Last Window : Le Secret de Cape West

last-window_jaquette[dropcaps style=’2′]Moult amateurs de jeux d’aventure se souviennent d’Hotel Dusk : Room 215. Il faut dire que même si l’approche faite par ce petit studio nommé Cing était vraiment des plus singulières, il ne fait aucun doute qu’on peut le compter dans le haut du panier du style parmi l’énorme catalogue de la Nintendo DS. Puis, les choses ont tourné au vinaigre : le développeur a fini par rendre l’âme non sans avoir eu le temps malgré tout de livrer un ultime héritier. Et autant dire que les amateurs européens ont dû avoir des sueurs froides tant, vu le contexte d’un développeur ayant mis la clé sous la porte, le voir sortir dans nos rayons n’était pas chose gagnée. Et pourtant, ô grand miracle, Last Window : Le Secret de Cape West s’est bel et bien vu jouir d’une sortie sous nos latitudes et ce, sous une version totalement traduite dans la langue de Molière. Une bonne raison pour se pencher vers cet ultime effort qui sonne tout autant en retrouvailles touchantes qu’en véritable testament.[/dropcaps]

Car oui, si Hotel Dusk : Room 215 était loin d’être parfait, on s’émeut néanmoins de retrouver ce cher Kyle Hyde, héros plutôt charismatique à défaut d’être d’une finesse à toute épreuve. Bien au contraire, il reste sur Last Window très fidèle à lui-même : toujours aussi tire-au-flanc, à la sociabilité plus que limitée. C’est d’ailleurs ce premier trait de personnalité qui le mène en plein cœur du propos. Énième absence, énième retard, énième remarque déplacée, la goutte d’eau pour son patron Ed qui se décide à le virer apparemment de manière définitive. De par son métier de VRP (couvrant également des activités secrètes de récolte d’objets bien particuliers), Hyde se voit donc coincé chez lui, un petit appartement dans une résidence nommée Cape West. Enfin, plus vraiment pour longtemps puisque dans le même temps, il apprend que la résidence a été revendue à un promoteur dans le but de la raser et que les jours alloués pour faire ses valises se comptent maintenant sur les doigts d’une main. Rajoutons à cela, une mystérieuse demande pour retrouver un objet disparu qui se trouverait dans cette même résidence – alors qu’habituellement, ses contrats passaient par son ancien employeur et non directement – ainsi que la résolution d’un secret datant de plus d’une décennie, notre cher ex-flic n’aura pas le temps de s’ennuyer dans ses premiers jours de chômage forcé qui le mèneront à fouiner sa résidence de fond en comble et de faire connaissance avec son voisinage qu’il n’avait pourtant jamais côtoyé auparavant.

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Multiples personnages, enchevêtrement d’intrigues, le joueur d’Hotel Dusk : Room 215 ne se sentira pas trop dépaysé. Et il n’y a vraiment pas lieu d’être tant Last Window s’avère fort écolo tant il recycle. L’architecture de la résidence est très similaire avec celle de l’hôtel Dusk, certains personnages du casting ont vraiment des faux airs troublants, si ce n’est carrément frappantes, avec la précédente galerie de personnages. Mais qu’on ne s’y trompe pas, même si l’ombre des vieilles pérégrinations se font ressentir, on repart quand même à neuf. Certes, il y a bien une maigre poignée de personnages qui refont ici leur réapparition de même que de multiples clins d’œil çà et là, il demeure quand même que les intrigues sont réellement indépendantes de celles qu’on a pu avoir dans Hotel Dusk : Room 215.

Sur tout l’aspect technique, le vieux briscard retrouvera également vite ses marques tant il n’y régit aucune nouveauté. L’aventure est toujours narrée avec une ambiance polar sous des traits crayonnés du plus bel effet stylistique. Le joueur se voit inviter à tenir sa DS à la verticale tel un livre et enchaînera exploration, énigmes utilisant tout ce que la console peut bien offrir (tactile, capot pouvant être refermé, micro) et dialogues. Sur ce dernier point, Last Window : Le Secret de Cape West ne dénote en rien de son aîné : il s’agit vraiment d’une aventure très textuelle, au rythme plutôt lent et posé. Ça blablate beaucoup, on pourra parfois choisir ses réponses et une fois encore, si l’on se plante, le jeu ne pardonne pas tant il est linéaire et qu’aucune place n’est laissée en dehors de cette ligne droite. Une véritable singularité qui sert autant qu’elle ne desserre. Car en toute honnêteté, si la mollesse et la mise en situation fort longuette vous avaient rebuté sur son prédécesseur, ce n’est vraiment pas la peine de croiser le chemin de Last Window qui laisse traîner sa première roulante davantage encore au fil des dix chapitres se bouclant entre une dizaine et une douzaine d’heures.

