Life Is Strange – Before The Storm
Appréciation 3

Cette préquelle n’ira pas se hisser au même rang d’incontournable que Life Is Strange, cela est évident. La faute à une narration non dénuée de maladresses principalement. Malgré tout, on ne retirera pas à Deck Nine Games de s’en être sorti avec les honneurs dans sa réappropriation de ce qu’avait bâti DontNod auparavant. Ce qui fait qu’Arcadia Bay sera très agréable à retrouver de nouveau par l’intermédiaire de ce Before The Storm. Un bon encas sympathique pour le fan, une bonne façon de faire ses adieux à l’arc de Sam et Max, en attendant de voir arriver le second volet où les géniteurs originels reprennent véritablement les rênes, avec des protagonistes et un background totalement nouveaux

Résumé 3.0 Correct

Life Is Strange – Before The Storm

L’histoire de Life Is Strange avait-elle forcément besoin de s’étendre sur un nouveau soft, mettant en scène le même contexte et protagonistes ? Honnêtement, non. Et pourtant, nous avons eu le droit à une préquelle à l’étrange et touchante aventure de Max Caufield et Chloe Price, Life Is Strange – Before The Storm. Autant ne pas se le cacher : voilà qui pue à plein nez la commande éditeur pour surfer sur la vague, ne pas faire oublier la franchise trop rapidement en attendant la sortie du véritable second volet et se faire un peu de bénéfice supplémentaire. D’autant plus que DontNod n’avait pas caché qu’il n’y avait aucun sens à continuer les pérégrinations des deux héroïnes dans la charmante cambrousse d’Arcadia Bay et qu’il préférait partir sur quelque chose d’entièrement nouveau pour Life Is Strange 2, comme on a pu pleinement le voir dans la démo introductive de The Awesome Adventures Of Captain Spirit. C’est ainsi qu’on ne s’étonnera pas que cette préquelle ne soit pas développée par ses géniteurs originels, trop focalisés sur le développement du véritable numéro 2 et son nouveau action/RPG, Vampyr. La lourde responsabilité revient donc au méconnu Deck Nine Games – à qui l’on doit notamment les épisodes 3, 4 et 2001 de la série Coolboarders sur PSone/PS2 et le portage de la trilogie HD de Ratchet And Clank sur PS3 – dans cette prise de relais. Voilà qui laissait quand même planer des doutes inquiétants quant à la bonne teneur de ce spin-off. Allaient-ils réussir à se réapproprier l’univers et ambiance très intimistes de Life Is Strange, conserver cette même subtilité narrative, voire lui apporter quelque chose de plus, sans dénaturer le propos ? Le challenge est de taille quand même.

Dans toutes les questions de réappropriation de ce qui a été développé par DontNod, le verdict s’avère extrêmement positif. Il faut reconnaître que l’on retrouve Arcadia Bay, fidèle à l’originale, de la même manière avec cette ambiance s’apparentant à un long fleuve tranquille. Deck Nine Games n’en fait pas des caisses et s’est appliqué à mettre une nouvelle trame narrative en place, focalisée sur Chloe Price que l’on incarne cette fois-ci et Rachel Amber, expliquant leur rencontre, le lien entre elles qui se développe petit-à-petit, la personnalité et histoire de Rachel ainsi que les raisons éclairant pourquoi sa future disparition restera assez peu suivie en terme d’enquête policière et/ou parentale pour la retrouver comme on a pu le voir sur l’opus fondateur, sans que l’on ne puisse lui reprocher le moindre souci d’incohérences majeures. Mieux, Before The Storm parvient à éviter des pièges grossiers sur lesquels il était facile de tomber.

