Stacking
Appréciation 5

Celui-là, on ne s’y attendait pas. Et pourtant, il arrive de façon aussi surprenante qu’est son concept de poupées russes et arrive à se propulser avec insolence parmi les petites perles du PSN. Aussi drôle que touchant, ce jeu propose une aventure aussi intéressante pour son côté ludique que son côté artistique vraiment singulier. Double Fine nous signe là une réussite maîtrisée de bout en bout

Résumé 5.0 Extra

Stacking

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Stacking était attendu sans vraiment l’être. A comprendre que le grand public n’en avait que cure de ce petit jeu PSN au rabais même pas foutu d’avoir des graphismes bouleversants, d’autres, plus à la recherche d’originalité, ont bien dû le voir passer depuis le départ. Et ils auraient tort de s’en passer. Après un Costume Quest de bonne facture, les gais lurons de Doubles Fine se lancent dans un second assaut du monde téléchargeable et restent sur la même thématique de l’enfance. Mais fini le côté carnavalesque, on va fouiner dans son coffre à jouets et on ressort les bonnes vieilles petites poupées de bois en provenance du grand froid de la Russie. Eh ouais, on ne fait pas que se noyer dans des biberons de vodka chez l’ex-nation soviétique, on sait aussi s’amuser comme n’importe quel gosse. Mais que se passerait-il si ces petites figurines prenaient vie ? Laissez-moi vous dire qu’on est très loin de Toy Story ou de Small Soldiers et c’est bien là que Stacking intervient pour vous le prouver.

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Pas facile la vie d’une poupée, surtout une petite !

T’as toujours rêver de vivre la vie d’un objet de ton étagère ? Après tout, c’est cool, tu passes ton temps sur l’étagère, t’as pas à travailler, juste à te faire tripoter de temps à autre par une âme charitable. Peut-être que sur ton étagère, tu as une petite série de poupées russes… Oh mais non malheureux ! Va pas croire, la vie d’une poupée russe, ce n’est pas si facile. Tu crois que tu passes ton temps à rien foutre ? Mais détrompe-toi, elles aussi, elles ont une vie, comme toi et moi. Avec un peu de chance, tu peux finir dans les croisières de luxe à tâter du caviar ou mettre tes gosses en séjour dans un train pour bourgeois en lieu et place de pourvoir une nounou. Ouais, avec un peu de chance, tu aurais cette vie-là… Ce serait cool hein ?

Mais va pas croire, tu peux très bien te retrouver comme le pauvre pecnot sans le sou qui trime sans cesse pour pouvoir se payer trois patates pour le dîner. Tu peux être ramoneur par exemple. Nettoyer les conduits de cheminée des autres, ça, c’est gratifiant. Mais encore faut-il qu’on te donne du boulot, tu as une femme et des enfants à nourrir mon gars ! Ils comptent tous sur toi, les gros bonnets sont à tes trousses pour venir te tirer tous tes meubles. Tu es à la limite de ne plus être, crever par famine dû au manque de fric. Et puis, qui ira te regretter, toi et ta famille ? Vous êtes pauvres, tout le monde s’en fout de vous. Juste de bonnes poires à taxer pour le Baron afin de continuer à asseoir, encore et encore, son régime tyrannique.

Ou alors, tu ne peux être que le dernier-né de cette famille de ramoneurs, Charlie Blackmore. Oh, ne t’enchante pas trop vite, ce n’est pas non plus la belle vie ! Déjà tu crèves de faim, après tu vois ton père disparaître pour aller travailler – Ô joie, enfin, il en a enfin déniché un – père dont tu n’as plus de nouvelles, ni même de traces d’argent rapporté à l’horizon. Alors évidemment, il faut bien payer les dettes familiales. Et quoi de mieux que débaucher les enfants pour ça ? Enfin, ton heure de gloire est arrivée, tu fera quelque chose d’utile dans ta vie : sauver ta famille de la précarité. Ah bah non, t’as cru quoi ? Après tout, tu n’est qu’un gosse, Charlie, qu’est-ce qu’on peut bien faire faire à la plus petite poupée du monde ? Minus va. Même ta sœur est plus utile que toi – c’te honte pour ta fierté masculine. Il ne reste plus qu’à se contenter d’un tête-à-tête avec maman. Mais le temps passe, le temps passe, et aucune nouvelle des futurs sauveurs économiques de la famille. Et ce qui devait arriver arriva, maman s’inquiète comme toute bonne mère le ferait dans ces conditions. Et toi, Charlie, n’écoutant que ton noble courage, tu te dévoues pour aller chercher, et ton paternel, et tes frères et sœurs. Et zou, sur un coup de tête, te voilà parti, livré à toi-même dans ce monde sans vergogne où tout le monde n’en a rien à foutre de toi (est-ce qu’ils te voient déjà?). Mais qui sait, au bout de tout cela, c’est peut-être ton heure de gloire qui sonnera. Allez Charlie, va sauver ta famille prise aux griffes du méchant Baron, va et ne te retourne pas ! Même ta mère te laisse faire, pourquoi revenir en arrière alors ?

