Another Code : Mémoires Doubles
Appréciation 3

Another Code est la définition même du jeu où il est difficile de conclure. Au sortir de son parcours, on se dit que c’est un bon jeu. Malheureusement, sa faible durée de vie, une certaine sensation venant se greffer avec le recul que le potentiel présent n’est pas pleinement exploité ainsi qu’un facteur de rejouabilité plutôt faible fait basculer l’aiguille de la balance vers le milieu avec l’affectueuse mention « Peut mieux faire ». Ce que Cing a sagement et judicieusement fait avec son jeu suivant, un certain Hotel Dusk. Il n’empêche que par-delà ses défauts, cet Another Code nous plonge dans une expérience (trop) courte, certes, mais surtout belle et touchante

Résumé 3.0 Correct

Another Code : Mémoires Doubles

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Le 30 Juin 2005

 

Chère maman,

 
 
 

Je sais que ça peut paraître un peu bête de t’écrire et de poser cette présente lettre sur ta tombe, lieu de ton repos éternel alors que je suis persuadée que de là où tu es, tu peux voir tout ce qu’il m’arrive et veiller sur moi. Et même si tu dois bien savoir ce qu’il m’est arrivée ces derniers jours, je ressens un irrésistible besoin de t’en parler.

Car à l’aube de mes quatorze ans, ma vie a basculé. Moi qui, depuis ma plus tendre enfance, pensais que papa et toi étiez tous les deux morts, quelle n’était pas ma surprise quand j’ai reçu un mystérieux petit colis de papa. Incroyable, depuis toutes ces années il était encore vivant après tout ! Dans le paquet se trouvait une petite machine ressemblant à s’y méprendre à une nouvelle console sortie par un célèbre constructeur japonais de jeux vidéo. Sauf qu’il n’était pas question de jeux avec cet appareil, le DAS comme papa l’a baptisé, qui s’apparente plus à un PDA plutôt qu’à une console de jeux. Avec ça, il y avait aussi une petite cartouche qu’on pouvait insérer dedans qui comprenait un message de papa. Il me donnait rendez-vous pour que l’on se voit et se retrouve enfin le jour de mon anniversaire. Il n’y avait pas à réfléchir bien longtemps à quoi faire et je me suis vite retrouvée avec Jessica – la sœur de papa, qui m’a élevée depuis votre disparition, même si je doute que tu ais oublié si facilement qui elle était – à prendre un bateau pour aller sur une mystérieuse île du nom de Blood Edward isolée au milieu de nulle part, là où papa m’a demandé de le rejoindre. Étrange qu’il m’ait demandé de venir là, tout le monde aux alentours s’accordait pourtant qu’il n’y avait plus âme qui vivait depuis des lustres, ni même grand-chose à y faire.

C’est sur ce bateau que Jessica m’a avoué qu’elle savait que papa n’était pas mort depuis le début. Il lui avait demandé de s’occuper de moi puis avait disparu avec le seul souhait qu’on le fasse passer pour mort. J’avoue qu’à ce moment-là, mes sentiments étaient très bizarres. J’aurais dû être vraiment contente de savoir que papa était vivant, que je n’étais donc pas vraiment orpheline et qu’en plus, j’avais l’occasion de le revoir, retrouver un semblant de lien familial. Et je l’étais sans doute. Malgré tout, j’étais surtout en colère. J’en voulais à papa de son mensonge et de sa fugue, de m’avoir abandonnée. Et j’en voulais à Jessica de m’avoir caché ça pendant toutes ces années, de ne pas m’avoir dit la vérité. En y repensant avec un peu de recul, je me sens un peu bête d’avoir été aussi froide avec eux au démarrage.

