Wreckless : The Yakuza Missions

Caisses à savon et tôle froissée

Genre
Course arcade / Action
Développeur
Bunkasha Games
Éditeur
Activision
Année de sortie
2002

Pour le lancement de la première Xbox au Japon, Microsoft s’est appliqué à s’entourer de moult studios du pays afin de s’assurer un succès immédiat pour son imposante mais surpuissante machine face aux GameCube et PlayStation 2, disponibles depuis quelques mois sur le territoire. Parmi les développeurs qui ont répondu à l’appel, du moins pour les premiers mois après la sortie de la bête, on note notamment Tecmo, Sega et FromSoftware, mais également un nouveau venu dans l’industrie, à savoir Bunkasha Games. Décidé à faire ses armes sur la console américaine, le studio s’est attelé à la création d’un jeu de course arcade qui s’est rapidement fait remarqué par sa technique léchée, et semble se targuer comme une alternative aux affrontements sur circuits fermés proposé par son compère de line-up Project Gotham Racing. En effet, Double S.T.E.A.L, qui sera plus connu en dehors de l’archipel sous le nom de Wreckless : The Yakuza Missions (ou Mission Yakusas pour la France) par l’intermédiaire d’Activision, semble davantage inspiré par Midtown Madness et Chase H.Q. que du titre de Bizarre Creations ou d’un bon vieux Ridge Racer, ce qui a le mérite, quand on tombe dessus par hasard, de susciter une certaine once d’intérêt.

Comme subtilement énoncé précédemment, Wreckless lorgne les succès populaires concoctés par Angel Studios (futur Rockstar San Diego) et Taito pour son concept, avec une ville ouverte à explorer et la perspective, entre autres, de pas mal de courses poursuites. Le jeu prend place dans Hong Kong, où se livre une guerre sans merci entre la criminalité locale régie par un gang omnipotent de yakuzas et une police visiblement dépassée par les évènements. C’était sans compter sur l’intervention des deux duos de personnages qui seront les protagonistes des deux scénarios du mode principal du jeu. D’un côté, nous avons Madoka et Mei, policières zélées de leur état, et de l’autre, Ho et Chang, deux brigands pas très futés se retrouvant malgré eux espions pour une mystérieuse organisation. Ceux-ci se verront confier plusieurs missions qui seront de gros prétextes pour proposer filatures, poursuites, destruction de mobilier urbain, et beaucoup de tôle froissée, sur un ton peu sérieux aux vues de la mise en scène de certaines séquences, puisque nous irons jusqu’à déjouer le vol de matières radioactives.

Avant même d’aborder le jeu en tant que tel, il est évident que celui-ci, dès la première partie lancée, annonce la couleur sur sa partie graphique. Il faut dire que la Xbox devait se positionner comme la nouvelle ambassadrice de la puissante brute face à la concurrence, qu’elle soit déjà bien installée du côté de chez Sony, ou encore en train de le faire du côté de chez Nintendo, du moins en dehors du Japon. C’est ici chose faite avec Wreckless qui balance une technique mine de rien plutôt convaincante pour un des premiers titres du support et qui fait encore mouche aujourd’hui face à ses contemporains. Le moteur développé par Bunkasha Games propulse en effet une ville à l’urbanisme détaillé, fourmillant de petites rues exiguës, longues autoroutes et avenues bondées, avec moult éléments du décors prêts à être détruits au moindre passage de bagnole, un trafic automobile à esquiver donc, et beaucoup de pauvres piétons paniqués. Bon, Crazy Taxi est déjà passé par là, mais l’évolution est (évidemment) présente, avec notamment, une distance d’affichage décuplée et un nombre conséquent d’effets graphiques pas systématiquement utilisés en même temps à l’époque, avec du bump mapping, alpha blending ou du pixel shading en voulez vous en voilà. Visuellement, en résultent des textures détaillées, lumières et ombres dynamiques, effets de chaleur, arbres soumis aux aléas du vent, explosions et autres destructions à la physique réaliste… En 2021, cela a quelque peu vieilli, il est vrai, mais bien moins que l’on aurait pu le croire, surtout quand le jeu tourne correctement, sans gros ralentissements. On notera quand même que tout cela baigne parfois dans un aveuglant flou tant le simili anti-aliasing semble avoir du mal avec la résolution logiquement base affichée et l’abondance parfois excessive de pyrotechnie, d’autant que les missions ont trop tendance à se passer dans la pénombre d’une fin de journée. Bien sûr de lui, le studio a même pensé à inclure, pour le mode Replay, un paquet de filtres permettant de modifier durant ses séquences la tronche de nos prouesses, pour un résultat sympathique mais plus anecdotique qu’autre chose de nos jours.