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Petit mais rusé

Le petit Charlie n’est peut-être pas fort par la taille mais il en a sous la caboche. Tel un renard, profitant de l’indifférence générale à son égard, il n’hésite à s’approprier les autres pour pouvoir avancer dans son périple. Après tout, si ce n’est pas possible de faire quelque chose par soi-même, qu’est-ce qu’il y a de mal d’inviter (forcer un peu la main) quelqu’un d’autre à le faire à sa place ? Car il ne faut pas croire, le monde autour de soi peut se révéler vite hostile, et c’est encore plus vrai lorsqu’on est de taille lilliputienne : c’est fou comme le monde paraît immense ! Les gens autour de soi aussi d’ailleurs. Eh oui, exactement la même chose que le regard qu’on a de l’univers qui nous entoure quand on est jeune (et con). Un véritable monde de géants. Puis, en grandissant, il nous paraît beaucoup moins gigantesque, les gens ne nous impressionnent plus autant que cela pouvait être le cas auparavant. Et en cela, c’est fou ce que Stacking a été bien fait. L’impression de grandeur et de petitesse est fidèle selon les points de vue. On se sentira vite intimidés par les gens qui nous entourent dans notre taille minuscule jusqu’à même à avoir du mal à se rendre compte de ce qui peut se passer en hauteur. Puis, une fois dans la peau d’un adulte de grande taille, quelle rigolade de se balader au travers de toute cette bande de morpions ! C’est fou ce que le monde paraît différent selon la taille… Mais une chose est sûre, en ce qui concerne le jeu, qu’on soit petit ou grand, une constante reste.

L’univers est absolument magnifique. Le background a été extrêmement bien travaillé. Que ce soit ces décors et lieux dignes de la révolution industrielle du début du XXème siècle ou les cutscenes mises en scène de la même manière d’un film muet. Ce qui s’avère un excellent choix car très cohérent avec l’époque. Et nul doute que ces frasques muettes jouent beaucoup à donner vie à tous ces petits protagonistes de bois. Double Fine a fait très fort. Utiliser des objets et leur insuffler de la vie, c’est totalement bluffant. Il n’est pas rare qu’on en vienne à oublier qu’on a des poupées russes devant soi à la base et non, des êtres vivants à part entière.

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Ça s’emboîte et ça déboîte

Et quoi de mieux d’utiliser la vivacité de tout ce beau monde. Charlie l’a bien compris. C’est pas le tout de voir tout le monde s’exciter autour de soi, vivre sa petite vie tranquille alors qu’on a sa famille à sauver. On profite que le quidam devant nous nous tourne le dos et zou ! On s’emboîte dans la joie et la bonne humeur sans que la pauvre victime n’ait quelque chose à redire pour sa défense. Et comme Charlie n’est pas bête, il peut à la fois prendre le contrôle momentané de la poupée dans laquelle il s’imbrique mais également utiliser la capacité propre de cette dernière. Évidemment, la population étant souvent assez dense dans les lieux qu’on explore, certaines se révéleront totalement inutiles, d’autres au contraire bien pratiques. Et vous aurez bien besoin de cela pour résoudre les énigmes qui nous bloquent la route. Et pourquoi ne pas en profiter pour se montrer taquin envers son entourage ? Charlie n’est qu’un enfant après tout…

Vous l’aurez compris, le gameplay est très simple mais néanmoins original. Le jeu s’applique à merveille à utiliser les conséquences qui résultent de mettre des poupées russes en action. Des poupées qui n’ont pas des capacités extraordinaires, pas de pouvoirs magiques grandiloquents. Par contre, pouvant se révéler bien grotesques. Le soft n’est en effet pas dépourvu d’humour et il n’est pas rare qu’on en vienne à décrocher des rictus derrière son écran. Qu’on se le dise, Stacking, c’est avant-tout le thème de l’enfance qui est développé. Que ce soit par l’utilisation de jouets comme protagonistes principaux, utiliser le statut d’enfant du héros, le tout dans un monde teinté d’humour prenant le même chemin juvénile. Du pipi-caca de base jusqu’aux gestes exagérés typiquement cartoonesque. Et en ce qui concerne l’histoire, elle également est teintée de cette base enfantine. Le scénario aurait très bien pu s’inscrire comme une sorte de petite fable noire et sarcastique qui sensibiliserait indirectement le jeune public de façon légère aux notions de grèves, de tyrannie ou de traite des enfants.

