Lost Eden
Appréciation 3

Lost Eden n’a rien d’un grand jeu, c’est indéniable, mais a tout de la petite œuvre sans prétention qu’il est bon de découvrir par hasard pour réajuster ses attentes en matière de jeu-vidéo. Avec son gameplay pas des plus exceptionnels, le jeu de Cryo Interactive demeure encore aujourd’hui un titre simple, efficace, sans fioritures, rapidement terminable et avec suffisamment d’atouts pour être parcouru.

Résumé 3.0 Correct

Lost Eden

1995 fût signe de passage à la vitesse supérieure pour Cryo Interactive. C’est en effet durant cette année que le studio français doubla son nombre de productions, chapeauté par de nombreux éditeurs, et qu’il s’est notamment vu confier, visiblement suite au succès de Dune, l’adaptation vidéoludique d’un certain de plusieurs jeux tirés de licences du moment, avec, il est vrai, pas le résultat minimal escompté en terme de qualité lorsque que l’on s’attarde par exemple sur l’adaptation du film Timecop sur Super Nintendo, sorte de redite crispante de Super Dany sorti l’année précédente sur le même support. Fort heureusement, en 1995 toujours, et en en guise de contrebalance de ces deux loupés, le développeur a pondu pas mal de titres nettement plus réussis (quoique pas toujours bien accueillis), avec une interprétation du comics Aliens de chez Dark Horse (Aliens : A Comic Book Adventure), ou encore des projets originaux comme The Raven Project ou encore Lost Eden, objet de discussion du présent article. Au menu de cette production imaginée par l’équipe derrière Dune et du futur Atlantis : Secrets d’un monde oublié, des dinosaures, un monde à d’un terrible tyran, pour un titre à priori peu appétissant au premier abord, mais qui sait rapidement montrer ses atouts.

Lost Eden prend place dans un univers fusionnant fantasy et ère mésozoïque, dans lequel orcs, humains et dinosaures vivent dans une relative harmonie. Relative, car Moorkus Rex, chef des tyrannosaures, règne avec terreur dans des contrées de moins en moins lointaines, avec pillages, population dévorée et une tyrannie qui s’étend de plus en plus à travers le monde. Le héros de notre histoire, Adam de Mô, fils du roi Gregor du royaume de Mashaar, vit dans une certaine naïveté sans vraiment savoir ce qu’il se passe au delà des terres de son paternel, ce dernier s’attachant à éviter toute avec l’extérieur ou ne serait-ce qu’une moindre alliance avec les dinosaures dans la lutte contre la menace qui approche petit à petit. La destinée de notre protagoniste va changer lorsque que l’on va lui apprendre ce qu’il se passe dehors et surtout du fait qu’il fait parti d’une lignée de personnes ayant le pouvoir de rallier humains et dinosaures dans un but commun, ce qui tombe plutôt bien vu qu’une armée de tyrannosaure légèrement féroce s’approche peu à peu pour tout détruire. Rameuter les foules pour se protéger et combattre serait quand même pas mal en effet, et la construction de grandes citadelles semble être la solution ultime pour répondre à l’envahisseur. Avec la bénédiction de son père, totalement opposé au départ à ce qu’il quitte le royaume, Adam part donc à l’aventure afin de tenter d’unir les différents peuples du monde à sa cause, avec sans l’aide du ptéranodon Eloi, qui s’occupera de la diplomatie, du transport et des informations générales, Dina, une parasaurolophus, amie d’enfance du héros, qui officiera en tant que traductrice – car oui, les dinosaures parlent, et dans différentes langues – et enfin Cécile, orc, gros bourrin, et amateur de bonne bouffe. Globalement, l’arc narratif de Lost Eden s’avère relativement classique et pas des plus étoffés, un brin répétitif dans son rythme malgré quelques retournements dans le scénario pour pimenter l’intrigue, mais reste tout à fait sympathique et agréable à suivre, notamment grâce aux différentes rencontres diplomatiques de différents peuples et au doublage français plutôt réussi qui donnent assurément du cachet au titre, surtout par rapport à Dragon Lore sorti l’année précédente. La direction artistique, en particulier des graphismes, propose tout ce qui pouvait être proposé en 1995 sur PC, avec des décors modélisés en 3D mais parfaitement fixes, d’énormes et plutôt bien animés sprites pour les personnages durant les dialogues, et de nombreuses cinématiques pour faire les transitions entre les différents coins visités. Et puis il y a l’ambiance, mais nous y reviendrons plus tard. On sent en tout cas que l’équipe de Dune est derrière ce Lost Eden.

