passés dans nos consoles entre temps. Un petit ajustement de calendrier qui peut avoir son importance…

La Terre se meurt. Notre civilisation dans laquelle nous vivons encore aujourd’hui semble avoir totalement disparue, laissant place à une sorte retour au Moyen-âge. La faute à une guerre sans précédent pour la maîtrise d’une magie nouvellement découverte, entraînant la quasi-destruction des terres viables. Il ne reste plus qu’une poignée de minuscules continents, maintenus dans les airs par une force mystique qui décroît de jours en jours. Sur l’un de ces cailloux, un vieil homme s’affaire à en découper une partie pour ralentir son inexorable chute dans l’océan, sous les yeux attentifs de son disciple, le héros de notre aventure, Eon. Courageux et vif, il va démontrer sa bravoure en sauvant d’une morte probablement abominable un groupe de petits oiseaux alors qu’ils se trouvent sur le bloc qui tombe dans l’océan. Sa destinée, même si il ne sait pas encore, semble toute tracée, notamment “à cause” d’un mystérieux bracelet scellé à son bras et dont il ne connaît pas encore les incroyables facultés, et aussi par le fait que son mentor va disparaître plutôt brutalement, ne lui laissant qu’une vague piste qui scellera l’avenir du monde. On apprendra rapidement que ce bracelet, « le Spectre », possède la faculté de reconstituer des objets cassés, ce qui va être sacrement utile tout au long de son aventure, comme nous le verrons plus loin. Sa quête le mènera rapidement à rencontrer Arcia, descendante directe d’un sage. Ne le sachant pas au départ non plus, cette fille un peu naïve possède en elle le pouvoir de faire remonter les continents, ce qui intéresse un mystérieux royaumes d’odieux et abominables magiciens, au point de demander son kidnapping par un groupe de pirates. N’écoutant encore une fois que son courage, notre héros décide de partir la sauver en embarquant clandestinement à bord du vaisseau des dits pirates, ce qui va l’amener à rencontrer, via la non moins célèbre scène de la douche (bien mis en avant sur la boîte du jeu) la quelque-peu nerveuse Laramee et Korky, une espèce d’oiseau bizarre aux gros yeux et design général peu alléchant. Ensemble, après quelques déboires et autres trucs qui volent que nous ne dévoileront pas ici, ce petit groupe formera l’équipe qui sauvera le monde par la remontée des continents.

On retrouve ici une base scénaristique assez classique, très proche des autres titres de Quintet ou du manga typé shōnen, à savoir le jeune héros orphelin à qui on va filer le sauvetage d’une planète en perdition, en partant du fait qu’il a en lui des pouvoirs dont il ne connaît rien et qui lui ont été légués par ses soit disant ancêtres. Pas d’histoire de village qui brûle ou de vengeance qui se prépare en frappant des rondins de bois sous les cris d’un sensei intransigeant, c’est déjà ça. La palette de personnages de The Granstream Saga s’avère assez réussie, même si on retrouve ici la nana nunuche, la demoiselle énervée mais bien fournie niveau formes, un ténébreux frère méchant mais pas si méchant que ça, et enfin la mascotte un peu débile et qui pour le coup fait quand même assez peur. On arrive cependant à s’attacher à eux et à les suivre avec un certain intérêt tout au long de cette sympathique histoire qui affiche au compteur non pas une durée de jeu de plus de 100 heures comme le précise fièrement sa jaquette arrière, mais plutôt un parcours de l’ordre de la dixième d’heures bien occupées. En plus des boites de dialogues avec leurs portraits, le jeu est agrémenté, pour les scènes clefs, de jolies cinématiques réalisées par Production I.G. (Ghost in the Shell, Eden of the East), traduites en français comme pour le texte… Je ne vous fait pas de dessin sur la qualité du doublage des animés et des jeux de l’époque. D’où l’impression que parfois Arcia fait plus office d’un pot de chambre que l’héritière d’un pouvoir incroyable. A noter que le jeu, sans aller jusqu’à disposer d’un scénario à plusieurs tiroirs, dispose de deux fins différentes. Un petit plus tout à fait bienvenue.

Attardons nous maintenant sur la partie esthétique et sonore du jeu. Sorti en 1997 au Japon, The Granstream Saga peut se targuer de jouer la carte de la 3D temps réel quand un certain Final Fantasy VII est un mixe entre modélisations et décors pré-rendus. Nous voyons pour la grande partie du temps notre personnage en vue du dessus, et nous nous baladons dans des décors ma foi forts agréables, entre une conception générale des villages et des donjons plutôt convaincante et habillés par des textures nettes et variées. Les environnements ne sont certes pas très originaux, pas tellement vivants, l’animation des personnages dans la partie exploration est simplette, mais le titre peut se vanter de tourner constamment à soixante images par seconde, même sur notre version PAL à nous, alors que l’on pourrait s’attendre à un hideux 50hz. Une chose assez déroutante mais dans le bon sens, à contrario d’un autre élément qui a un peu participé à la notoriété du jeu: durant les dialogues importants, là où la caméra s’autorise une vue plus horizontale, on constate avec stupéfaction que les acteurs qui se présentent à nous n’ont pas de visages. Pourquoi ? Effet de style ? Manque de moyens ? Essais insatisfaisants ? Le mystère reste entier. La partie musicale est assurée quand à elle par différents membres du staff de Quintet, à savoir Kōhei Tanaka (Alundra, Resonance of Fate), Miyoko Kobayashi (Landgrisser), Masanori Hikichi et Takako Ochiai (Terranigma). Du fort beau monde qui signe ici une excellente bande son qui sait mélanger mystère, mélancolie et un petit soupçon d’épique, notamment pour la musique de l’écran titre ou des combats.

