Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre
Appréciation 4

Fort d’une belle direction artistique et une narration accessible et touchante qui lui sied comme un gant, Soldats Inconnus fera passer un moment d’initiation ludo-pédagogique vraiment plaisant. Assez simple à prendre en main et aseptisé dans sa mise en scène, le sortant des carcans du « serious game » pouvant choquer les âmes sensibles, afin d’ouvrir son public aux jeunes comme aux moins jeunes, on appréciera de voir ce traitement de contexte sans filtre ni d’enrobage afin qu’un camp paraisse plus glorieux que l’autre. Parce que, remis sur le plan de simples individus envoyés sur le front, il n’y a ni gentils, ni méchants, juste la volonté de survivre et de voir cette tragique tranche d’Histoire s’arrêter.

Résumé 4.0 Très bon

Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre

Lorsqu’on y pense, c’est quand même fort ironique que la Première Guerre Mondiale ait été une guerre si importante dans l’Histoire sur de nombreux points car riche en étapes et évolutions, rebondissements et que, paradoxalement, elle ne soit que trop peu traitée, tant au niveau culturel qu’en terme éducationnel au sein de nos programmes scolaires qui ont tendance à la survoler de manière un brin expéditive par rapport, notamment, à celle de 39-45. Ce n’est pourtant pas la matière qui manque : cette Grande Guerre, comme on la surnomme, reste encore relativement récente, il est donc aisé d’avoir des faits et des détails sur tout ce qui a bien pu se passer. En cela, la branche de Montpellier d’Ubisoft a livré un bien beau cadeau avec son petit jeu – estampillée à la niche des jeux vidéos indépendants à sa sortie de manière un brin bâtarde au même titre qu’un Child Of Light intitulé Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre.

Commémorant à sa sortie, en 2014, le centième anniversaire du conflit, le soft n’a clairement pas pour but de tout nous raconter de A à Z. On y conte en effet un récit totalement fictionnel au sein de ce triste événement qui s’articule autour de quatre protagonistes principaux aux origines, buts et motivations divers. On y fait connaissance Karl, un Allemand faisant sa vie en France depuis qu’il y a épousé une autochtone, rappelé de force par son pays de naissance afin de prendre part au conflit ainsi qu’Émile, son beau-père fermier plus vraiment tout jeune, également « appelé » en toute hâte face à l’invasion teutonne afin de rallier les rangs des Poilus. Auquel on ajoute Freddy, un volontaire américain venu en renfort dans l’espoir de se venger d’un commandant allemand malfaisant et Anna, une jeune infirmière belge à la recherche de son père, profitant de sa quête pour soigner tous les blessés sur son chemin, quelque soit son camp et son origine. Tous ces destins s’entrecroiseront afin de servir une narration vraiment bien fichue, sur de nombreux points guillerettes dans sa mise en scène – notamment via divers détails caricaturaux permettant d’amener une touche d’humour et de légèreté – alors qu’elle se passe pourtant dans un contexte on ne peut plus grave.