Une belle plastique ne faisant pas tout, passons à son gameplay. Jeu de course arcade avant tout, Wreckless nous propose, compte tenu du contexte, des missions impliquant différents objectifs. Grossièrement, ceci impliquera de conduire le plus rapidement possible pour livrer un objet, poursuivre des gangsters pour ruiner leur véhicule, participer à des courses, escorter un convoi, traverser un parcours sinueux à obstacles, ou procéder à la destruction d’un certain nombre d’éléments face à un rival chevronné. Il y a même du combat en arène à la Destruction Derby. Tout cela, arcade oblige, implique un compteur de temps qu’il sera parfois possible de remonter, et qui finira sur un Game Over s’il atteint le terrible zéro. Bien entendu, pas de pénalité à défoncer tout ce qui se présente sur notre passage. A notre disposition, une poignée de véhicules à débloquer (du pot de yaourt à un pastiche d’une DeLorean de Retour vers le Futur), aux performances et aux comportements différents dont il faudra dompter les subtilités et savoir quand les utiliser, chacun étant adapté à chaque mission en particulier, la vitesse ne faisant pas toujours tout, notamment quand il faudra traverser un égout en roulant au pas. Il en ressort cependant que ces véhicules ont une physique parfois étrange, réagissant un peu trop exagérément aux chocs et se retournant au moindre saut, sans parler des plaquettes de frein absolument inefficaces quand il s’agira de freiner à une vitesse pourtant pas excessive. Rien de méchant, mais parfois un peu frustrant tout de même quand le temps est compté. Sur ce point d’ailleurs, on notera que le titre n’est pas du genre facile, même dans son mode de difficulté normal, où la moindre seconde perdue à rattraper une erreur finira probablement sur un échec de la mission. Alors en difficile, avec l’option « Dense » pour le trafic automobile, autant dire que Wreckless offrira un challenge certain.

Le jeu de Bunkasha Games présente donc pas mal de variété dans ses missions, et s’avère globalement sympathique et fun quand on parvient à maîtriser la conduite. Les situations absurdes, et la résistance digne d’un tank de nos véhicules, aide pas mal, même si on pestera face à la physique étrange et aux autres automobilistes qui passent leur temps à nous klaxonner et qui n’essayeront même pas de nous éviter. Mais vient le contenu du disque, enfin, son absence, qui vient gâcher tout ce potentiel. En effet, Wreckless n’inclut que deux modes, à savoir celui consacré à l’histoire pour un total de vingt missions à tout casser, et le replay, permettant de visualiser de manière assez limitée de précédentes parties. Il y a bien quelques véhicules secrets à débusquer, mais cela s’arrête là. Pas d’autres options supplémentaires, comme un mode autorisant une exploration libre de la ville, ou de nouveaux challenges avec toutes les déclinaisons et mix possibles et imaginables codés pour la partie histoire, pas de multijoueur… Rien. En cinq heures grand maximum, peut-être plus un tantinet plus si l’on s’attarde sur la difficulté maximale (enfin, quand on est mauvais, sinon c’est plutôt deux), c’est bouclé : on peut ranger la galette dans sa boîte, et rapidement oublier cette expérience. Peut-être que le studio n’a pas eu le temps d’ajouter du contenu supplémentaire afin de coller avec le line-up de lancement de la Xbox au Japon, n’en avait tout simplement pas les moyens, ou… considérait que c’était suffisant. Il s’agit en tout cas d’un point qui ne sera pas adressé sur les versions PlayStation 2 et GameCube qui sortiront quelques mois plus tard. Ces dernières, en plus, ne profiteront même pas des avancées graphiques du support originel.

Wreckless : The Yakuza Missions
Appréciation
Un départ en trombe pour finir dans le fossé : avec sa plastique et son gros potentiel côté gameplay, Wreckless : The Yakuza Missions avait tout pour proposer un jeu réussi, ce qui est d’ailleurs le cas pendant une poignée d’heures quand on s'est fait à la conduite, où le titre enchaîne les missions aux objectifs variés qui finissent souvent par de la destruction générale et un challenge corsé. Malheureusement, avec seulement vingt missions, le contenu manque, et on ne retournera pas vraiment dessus pour parfaire ses temps car on aura autre chose de mieux à faire à la place. Le titre fut visiblement un succès, du moins aux États-Unis où il finira réédité en édition Classics, mais aussi au Japon, où Bunkasha Games y signera une suite en 2005 exclusivement pour le territoire, sobrement nommée The Second Clash, qui sera sûrement abordé dans ces lignes un jour où l'autre.
Points forts
Graphiquement joli
Des missions variées
Plutôt fun dans son ensemble
Pas mal de challenge
Points faibles
Potentiel globalement gâché
Durée de vie aux fraises
Physique parfois étrange
Le freinage en carton
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