Interview Of Orcs and Men : Olivier Derivière

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Archaïc : Comment s’est passée la commercialisation de la bande son ? Etant donné que nous nous souvenons tous que celle d’Alone in the Dark avait été mouvementée. Et Of Orcs and Men n’est pas considéré comme un Triple A.

O.D. : En effet, tu peux considérer qu’aux yeux du commun des joueurs, OOAM n’existe pas. Ce n’est pas parce que Focus fait du mauvais travail, hein ? C’est surtout que de l’autre côté, il y a des millions et des millions de dollars qui sont investis sur 3-4 licences par éditeurs, qui font qu’un éditeur comme Focus aussi « successful » qu’il puisse être dans ses propres licences, ne peut pas concurrencer ces éditeurs là. Les sommes d’argent mises en jeu en sont même abjectes. Tu as raison de dire que pour Alone in the Dark, c’était mouvementé. Enfin, oui et non. C’est Milan records qui l’a sortie mondialement. La soundtrack était disponible partout en France, même aux galeries Lafayette, alors qu’on se demandait qui allait acheter ça. C’était une super expérience pour moi et je les en remercie encore aujourd’hui. Milan et Atari ont fait un boulot vraiment énorme. Atari avait même mis à l’arrière des notices du jeu « Soundtrack disponible ». J’avais été extrêmement heureux de tout cela.
Concernant Of Orcs and Men, quand je rencontre Romain Dasnoy, il me parle de ses projets avec Wayô Records et me raconte comment la distribution de bandes son fonctionne. C’est alors que je lui parle de cette soundtrack qui doit sortir – car je comptais la sortir moi-même pour en vendre 50 aux membres de ma famille. (rires)

[spoiler intro= »Wayô Records » title= »C’est quoi ? »]
Wayô Records est un nouveau label de musique français qui s’associe avec des compositeurs pour les promouvoir dans l’hexagone. Cela se traduit par l’organisation de concerts inédits, ou en tout cas peu habituels sous nos latitudes, et par la mise en vente de leurs bandes son.

Masashi Hamauzu (SaGa Frontier 2, Final Fantasy XIII) et Michiru Ôshima (Ico) leur ont d’ores et déjà fait confiance. Une tournée du groupe IMERUAT (avec de nouveau Masashi Hamauzu) est planifiée pour cette fin d’année. Archaïc y sera. La billetterie en ligne.

Pour rappel, la bande son d’Of Orcs and Men est disponible sur le site dédié.
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Bref, après en avoir discuté, Romain et moi en avons conclu que ce serait une expérience intéressante, aussi bien pour lui que pour moi. Moi, cela me permettait de ne pas penser à la production. Lui, cela lui permettait d’agrandir son catalogue, ses horizons et surtout la chance qu’on a, c’est que Focus fait un travail phénoménal. Autant Atari avait été exceptionnel, autant Focus fait encore plus fort. Si tu vas, par exemple, sur leur site, tu peux acheter la soundtrack. Ils ont fait une superbe vidéo feature de la musique, qui est d’ailleurs pas mal du tout et qui a été diffusée partout. De mon point de vue, c’est inespéré et extrêmement rare. Non pas que l’on ne voie jamais de making of de musique, mais qu’il y ait mon nom à la fin du générique et sur le CD, et que ce soit mis en rapport avec mon travail et non le leur… Ils ont eu la noblesse, car c’est vraiment le mot, de réellement soutenir notre travail. Je remercie énormément Focus, Cyanide et Spiders vis-à-vis de tout ça. A l’inverse de gros labels, « Sumthing records », qui va sortir n’importe quelle soundtrack pour essayer de tomber sur un Halo et se faire des couilles en or, chez Wayô Records, il y a une vraie envie et une vraie reconnaissance. En plus, Wayô Records a apprécié le CD, et heureusement, car il le fallait aussi pour espérer le promouvoir de la meilleure des façons.

Voilà, si on rentre dans nos frais, on est content. Je ne le dis pas par humilité, c’est une réalité. Regarde ce que Jehanne Rousseau t’avait dit aux Utopiales – car j’ai lu ton interview de Jehanne et Eric Chahi -, elle le dit bien elle aussi : Of Orcs and Men et un Assassin’s Creed ne sont pas dans les mêmes sphères.

