State Of Mind
Appréciation 2

State Of Mind n’est pas un mauvais jeu : il fait plutôt partie de la catégorie des laissés pour compte qui souffrent d’un très gros manque d’aboutissement. Malgré tout, si les aventures narratives singulières sur fond de dystopie vous intéressent, il serait dommage de le snober pour autant. Car à défaut de nous marquer et nous émouvoir par sa mise en scène, son rythme ou encore par le côté accrocheur de ses personnages, il y a quelque chose dans l’univers, son atmosphère, ces péripéties et thématiques qui marche très bien. Un bon travail de fond en somme. En ce qui concerne la forme, il y a beaucoup plus à redire…

Résumé 2.0 Passable

State Of Mind

Pour sûr, les Allemands de Daedalic Entertainment sont prolixes au sein de la scène du point’n click. Mieux, ils ne se cantonnent pas à une formule ou le développement d’un univers sur une thématique précise. C’est ainsi qu’on les a vu signer des softs cartoonesques non dénué d’humour absurde à la Lucas Arts (la série des Deponia), d’autres davantage axés sur la fantaisie onirique (Les Chroniques De Sadwick, Anna’s Quest, Silence) ou encore l’heroic fantasy (L’Oeil Noir). Évolution logique : le studio s’essaie ces derniers temps à des formules narratives, suite à l’avènement de titres comme Firewatch ou encore Gone Home. On sent notamment l’influence de ce dernier dans un The Suicide Of Rachel Foster sorti il y a peu. Mais si l’on devait parler de grands noms du narratif, on ne pourra pas passer sous silence Quantic Dream. Une source d’inspiration que Daedalic au su prendre avec un certain State Of Mind, nous plongeant dans un monde futuriste pour un propos qui se veut dystopique. Un soft sorti par ailleurs très peu de temps après celle de Detroit : Become Human… Comme de par hasard diront les mauvaises langues.

N’allons pas voir le mal partout pour autant. Il n’y a pas de mal d’un point de vue créatif de s’essayer à tout un tas d’univers. Si la direction qu’a pris Quantic Dream dans ses projets a certainement su motiver Daedalic de s’engouffrer également dans la brèche SF dystopique, il faut admettre qu’il n’y a pas plus de comparaison à faire avec le dernier-né des studios français. Ne serait-ce que d’un point de vue tout bête qui fait bien évidemment toute la différence : le budget et le temps de développement. On est ici dans du A, tendance double A (ou l’inverse, à vous de choisir), n’allez pas croire que vous allez vous retrouver à vous en prendre plein les mirettes avec une technologie de pointe. De la même manière que si les développeurs semblaient ne pas manquer d’idées, de motivation et d’ambition envers ce bébé, on sent pertinemment que des concessions ont dû être faites afin de respecter la deadline ainsi qu’un manque de maîtrise. En découle un donc un jeu extrêmement perfectible. Intéressant dans son fond – bien qu’il faille quand même être au courant de là où on met les pieds en lançant le jeu – mais extrêmement maladroit sur la forme sur tout un tas d’aspects. Et qu’au final, si de jeu Quantic Dream devra-t-on rapprocher ce State Of Mind, on ira plutôt lorgner vers The Nomad Soul. Pour de simples questions d’aura (davantage cyberpunk) et de thématiques (la numérisation de l’esprit permettant de le transférer et le faire perdurer).

Dans ce qu’il faut savoir avant toute chose pour partir du bon pied avec ce State Of Mind, c’est que l’on se retrouve face à un jeu narratif de dialogues. N’allez pas forcément chercher du côté du point’n click, du jeu d’enquête quelconque à base de réflexion, ce n’est clairement pas le cas ici. Il y a beau avoir quelques petites séquences de mini-jeux/gameplay des plus simples et rudimentaires de temps à autre, cela reste dans le domaine du détail gadget qui n’a ici pas spécialement d’intérêt. L’interactivité s’arrête donc principalement d’aller à un point A à un point B afin de faire avancer la trame. Même s’il est question à partir d’un certain moment d’avoir la possibilité de switcher entre les deux protagonistes principaux, Richard et Adam, chacun situé dans son univers respectif, aussi différents que finalement complémentaires, il n’en est rien : ce n’est pas parce que l’on fait passer une séquence avant une autre que cela changera le schmilblick. De la même manière, si l’on est bien confronté à des choix de temps à autre, la plupart n’amène pas forcément de conséquences significatives dans l’évolution de l’histoire, les rares ayant un minimum d’importance – et là encore, c’est finalement relatif – sur la conclusion se situant par ailleurs au cours des toutes dernières péripéties. Bref, les jeux récents de Quantic Dream ou autres Life Is Strange sont bien loin vis-à-vis de cette notion de choix vecteurs de conséquences, on se rapproche donc davantage d’un jeu rectiligne jouant la poudre aux yeux comme a pu le faire Telltale Games. Autre point à savoir et non des moindres : la trame sait prendre son temps à s’installer, s’avère même peu rythmée dans ses balbutiements. De la même manière que si les choses finissent par s’emballer, il ne faudra pas s’attendre non plus à une intensité folle, les codes de mise en scène étant ici à mille lieux des jeux à gros/moyen budgets. Point d’approche hollywoodienne, il faudra davantage s’attendre à quelque chose qui se rapproche davantage à de la série B qui tente de se la jouer « film d’auteur » à qui il manque clairement maîtrise et moyens pour pouvoir y prétendre.