Pour le gameplay, c’est un peu le même topo : du classique, mais pas totalement. Concrètement, le jeu se place comme un pur jeu d’aventure à la première personne : coincé pendant les quelques temps dans la forteresse humaine, on déambule à la recherche d’objets et d’endroits où les utiliser, et on discute avec tout ce qui peut se présenter à nous. L’interface se veut logiquement pensée pour être entièrement opérée à la souris, avec un curseur changeant selon les situations, et un inventaire facilement accessible. Ces éléments de point-and-click ne sont uniquement utilisés pour de la présentation pure et simple du lore du titre, mais ceci s’avérera tout de même plus développé que ce qui nous attendra après avoir véritablement débuté la quête : grossièrement, on est lâché dans une région avec pour seul but de trouver le peuple qui y habite, discuter avec leur chef, embarquer le chef pour réaliser une petite quête, et enfin rallier les dinosaures du coin pour construire une citadelle suffisamment puissante pour contrer l’avancée de l’armée de Moorkus Rex. Il s’agira plus exactement de trouver des objets éparpillés sur la carte – sur laquelle on se balade via un enchaînement de plans fixes – pour les filer à la bonne espèce de reptiles, et leur jouer une chanson pour qu’ils rejoignent l’armée alliée : par exemple, contre de l’or, les vélociraptors peuvent contrer les tyrannosaures, et les brachiosaures, contre de bons champignons, feront le transport. De ça et là, selon les événements du scénario, un peu de changement sera apporté à la formule, mais celle-ci se résume finalement à se balader de régions en régions à filer des objets et à discuter avec tout le monde en attendant qu’un script se déclenche pour faire avancer l’histoire. Pas vraiment barbant, mais un brin répétitif il est vrai, et surtout pas vraiment difficile dans ce qui est attendu du côté des maigres énigmes que propose le jeu, qui est en plus livré avec un système d’aide pour les personnes qui seraient vraiment bloquées. A la vue des cartes souvent vides de toute vie, il est difficile de savoir si les développeurs avaient prévu davantage de contenu et qu’ils ont été rattrapés par le temps ou si tout était bien prévu comme cela, à errer un peu au hasard sur de grandes étendues.

Tout cela ne donne pas foncièrement envie, mais Lost Eden arrive, dès son introduction, à happer son auditoire, et à le garder captif durant la poignée d’heures que durent le jeu. Il se dégage en effet du titre une étrange aura, visiblement le fruit de l’ambition et de la sincérité de ses développeurs, d’un ensemble de petits détails sympas comme le fait de se balader avec une équipe non fixe de personnages avec lequel on peut interagir via un simple menu, des dinosaures qui parlent, des graphismes coincés entre deux époques, avec une 2D du début des années 90 qui cohabite avec une 3D toute tâtonnante, fascinante, tellement balbutiante et chaotique, mais aussi et surtout, surtout… Sa bande-son. On retrouve ici Stéphane Picq, compositeur attitré et magicien musical de Cryo Interactive, qui insuffle au jeu une ambiance unique, mystique, et totalement décalée, au travers des compositions en somme toutes éloignées de Dune, mais tout à fait dans le style qui lui propre, avec percutions à foison, chants qui semblent provenir d’un autre univers, des rythmes entêtants… Assurément la réussite qui fera que le jeu ne tombera pas dans l’oubli, comme beaucoup d’autres jeux du développeur il faut dire, et qui justifie même de s’y plonger au moins une fois.

Lost Eden n’a rien d’un grand jeu, c’est indéniable, mais a tout de la petite œuvre sans prétention qu’il est bon de découvrir par hasard pour réajuster ses attentes en matière de jeu-vidéo. Avec son gameplay pas des plus exceptionnels, le jeu de Cryo Interactive demeure encore aujourd’hui un titre simple, efficace, sans fioritures, rapidement terminable et avec suffisamment d’atouts pour être parcouru : une histoire et des personnages sympathiques, un doublage réussi, un subtil mélange de fantasy, d’onirisme et de mystique (et même un peu d’humour), et pour chapeauter tout ça, une bande-son magistrale. Qui plus est, le jeu est disponible sur de nombreuses plateformes, peut-être plus exotiques que les futures productions du studio, puisqu’à part le PC (trouvable sur GOG), on le retrouve sur 3DO, CD-i et… Sur l’ordinateur japonais NEC PC-9821. Aucune raison de bouder l’essai donc.

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