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Et puis, l’arrivée sur l’île. Le moment de la rencontre, nos retrouvailles. J’étais à la fois nerveuse et excitée. Et pourtant, rien. Pas de papa alors qu’il a promis qu’il serait là. Énorme déception et nouvelle colère : après tant d’années, il faut être sacrément gonflé d’agir comme ça. Jessica semblait l’avoir compris et a fini par partir seule vers le manoir, me demandant de l’attendre. Des dizaines de minutes interminables et elle ne revenait pas. Ni une ni deux, je me suis décidée à mon tour d’avancer. J’avais un peu peur toute seule mais je m’inquiétais quand même. S’il était arrivé quelque chose à Jessica ? Et très vite, j’ai été confrontée au fait accompli : sans aller dire que l’île était vivante, elle était clairement inhospitalière à mon égard tant l’avancée ne s’est pas faite sans heurts. Rien n’a fait que mon parcours soit facilité. Jusqu’au moment où j’ai rencontré D., le fantôme d’un jeune garçon amnésique. Malgré ma crainte, sa cause m’a vite touchée et je me suis très vite attachée à lui. Et c’est avec ce compagnon nouvellement acquis – il a en effet décidé de me suivre dans l’espoir de retrouver la mémoire – que je me suis engouffrée dans le manoir, à la recherche de Jessica et papa, guidée par les différentes cartouches DAS que ce dernier m’a laissé, tel un jeu de piste.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulement de cette histoire. Rencontrer D., avoir la preuve que les fantômes existaient bel et bien me convainc dans l’idée que ton esprit doit bien être quelque part autour de moi, à veiller sur le moindre de mes pas de façon bienveillante. Ce qui fait que tu as bien dû voir tout ce qui a bien pu se passer sur l’île de Blood Edward et comment tout cela s’est fini. Cette petite aventure a changé ma vie et me laisse espérer un futur meilleur. Même si la vivre et la mener n’a pas été tout le temps une grande partie de plaisir. C’est fou le nombre d’obstacles que j’ai pu rencontrer sur mon chemin. Beaucoup d’énigmes, souvent logiques, parfois tordues. J’ai dû faire beaucoup de choses : toucher, frotter, souffler, fermer… Le DAS s’est même révélé être un outil indispensable. Outre le fait que je prenais parfois du temps pour consigner mes impressions à chaud pour être sûre de ne rien oublier de cette journée, l’appareil photo inclus dedans m’a été très précieux. Ainsi que ce logiciel permettant de juxtaposer deux photos l’une sur l’autre. Sans le savoir, papa m’a beaucoup aidé en créant cette petite machine fantastique ! Malgré tout, les obstacles rencontrés n’ont pas été insurmontables : il y avait toujours quelque chose aux environs pour me mettre sur la voie. Je me demande avec un peu de recul si ce n’est pas toi qui m’a donné ces différents coups de pouce. Si c’est le cas, je t’en remercie même si je t’avoue regretter un peu au fond que tu ne m’aies pas laissée me débrouiller toute seule. J’ai grandi et j’ai maintenant quatorze ans, je ne suis donc plus loin d’être une adulte ! Ce qui n’empêche pas que ça me touche quand même beaucoup, n’en sois pas vexée.

Au final, j’ai bien dû explorer le moindre recoin de ce manoir. Certes, j’aurais très bien pu suivre les différentes pistes laissées çà et là en ligne droite – j’aurais vu le bout de cette aventure en deux heures je pense – mais j’avais promis à D. de l’aider à retrouver la mémoire également. Autant dire que je ne pouvais pas me permettre d’être égoïste. Et puis, j’étais un peu curieuse de savoir qui il pouvait bien être et quelle était l’histoire de cet être que je considère maintenant comme un véritable ami. Car en plus de l’avoir aidé, je n’aurais sans doute jamais réussi à m’en sortir sans lui. Surtout qu’on s’est beaucoup amusé tous les deux, à visiter ce manoir, prouver qu’on était plus fort que toutes les épreuves qu’il pouvait bien mettre sur notre chemin. J’ai vraiment passé un moment super, malgré la crainte. Génial mais trop court. Le manoir avait beau être grand comme ça à regarder d’extérieur, on en a fait minutieusement le tour en une après-midi. Autant dire qu’on n’a pas vu le temps passer.

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Ce fut une expérience formidable et je pense qu’elle m’a beaucoup faite grandir et j’ai appris énormément. Sur moi-même déjà car moi aussi, j’ai retrouvé tout ce que j’avais enfoui au fond de mon inconscient depuis que j’étais toute petite. Sans compter que D. aussi m’a beaucoup appris au fil de ses révélations ou quand il me confiait ses états d’âme. Chose qui m’incitait également à lui faire part des miens. C’était un peu nouveau de me confier, moi qui ai toujours été quelqu’un d’assez calme, discrète et réservée. Ça m’a soulagée aussi. Au final, cette journée tournait autour des énigmes, des discussions, et des événements particuliers qui ont fait qu’elle s’est révélée vraiment haletante. J’ai tellement ressenti cette dose d’adrénaline monter en moi que j’aurais sans doute bien voulu qu’elle dure un peu plus longtemps. Après tout, ce ne sont pas des choses qui arrivent tous les jours. Sans compter qu’à part se remémorer les souvenirs, il n’y a pas de retour en arrière possible. Je reste humaine, il serait bien difficile pour moi de remonter le temps. Tiens, peut-être devrais-je en parler à papa. C’est un si grand inventeur qu’il pourrait peut-être réussir à en inventer une de machine à voyager dans le temps. Et qui sait, peut-être pourrais-tu lui donner également un petit coup de main car toi aussi, tu étais très douée pour toutes ces choses scientifiques de ton vivant… Bon, après, je me rends compte que l’idée est un peu folle. Sans doute ne la reverrais-je pas de la même manière si je revenais à cette journée alors que je la connais déjà. Autant rester sur cette impression positive accompagnée de ces quelques regrets.