Ce que j’en dépeins jusqu’à maintenant n’est pas très reluisant, je l’accorde. Et pourtant, il vaut mieux prévenir à l’avance tant ce genre de caractéristiques ne sera pas du goût d’un large public. Mais pour ceux qui n’ont rien contre ces softs moyens qui manquent clairement d’aboutissement pour pleinement convaincre un public large, ce State Of Mind jouit quand même d’un capital charme. Pas celui qui aille pour autant aller jusqu’à le considérer comme un vrai bon jeu mais plutôt celui qui amène par quelques aspects un certain intérêt à sa découverte. Et même si l’on ne s’y reprendra pas de sitôt au fait de le relancer un jour moche de pluie et d’ennui, cela suffit amplement pour modérer son jugement à son encontre.

Dans les choses positives qui fonctionnent très bien, c’est l’atmosphère qui peut bien se dégager de State Of Mind. Tout particulièrement celle du Berlin futuriste de Richard Nolan, très cyberpunk et profondément viciée dans l’âme. Le parti-pris esthétique, notamment sur le character design, en mode grossièrement coupé à la hache, y est pour beaucoup. Même si cela étonnera de prime abord et est vecteur d’un côté retro-pédalage technologique évident qui froissera les rétines les plus sensibles. Mais au vu des thématiques abordées, à savoir une mise en place d’une utopie par l’intermédiaire du virtuel et de la technologie informatique, il faut reconnaître que la direction artistique est on ne peut plus à propos et véhicule même un cachet certain. Et prend d’autant plus son sens dans le « monde » du second protagoniste, Adam Newman, tout en réalité augmentée où la vision du paradis de ses créateurs n’a d’égal que l’enfer du numérique : tellement de clarté et de manque de fioritures que tout paraît fade et stérile. Et ce qui est vrai pour le visuel l’est également pour l’aspect spirituel. De ce dernier point, là est aussi une force de State Of Mind. L’axe exploré ici en terme de dystopie s’avère passionnant et Daedalic arrive ici à soulever des thématiques et problématiques intéressantes qui méritent réflexion. Sur le fond tout du moins car la forme s’avère malheureusement trop peu aboutie. Notamment à cause de sa finalité, quels que soient les choix opérés – dont finalement, aucun ne s’avère foncièrement positif – plutôt floue et donne une désagréable impression de se finir en eau de boudin, alors que l’histoire nous aura intéressé tout du long si l’on est parvenu à s’imprégner du soft. Mais surtout à cause de sa mise en scène globale manquant clairement de maîtrise et d’aboutissement, dont le côté cheap fait souvent manquer le coche d’une quelconque intensité dans le rythme. Voire même d’empathie et d’attachement pour ce petit lot de personnages, dont la singularité esthétique s’accompagne d’un certain manque d’expressivité, qui ne méritent pourtant pas cela. Il y a eu de l’effort de fait pour avoir créé des mentalités plus complexes qu’il n’y paraît en premier lieu, loin de s’enfoncer dans le manichéisme cliché que l’on voit usuellement dans d’autres jeux du genre. D’ailleurs, aussi saugrenu que cela puisse paraître, si la langue de Goethe ne vous hérisse pas le poil à entendre (Daedalic étant un studio germanique on le rappelle), préférez lui cette version, plus réussie, plutôt que les doublages anglais, pas mauvais en soi mais plus inégaux.

Bref, vous l’aurez compris, même en ne voyant pas State Of Mind d’un œil trop sévère, on finit vite, lorsque l’on reconnaît ses bons points à retomber dans ses aspects plus perfectibles. Ce qui est gênant car il a beau avoir de très belles qualités, même si cela ne parlera clairement pas à tous, il est néanmoins difficile d’en ressortir avec un ressenti positif. Malgré tout, il y a ici un petit capital charme de par son univers, son histoire et ses thématiques clairement intéressants, même si tout ceci se retrouve gâché par un flagrant manque de maîtrise, de temps et de budget, empêchant ses géniteurs d’aller au bout de leurs ambitions.

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