Les Chevaliers de Baphomet : Le Manuscrit de Voynich
Appréciation 3

On boucle Les Chevaliers de Baphomet : Le Manuscrit de Voynich un peu perplexe : autant retrouver George et Nico pour une nouvelle aventure est toujours un plaisir, tant l’intrigue façon Aventure avec un grand A et l’humour sont toujours là, avec cette fois-ci une mise en scène plus musclée, mais on ne que rester perplexe sur différents aspects et choix de Revolution Software.

Résumé 3.0 Correct

Les Chevaliers de Baphomet : Le Manuscrit de Voynich

Il aura fallu pas moins de six années à Revolution Software pour revenir sur le devant de la scène vidéoludique et proposer aux amateurs de jeux d’aventure une nouvelle histoire du célèbre George Stobbart. Et c’est dire si le jeu-vidéo a changé durant cette période, avec l’avancée et le succès des cartes entièrement dédiées à la 3D sur PC, et l’arrivée d’une nouvelle génération de consoles proposant toujours plus de puissance graphique, envoyant quelque peu aux oubliettes une 2D de moins en moins populaire. Il était donc logique pour le studio anglais, surtout financièrement, de faire passer sa série fétiche dans la nouvelle dimension. Après tout, LucasArts avait déjà ouvert la voie avec Grim Fandango et Escape from Monkey Island, donc pourquoi pas eux ! Le résultat se présente sous le titre de Les Chevaliers de Baphomet : Le Manuscrit de Voynich, ou « Le Dragon Endormi », tel qu’il est appelé dans les pays anglophones. Le titre était particulièrement attendu par les fans, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les interrogations fusaient, notamment sur le passage à la 3D et comment le gameplay pouvait s’en tirer  sans exploser totalement les codes du genre. Quinze ans après sa sortie, difficile de dire que la transition s’est superbement passée, mais que cela aurait pu être pire.

Nous retrouvons donc pour cette troisième aventure le touriste américain le plus célèbre mais aussi le plus poisseux du jeu-vidéo, George Stobbart, en plein voyage d’affaires dans le bassin du Congo. Celui-ci travaille maintenant comme juriste pour une société de brevets, et il doit rencontrer en plein milieu de la jungle l’inventeur d’une mystérieuse machine censée révolutionner l’humanité. Manque de pot, l’avion qui le transporte est pris dans un orage et se crashe non loin du lieu où il devait justement se rendre. Double douche froide : une fois arrivé sur place après une petite séance d’escalade, le scientifique qu’il devait rencontrer se fait descendre devant ses yeux. Les vieilles habitudes reprenant le dessus, George décide de se mettre sur la piste des ravisseurs – non sans leur avoir échappé auparavant) – et en relation de ça tout tout le bazar qui gravite autour de l’homme de science assassiné. Pendant ce temps, à Paris, Nicole Collard s’est vu confier par son rédacteur en chef préféré l’interview d’un jeune informaticien qui semble avoir déchiffré un manuscrit prédisant la fin du monde.

Comme on peut s’en douter, l’entrevue ne va pas se réaliser comme prévue… Comme on pouvait s’y attendre, l’intrigue de cet épisode gravite autour du mystérieux parchemin, avec pour romancer cela un enrobage mystique ainsi que de petites touches d’humour grâce à la maîtrise de Revolution Software qui n’est plus à contester, même si elle demeure ici en dessous des deux premiers opus. Nous allons dire qu’il s’agit d’un tout : l’incrustation du fantastique, habituellement saupoudré avec modération tout au long de l’intrigue, arrive sans crier gare en plein milieu de l’aventure et de manière un peu rentre dedans, les dialogues et les personnages manquent un peu de finesse, avec des méchants peu charismatiques, même si l’humour fait toujours autant mouche, tout comme l’ajout de scènes d’action, plutôt appréciables et trépidantes. Parfois, la sauce façon Indiana Jones accuse de quelques grumeaux… On appréciera toujours en revanche de retrouver de vieilles têtes et lieux le temps de petits caméos surprises.