La direction artistique sait également flatter la rétine via l’utilisation du moteur UbiArt Framework qui fait encore une fois des merveilles en terme de mettre en valeur du « fait main » tel que ça a pu être fait sur des Child Of Light ou des Rayman Origins. Ce rendu esthétique, d’animation et même sonore faisant penser à une sorte de bande-dessinée animée, permet d’enfoncer le clou du caractère plutôt léger de la narration. Il faut d’ailleurs comprendre qu’il n’y a aucun but de montrer ici une image de la guerre qui fait rêver dans ce choix de narration. Au contraire, Soldats Inconnus montre dans la contextualisation des événements des aspects pas trop reluisants qui se sont réellement passées lors de la Première Guerre Mondiale. Il s’agit surtout d’alléger un peu le ton pour une plus grande accessibilité. Mais également un côté plus ludique dans son aspect éducatif. Suivre ces quatre destins sur l’entièreté du conflit permet de faire le point sur ses étapes historiques les plus importantes. Et surtout de le faire, sans forcément prendre de filtre afin d’occulter et/ou glorifier certains détails afin de rendre sa patrie plus glorieuse comme nos cours et manuels d’histoire scolaires aiment tant le faire. Non, ici, on nous montre ces « cessez-le-feu » nocturnes dans les tranchées aux conditions de vie aussi rudimentaires qu’inhumaines où les soldats des deux camps pouvaient s’entraider et/ou se tolérer avant de reprendre les affrontements dès les premières lueurs de l’aube. Et que ces « si gentils Français » placés en héros dans nos manuels scolaires n’ont pas hésité à fusiller publiquement des dizaines de milliers de déserteurs de sa propre armée afin de « montrer l’exemple » et dissuader toute tentative de fuite future ou de mutinerie. Centrer son propos autour des individus en eux-mêmes – même si ils sont totalement fictifs – permet donc de ne pas rentrer dans le piège du manichéisme et cela, très honnêtement, fait très plaisir à découvrir. Histoire d’enfoncer le clou dans son aspect pédagogique, on retrouve également un aspect très documenté dans les diverses lectures via la découverte de collectables où l’on nous donne plus de précision sur l’utilisation de tels ou tels objets, nous permettant d’imaginer un peu plus concrètement les conditions de vie drastiques d’un malheureux soldat ou encore des différents événements auxquels on sera confronté dans l’histoire du soft. Bien entendu, toutes ces lectures sont totalement optionnelles mais ajoutent une plus-value non négligeable tant elles se révèlent agréables et concises. Le but n’est pas d’ennuyer mais bel est bien d’initier et pourquoi pas inviter le joueur d’en découvrir davantage de son côté une fois le jeu terminé.

L’initiation pédagogique à la thématique se fera principalement sur son plan narratif avec son histoire plaisante et ses personnages attachants. Car même s’il s’agit d’un jeu à caractère ludique, il ne maintient pas forcément l’attention via son gameplay. Totalement optimisé à la manette, Soldats Inconnus se présentera comme un petit jeu de réflexion avec des énigmes typées point’n click simplifiées. Avec ce qu’il faut de petites variantes comme les phases de voitures où l’on devra éviter les obstacles ou quelques petites séquences de rythme afin de ne pas avoir toujours l’impression de faire la même chose. De quoi, une fois de plus, appuyer le côté accessible du soft. Le jeune public y trouvera en effet une difficulté simple qui ne les fera pas trop buter et ne se retrouvera, de plus, nullement choqué sur la mise en scène gentillette et aseptisée des diverses séquences de l’histoire, malgré leur contexte parfois très difficiles. Mais qui se révéleront assez touchantes et accrocheuses pour un public plus mature qui passera outre le cruel manque de difficultés et la présence indésirable de quelques bugs, trahissant la politique Ubisoft de cette période – on se souviendra de ces Assassin’s Creed lourdement bugués à leurs sorties dans cette fin de génération PS360 – de sortir ses jeux au plus vite coûte que coûte au détriment de la finition.

Ce Soldats Inconnus sortis par nos Montpelliérains d’Ubisoft représente un hommage réussi à ce sombre épisode de l’Histoire. Le soft a l’avantage de ne jamais sombrer dans le schéma douteux du « on est les gentils Français contre les méchants Allemands », de proposer tout un pan pédagogique, à base de lecture optionnelle avec des informations concises et jamais gavantes, le tout dans un superbe enrobage esthétique, très bande dessinée faite main, où l’on montre des faits d’une certaine gravité avec une mise en scène assez guillerette et légère pour rester accessible. Alors, même si on retrouve les travers d’Ubisoft de ne pas avoir assez testé son soft pour éradiquer tous les petits bugs pouvant parfois aller jusqu’à redémarrer le jeu afin de le régler, on ne pourra que s’enthousiasmer du résultat. Car il s’agit à la fois d’un bon point d’initiation à cette Première Guerre Mondiale trop peu représentée en terme culturel et scolaire, pour petits et grands. Et un sympathique récit très touchant de quatre destins totalement différents, montrant que toutes ces histoires de guéguerre, dans la réalité, sont très loin de reposer sur une forme de manichéisme comme on l’aime à nous le représenter dans les films, les jeux vidéos, les séries télé et même les cours d’histoire à l’école.

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