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C’est tout ou rien

Résolution d’énigmes aux multiples solutions, dénicher toutes les poupées uniques ou faire les farces qu’on vous a listé de façon plus ou moins abstraite par simple intitulé, il y a de quoi faire. Mais attention, qu’on se le dise, les deux dernières démarches étant facultatives et trouver toutes les solutions d’énigmes n’étant pas obligatoire pour avancer (une seule manière suffit), Stacking se révèlera extrêmement court si on le parcourt en ligne droite. Trois ou quatre heures faciles, d’autant plus que trouver une seule solution par énigme ne relève pas d’un challenge extrêmement délicat. Par contre, pour toutes les trouver, c’est une autre paire de manche. Certaines solutions sont tellement capillotractées et alambiquées qu’il est difficilement imaginables que la solution nous vienne à l’esprit comme ça. Un petit peu de fil à retordre donc. Comme nous ne sommes pas tous des génies, les développeurs ont pensé à nous et ont inclus des indices pour nous aiguiller (à trois échelons, plus d’excuses si vous n’y arrivez pas). Sans compter que les deux quêtes facultatives contées plus haut rajoutent de la durée de vie de façon agréable. Mais que les choses soient claires, si vous ne souhaitez pas vous plonger pleinement dans le titre, faire en sorte de faire tous les à-côtés, Stacking montre ses limites. Facile et très court si on le parcourt superficiellement. Autant dire que, même si le prix n’est pas trop excessif (un peu moins d’une douzaine d’euros sur le PSN), il y a fort à se demander si l’investissement vaut le coup si on se contente simplement de le finir à la va-vite. Vous voilà prévenus…

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Plus qu’une véritable surprise, Stacking s’avère être une véritable petite perle du PSN. Il s’agit d’un titre frais, original. Très rafraîchissant sans compter qu’il dispose d’un atout sans pareil : une véritable âme. Tout cet univers, ces petits personnages insufflent une aura tout particulière à ce titre qui se révèle indispensable à la ludothèque des joueurs ayant le bon goût d’apprécier les softs singuliers et incomparables. Un bon petit jeu qui mérite la même attention qu’un gros jeu tant il se révèle attachant.

DLC : Le Roi Vagabond Disparu
De la même manière que dans le jeu principal, je me suis tout autant extasiée de cette nouvelle zone qui s’ouvrait à moi. La part de magie était là dans ce nouveau décor, cette sensation de vie insufflée pérenne encore malgré le laps de temps de sortie entre le jeu en lui-même et ce DLC. Double Fine a encore bien fait son boulot et c’est tant mieux. Du reste, Le Roi Vagabond Disparu n’est qu’un niveau parmi tant d’autres, c’est-à-dire qu’on n’y fait rien de particulier en plus de ce qu’on avait l’habitude de faire à chaque nouveau niveau dans le jeu basique. Ce DLC n’est donc qu’un simple prolongement de l’expérience de base et honnêtement, je ne lui en demandais pas beaucoup plus : j’ai tellement adhéré au concept de base du jeu que des DLC comme ça, je pourrais en bouffer par paquet de dix si les développeurs se trouveraient assez inspirés pour continuer à nous conter de belles histoires. Car celle du Roi Vagabond Disparu est belle. Affreusement naïve mais touchante. Une sorte de pendant occidental du côté moral « tout beau, tout gentil » typique de beaucoup de travaux japonais.

Malgré de si belles louanges, il faut quand même regarder la vérité en face : ce DLC a beau être un prolongement de Stacking, il n’en garde pas moins les défauts de ce dernier. A savoir, sa durée de vie. Même s’il semble y avoir des choses à faire sur le papier quand on le raconte comme ça, le DLC se termine quand même très vite. Au bout de 2h30, j’en ai vu le bout à 100%. Pour les 4 euros affichés, je ne trouve quand même pas ça énorme. Mais bon, d’un autre côté, l’expérience est si probante que si vingt autres DLCs sortiraient pour le même prix et même durée de vie l’unité, je me les prendrais sans hésiter. Et ce, en étant totalement consciente qu’au final, j’en aurais sûrement pour plus cher à acheter trente heures de Stacking plutôt qu’un RPG de plus d’une centaine d’heures au prix fort lors de sa sortie. Eh oui, on a tous une part de pigeon au fond de nous !

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