Archaïc : Maintenant que le jeu est gold et débarque, que la bande son est sortie elle aussi, que retiens-tu de tout ça ?

O.D. : Ce que je retiens du développement d’OOAM, c’est que quand tu vois ce que peuvent dégainer 19 mecs en 1 an et demi, tu te dis que le jeu vidéo a de l’avenir, vraiment. Cela fait plaisir. Certes les grosses machines sont là, les GTA, les Assassin’s Creed… Je suis content de travailler sur des Triples A quand j’en ai, mais il ne faut pas qu’eux, et surtout PAS qu’eux. Le jeu vidéo demande un travail de malade. J’ai une petite fille de deux mois et je ne la vois jamais. C’est beaucoup de sacrifices, par passion, car ce n’est après l’argent qu’il faut courir. Mais quand je vois ce que Spiders a fait, je me dis « Ouf ! ». Il y a quand même autre chose que ces grosses machines qui n’appellent que du Hans Zimmer. De nos jours, on a l’impression qu’il y a Assassin’s Creed et les jeux Facebook. Eh bien non, il y a des productions entre les deux, même si c’est devenu de plus en plus délicat de les trouver. Of Orcs and Men aurait pu intéresser plein de gros éditeurs. Et écoute bien cela, la réponse des éditeurs n’est pas « Non, le jeu ne nous intéresse pas » mais « Non, le jeu n’est pas assez cher ». Il faut savoir que nous sommes dans une industrie boulimique. Si c’est cher, ça va marcher, donc on ne prend pas de risque. C’est ainsi qu’on se tape des suites et des suites. C’est pour ça que la technologie étant ce qu’elle est, elle permet des choses comme Of Orcs and Men. C’est vraiment cela que je retiens de ce développement, c’est qu’une petite équipe de gens vraiment talentueux, attention, c’est rare, peut sortir quelque chose de qualité dans un temps fou.

Archaïc : Ta piste favorie ? Ou celle qui t’a demandé le plus de travail ?

Concernant ma track préférée… pouf. Je n’en ai aucune qui me plaise plus qu’une autre ou sur laquelle j’ai passé plus de temps. C’est compliqué de répondre. C’est comme demander à un parent son enfant préféré. Ce que je peux dire, c’est que la musique de OOAM est très simple. Elle est très simple car on incarne un orque. Il ne fallait pas commencer à fleurir le propos avec des envolées musicales. Il y a donc un côté rugueux et pas du tout habillé. Cela a fait marrer les violoncellistes : pour une fois qu’ils ne sont pas là à faire du beau violoncelle, mis à part pour le main title, car il fallait tout de même flatter l’oreille. J’aime beaucoup la couleur générale de la soundtrack. Quand j’y repense, une des inspirations a tout de même été un vieux jeu sur Amiga : Shadow of the Beast. Il y a des passages musicaux dans Of Orcs and Men qui y font forcément penser. C’est volontaire. Vu les couleurs dont j’avais besoin pour certains passages, j’en ai profité pour rendre hommage à ce superbe jeu. Car quand t’y penses, à l’époque de l’Amiga, sortir ne serait-ce qu’une musique était déjà exceptionnel. Regarde le premier Mario et le premier Zelda. 1985-1986. Eh bien depuis, les mecs n’ont pas fait mieux ! (rires) Ils étaient en 8bits, ils avaient 3 pistes. Du coup, ils ont été obligés d’écrire une superbe mélodie avec une bonne ligne de basse et c’est passé. Aujourd’hui, on a des milliards de pistes possibles, donc on balance du gros son et on oublie la mélodie. De mon cote pour Of Orcs and Men ou Alone in the Dark, ou même Remember Me, j’essaie des choses un peu nouvelles, même si je sais que ça risque de deplaire. En résumé, j’écris de la musique que j’aime écouter. (rires)

[spoiler intro »Instant nostalgie » title= »Shadow of the Beast »]


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