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Si cela ne vous pose au contraire pas spécialement de problème, c’est que vous avez cerné l’enjeu de cette doublogie : un roman interactif mâtiné de point’n click, un jeu sans trop l’être. Une vision fort personnelle que Cing a tenté de développer tout au long de sa ludothèque avec plus ou moins de maladresses. Largement contrebalancées par l’atout charme, une patte très particulière dont seul le défunt studio avait le secret. Pas vraiment définissable, il s’agit davantage d’un feeling, une aura qui arrive à excuser moult défauts bel et bien présents dans Last Window. Car même si le jeu est toujours aussi passionnant, certaines bévues telles que des énigmes pas toujours très claires ou bien ce trop fort attachement à son prédécesseur laissent à penser à un titre moins travaillé sans qu’il ne soit véritablement bâclé. Dommageable mais pas vraiment de doigt accusateur à tendre vers un studio qui n’existe plus.

[section id= »conclusion » style= »border:1px solid white;padding:10px;overflow:auto;background-color:#00a0db;color:#FFFFFF; »]Bien au contraire, Last Window : Le Secret de Cape West se laisse dévorer avec beaucoup d’émotion. Avec une intention, attention et dévotion toutes religieuses, tel le rituel de lire les dernières volontés du condamné. Car oui, même si Cing officiait dans un registre somme toute modeste et confidentielle, il a quand même réussi à développer une vision forte intéressante du jeu d’aventure. Et en cela, même mort, son héritage est là, aussi modeste et discret que ses créateurs, mais au moins est-il sincère et intègre.[/section]

  1. J’ai débuté le premier, suite à ta précédente critique justement. C’est vrai que le concept est très particulier et surtout très lent, à la fois progression que la découverte du gameplay. J’aimerais prendre le temps de m’y replonger, pas simple. Il reste que ces deux titres, atypiques, étaient parfaitement calibrés pour la console.

    1. Complètement calibré pour la console effectivement. Mais c’est quelque chose que Cing a eu la délicatesse de faire dès Another Code où même le micro était mis à contribution. Pour ce qui est de la doublogie Hotel Dusk / Last Window, je trouve que le concept de DS à la verticale est vraiment bien foutu et ne rend les choses que plus immersives quant au principe de roman interactif. Ce dernier point qui le rend d’ailleurs assez difficile d’accès, même pour quelqu’un qui est bon public du style. Je me souviens qu’à la première tentative que j’avais faite d’Hotel Dusk, j’étais quelque peu restée sur le carreau : je n’avais visiblement pas le bon état d’esprit pour m’y plonger cette fois-là. Plus tard, j’ai recommencé non sans m’être mise en condition, que ce soit dans ma tête et même niveau environnement, bien au calme, sur un fauteuil de la même manière que je l’aurais fait pour lire un livre. Ce qui a vraiment bien fonctionné puisque j’ai bouclé et littéralement dévoré le jeu en 2 jours.

  2. Je n’ai toujours pas fait celui-là… honte à moi car j’avais adoré Hotel Dusk, qui reste l’un de mes jeux préférés sur la DS. L’ambiance, la qualité des dialogues et la personnalité travaillée de chacun des personnages, c’était très fort. L’histoire en elle-même était vraiment prenante. Lire le test me redonne envie d’essayer Last Window.

    1. La première fois que j’avais fait Hotel Dusk, c’était il y a 4 ans. Pour celui-ci, c’était l’année dernière. Autant dire que j’ai eu pas mal de retard aussi. Si tu avais aimé l’écriture d’Hotel Dusk, je pense que tu ne pourras être que plus ravi de Last Window que j’ai trouvé plus réussi sur ce point précis, de même que j’ai été plus touchée par ce casting que celui du précédent (qui était lui aussi pourtant attachant). Même si la mise en route est plus molle, j’ai trouvé ce second opus plus haletant et palpitant dans son déroulement. Bref, si le recyclage dont je parlais dans la critique est bel et bien là, quasi omniprésent, il faut reconnaître que les mécanismes repris ici sont matérialisés en version « + », même si du coup, ça se fait au détriment de la qualité des énigmes/casse-têtes dont certains sont vraiment bizarrement foutus (par chance, ça n’en touche que quelques uns, pas tout).

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