Le gameplay de The Granstream Saga se détache quelque peu de ses confrères de l’époque en proposant un système de jeu plutôt original. Premier point : Eon ne gagne pas d’expérience à proprement parler en battant ses ennemis par exemple. L’évolution de ses HP, matérialisés ici par une sorte de « sous-barre » (appelée ici LP) comme celle d’un boss dans un beat’em’all et qui implique donc que l’ennemi vide la barre principale pour en retirer une partie de l’autre, est liée à la simple progression dans le jeu, c’est à dire à certains moments clés dans l’aventure comme la résolution d’une énigme ou la destruction du boss d’un donjon, mais aussi en ouvrant certains coffres disséminés ici et là. Son attaque et sa défense découle de la découverte de fragments d’armes, armures et boucliers en fouinant ces mêmes coffres ou des tonneaux dans les villes, que le fameux spectre va reconstituer pour fabriquer un nouveau équipement tout beau tout neuf. La magie elle, ne dépend pas non plus de niveaux mais se recharge avec des objets spécifiques. Il faudra alors être suffisamment prudent et ne pas lancer à tord et à travers des sorts – plutôt nombreux et efficaces d’ailleurs – qui consomment beaucoup de MP. Il y a bien des boutiques pour acheter l’épicerie de base comme des potions et autres frivolités, mais les armuriers sont toujours absents, ces braves gars ayant décidé, dans chaque village, de se barrer je ne sais où alors alors que l’élu qui va sauver le monde est dans les parages. Mais après tout, ils ne sont pas censés le savoir.

Attardons nous enfin sur le point ô combien culminant du titre de Shade :  les combats. A l’instar de certains RPGs, les ennemis sont parfaitement visibles, se baladant tranquillement dans le donjon et peuvent être facilement esquivés, vu leur temps de réaction à la vue du héros. Chaque affrontement prend la forme d’un duel, là où d’autres jeux prônent l’affrontement avec plusieurs adversaires. La transition entre la partie exploration et le combat est extrêmement rapide : les deux protagonistes rentrent en contact, le décor environnant s’agrandit (ou les personnages rétrécissent, selon l’avis de chacun) tout en prenant en compte les éléments présents pour créer d’éventuels obstacles, Eon fait appel à son bracelet pour « invoquer » son épée, son bouclier et son armure, la musique bascule vers un rythme plus nerveux, et voilà, la tuerie peut commencer. Sans véritablement aucun chargement, sans écran qui fait «FFIISSHH» avec un joli effet graphique, rien. Ceci apporte un rythme plutôt bon à l’ensemble du jeu, et évite aux joueurs pressés (ou blasés) d’avoir à attendre entre chaque phase. Sur l’aire de combat, on peut se déplacer librement, même si notre regard est toujours locké sur l’ennemi, et l’on dispose de trois types d’armes qui s’accompagnent logiquement de leurs éternels avantages et inconvénients: la dague est rapide mais peu puissante, attaquer à la hache offre une force offensive importante au détriment d’une vitesse d’attaque très réduite, et l’épée constitue le juste milieu entre les deux choix précédents. Selon la direction sur laquelle, le débit de pressages exercés sur le bouton d’attaque et où l’ennemi se situe, Eon exécutera un coup large, un estoc, ou un simple enchaînement de coups. Par une petite commande comme un demi cercle et la touche par défaut, notre intrépide pantin lancera, après un petit temps de cast, une dévastatrice attaque qui retirera une barre de LP entière à un ennemi. Reste enfin différentes options comme différentes esquives, la possibilité de sprinter tête baissée sur son opposant et le classique braquage de bouclier qui n’encaissera que les coups normaux. En somme, les combats s’avèrent particulièrement dynamiques et intéressants, même si le bestiaire est sacrément limité avec ses dix pauvres ennemis dont on a changé les couleurs et la puissance, et qui demandent globalement le même mode opératoire pour être battus.

The Granstream Saga
Appréciation
Avec son scénario sympathique et son gameplay quelque peu « original », The Granstream Saga est un RPG honnête, fort agréable à parcourir, pas très long mais qui dégage un certain charme. On regrettera principalement un manque flagrant de quêtes annexes afin de demeurer un tantinet plus longtemps dans cet univers très réussi, bien qu'un peu classique. Nous voilà donc en présence d'un jeu encore peu connu qui mérite une certaine attention lors d'une courte session de retrogaming, en partant du fait qu'il ne constitue pas un titre majeur de la ludothèque Playstation, mais finalement un des premiers du genre sur le suppor sorti bien tard dans nos contrées. Enfin, pour ceux qui se demandent ce qu'est devenu Quintet ou encore Shade, qui marque avec le présent titre une concluante transition vers la 3D, sachez que ce dernier a offert à la petite sœur de Sony un de ses premiers jeux de rôles, mais malheureusement pas le meilleur, puisque qu'il s'agit du plus ou moins populaire Orphen : Scion of Sorcery.
Points forts
Scénario convaincant
Système de combat réussi
Bande-son de qualité
Points faibles
Manque de contenu
Sorti bien trop tard en Europe
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