En tout cas, j’espère que là où tu es, tu auras loisir de lire cette lettre. Néanmoins, même s’il est impossible que tu le fasses, ça m’a fait du bien de te l’écrire. De même que ça me fait du bien d’être tous à nouveau réunis, en famille, alors que j’avais toujours pensé vous avoir perdus sans même avoir eu la chance de vous avoir connu. J’ai maintenant la preuve que ce n’était pas forcément vrai. J’espère également que là où tu es, tu es heureuse et fière de moi. Et même si tu n’es plus de ce monde, je pense à toi et t’aime toujours. Et je sais que c’est pareil pour toi.

Ashley

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6 Commentaires

  1. MrSolidus 29 March 2014
    Répondre

    Ma foi, ton article est remarquablement bien rédigé et original. Je ne connaissais pas du tout le jeu Another Code : Mémoires Doubles, alors j’ai dans un premier temps pensé que tu racontais ton histoire personnelle, shame on me !
    Tu me donnes envie d’en savoir plus sur ce jeu, même si ces derniers temps, je me sens plutôt occupé avec ma PS Vita…

    • Margoth 29 March 2014
      Répondre

      En même temps, avec FFX/X-2 HD, je pense que tu as de quoi voir venir pendant les prochaines centaines d’heures à venir. C’est vrai que pour quelqu’un n’ayant pas joué au jeu, ça pourra paraître vague, surtout s’il ne connaît pas du tout le nom de l’héroïne. Dans un premier temps, je voulais y inclure une introduction plus générale et générique, expliquant au passage la forme de cette critique avec une conclusion du même acabit pour résumer les choses clairement de mon propre point de vue de joueur. Mais au final, en relisant, je me suis rendue compte que le rendu était moins percutant, ça en devenait même très fadasse, ce qui fait que j’ai décidé de ne pas inclure ces deux paragraphes en question. Après, si tu as une DS ou 3DS, que tu es curieux, je te conseille d’y jeter un coup d’oeil, le jeu a beau manquer d’aboutissement par certain points, il s’avère très sympa à parcourir si peu qu’on n’ait aucun problème avec les rythmes lents et jonchés de parlottes. D’autant plus que le jeu est très court – un gros point négatif d’ailleurs – ce qui ne va pas te prendre beaucoup de temps (je l’ai terminé en 5h pour te donner un ordre d’idée). En tout cas, merci pour ton commentaire 😉

  2. Klaranimus 29 March 2014
    Répondre

    Tu me ramènes des années en arrière avec ton article ! J’ai découvert la Nintendo DS avec ce jeu et j’avais pris beaucoup de plaisir à le faire. Plaisir que je retrouve au fil de tes mots, de tes phrases. Une forme très originale pour un test et franchement bravo car c’est vraiment agréable à lire !

    • Margoth 29 March 2014
      Répondre

      Merci pour ton commentaire et ton retour sur cette petite expérimentation littéraire. C’est vrai que malgré ses défauts, il reste malgré tout très agréable à parcourir… Même si on reste quand même pas mal sur sa faim au final car ce Another Code se termine bien trop vite. Ce qui n’empêche pas qu’il est doté d’une aura extrêmement attachante, à l’image des autres travaux de Cing, son studio de développement qui a aujourd’hui mis la clé sous la porte. Je pense notamment à Hotel Dusk et sa suite Last Window qui, l’air de rien, marquent à leur manière, même si eux aussi ne sont pas dénués de défauts.

  3. Vidok 30 March 2014
    Répondre

    Très bon essai de style. Non seulement le jeu s’y prêtait clairement – excellente idée donc – mais en plus, cela permet d’humaniser la critique. Et finalement, le voyage que la lettre décrit se retrouve dans le récit, nous faisant voyager également.

    Another Code est un jeu que je me dois de faire depuis longtemps (à peine débuté la version jap) car la version Wii m’attend fermement. Tu m’as redonné l’envie de m’y plonger. D’autant qu’avec sa faible durée de vie, il s’agit d’un jeu pouvant être fait presque n’importe quand.

    • Margoth 1 April 2014
      Répondre

      Merci. C’est vrai que je pense que ce jeu s’y prêtait clairement, surtout dans le sens où je n’avais aucune inspiration pour une critique classique. J’ai eu beau me triturer l’esprit comme une damnée, rien ne sortait dans mon traitement de texte. Puis quand cette idée est venue sur le tapis, tout me semblait couler de source. Et puis, il faut admettre que changer un peu ses habitudes fait du bien de temps en temps.

      Non, c’est sûr que Another Code ne devrait pas te prendre beaucoup de temps. Deux sessions nocturnes dans mon lit avant d’aller me coucher et l’affaire était pliée. Et c’est assez étrange car c’est un jeu nous investissant l’esprit à la limite du monopole, un très bon point pour lui. Tout autant qu’il est facile de tourner la page une fois le jeu terminé et de passer sur un autre jeu sans se retrouver biaisé comme ça peut être le cas de certains jeux « à voyage » ou « à expérience » où l’on a parfois du mal à appréhender un autre jeu après coup tant il nous reste en tête. Un point un peu dommageable car ça laisse bien perplexe sur son potentiel de rejouabilité.

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