Ce petit coup de mou vis-à-vis de l’univers s’explique peut-être aussi par le visuel. Pour son passage à la troisième dimension, le développeur ne voulait évidemment pas sacrifier la marque de fabrique de la série, à savoir un style graphique proche du dessin animé, mais il choisit de ne pas se tourner vers du cel-shading aux ombres marquées et aux couleurs vives façon Jet Set Radio ou l’adaptation de XIII pour appliquer au Manuscrit de Voynich un style semi-réaliste… Disons plus proche d’un film d’animation 3D traditionnel. Le résultat divisait et divisera encore les foules tant les écrans LED font remonter les défauts d’ombrage et de modélisation. Cela s’anime plutôt pas mal cela dit, et la mise en scène plutôt musclée du jeu est plutôt projetée à l’écran de manière assez convaincante… Enfin, comparé au toujours superbe Beyond Good & Evil, c’est le jour et la nuit, mais le budget n’était assurément pas le même.

3D et popularité des consoles oblige, pas mal de changements ont été apportés sur le gameplay. Si nous restons globalement dans un jeu d’aventure, il ne l’est plus au sens du pointé cliqué, car le contrôle de George (et de temps en temps Nico) ne se fait plus au curseur de souris mais directement à la manette (ou au clavier pour les masochistes). Il faudra toujours, en plus de parler à quelques NPCs, chercher des indice et éléments interactifs à l’écran mais ceux-ci se révèleront uniquement quand le personnage passera à côté. Dès lors, le HUD en bas de l’écran, mappé comme les boutons de la manette, proposeront les habituelles possibilités offertes par les jeux de la série. Peu de changement côté inventaire, que l’on pourra toujours consulter afin d’ausculter ou d’utiliser des objets trouvés ça et là, voir même de les associer entre eux, même si cette action restera plus rare que des épisodes précédents. Peut-être dans une volonté de ne pas faire fuir les gens, autant dire que Le Manuscrit de Voynich ne grille pas vraiment de neurones tant la solution des énigmes dépasse rarement les cinq minutes de réflexion. Les énigmes, en plus d’être peu variée, sont remplacées par beaucoup, mais alors beaucoup trop de puzzles à la Sokoban, a.k.a pousser et tirer des caisses dans un certain ordre pour se frayer un chemin. En mettre un, pourquoi pas, mais là ça sent un tantinet la fainéantise facile et cheap. Autres changements notables : plutôt que de proposer une aventure tranquille pour des cerveaux en quête d’exercice, Revolution Software a incrusté dans sa copie quelques phases d’infiltration ainsi que pas mal de séquences de plateforming et d’action. Il s’agit là d’un ajout plutôt sympathique, mais assez dur à apprécier dans l’état car durant ces parties, il faudra généralement être collés aux précipices pour espérer sauter ou s’accrocher, à surveiller le HUD pour savoir sur quel bouton appuyer, vu que cela change régulièrement. Guère pratique… N’est pas Tomb Raider qui veut.

On boucle Les Chevaliers de Baphomet : Le Manuscrit de Voynich un peu perplexe : autant retrouver George et Nico pour une nouvelle aventure est toujours un plaisir, tant l’intrigue façon Aventure avec un grand A et l’humour sont toujours là, avec un passage en 3D plutôt réussi et en sus une mise en scène plus musclée, mais on ne que rester un peu médusé sur différents aspects et choix de Revolution Software, qui vont de petits ratés dans son univers aux énigmes faciles ou répétitives, en passant des modifications de gameplay nécessaires, pas toujours bien exécutées, mais loin d’être si catastrophiques que ça. Au final, un épisode de transition qui reste tout de même sympathique à parcourir, même s’il ne laissera pas un souvenir impérissable comme ses deux autres grands frères.

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