Il n’y a en effet aucune notion de fantastique, ni même le côté thriller que l’on pouvait avoir dans la suite des événement avec Max et Chloe. Un bon point que voilà : Arcadia Bay est censée être une bourgade paumée et tranquille, quand bien même elle ne soit pas exempte de tares et de points noirs dans sa qualité de vie et autres disparités économiques ou sociales, pas un lieu où il se passe des trucs extraordinaires toutes les semaines, à grand renfort de surnaturel ou de tueurs en série psychopathes. C’est ainsi que l’on retrouvera un rythme plutôt lent, à l’image de ce qu’on pouvait voir dans l’épisode 4 de Life Is Strange, parfaitement en adéquation avec la normalité terre-à-terre des situations développées, d’autant plus que la bande sonore, dans la même lignée que son prédécesseur enfonce bien ce caractère tranquille et intimiste. Autre exemple : Max est ici totalement absente, chose qu’il aurait été très inadapté de faire, quand bien même cela aurait ajouté une bonne louche de fan service, vu que l’héroïne originelle n’arrive à l’institution de Blackwell que bien plus tard alors que Rachel avait déjà disparu. Ce qui ne l’empêche pas d’être indirectement présente pour autant, parmi les flux de pensées de Chloe, à la fois demandeuse de revoir son amie et rancunière de sa discutable rupture de contact. En cela, on sent que les développeurs n’ont pas laissé les quelques messages reconnaissants dans les crédits d’avoir pu apporter sa pierre à l’édifice à une œuvre vidéoludique qui les a pleinement touchés en tant que joueurs pour faire joli et tenter de manipuler le joueur dans ses bonnes grâces. La volonté de bien faire est là et elle se ressent pleinement en jeu tant jamais on a l’impression d’être pris pour des pigeons face à un titre de commande, développé avec méconnaissance et je-m’en-foutisme. D’autant plus que certains détails montrent que DontNod n’a pas non plus été totalement absent du processus, comme ces petits clins d’œils disséminés çà et là dans les environnements que l’on a retrouvé dans la démo de Life Is Strange 2, signe qu’il y a bien dû avoir un minimum de dialogue et d’échanges entre les deux studios.

Si s’approprier le propos n’a pas été un problème, on pourra davantage mettre des holà sur son exploitation. Deck Nine Games a eu beau avoir insufflé beaucoup de passion – touchante par ailleurs – dans Before The Storm, le tableau n’est pas rose pour autant sur quelques points très dommageables, empêchant ainsi son soft de se hisser au même niveau que la monture de DontNod. On commencera d’abord par le point de gameplay qui remplace le pouvoir de remonter le temps de Max, à savoir « le pouvoir de l’insolence » de Chloe où l’on doit choisir ses répliques afin de décontenancer son interlocuteur afin qu’il aille dans notre sens. Si l’on reconnaîtra que, dans la théorie, cette possibilité fait écho au caractère rebelle de la jeune fille, cela ne fonctionne absolument pas d’un point de vue pratique. Difficile en effet de percevoir ce qui pourrait aller dans notre sens ou non tant les répliques et les perches tendues par notre interlocuteur ne sont pas toujours très explicites. Nul doute que la localisation doit y contribuer en partie, si ce n’est complètement. Dans tous les cas, ce genre de passages, bien que très courts et ponctuels, gonflera rapidement, au point que l’on fera tout pour éviter les joutes facultatives dès lors que l’on s’apercevra que l’on peut les éviter.

On sent également le changement de personnes au niveau de l’écriture. Cette préquelle n’est en effet pas dénuée de maladresses. On pourra regretter par exemple certains choix des développeurs de se focaliser sur certains points mais de clairement en survoler trop rapidement d’autres qui auraient pourtant eu davantage d’intérêt. De cet ordre-là, l’on pestera sur le fait que la relation familiale de Chloe soit vraiment mise en retrait alors qu’elle arrive dans un tournant important, à savoir l’intégration de son beau-père au sein de la maisonnée. Au vu de l’importance que DontNod a donné à cet aspect précédemment au point d’en laisser de nombreuses perches exploitables, il aurait été pourtant judicieux de s’y tenir davantage et de voir avec plus de précision la façon de s’intégrer de son beau-père, tant dans la maison bourrée de souvenirs du père décédé que dans l’éducation de Chloe, ainsi que le ressenti plus profond de la jeune fille vis-à-vis de cette situation épineuse. Ni même de son traumatisme quotidien d’avoir perdu son père d’ailleurs, bien trop sous-représenté. De la même manière, on regrettera surtout la sous-exploitation narrative de la relation entre Chloe et Rachel. Ne pas lui avoir accorder plus d’importance la rend même, en l’état, très maladroite, son caractère extrêmement ambigu étant traité de manière plutôt grossière, voire carrément douteuse et gênante. Parce que faire virer la conversation en grosse tension sexuelle, ça ne se fait pas trop entre deux adolescentes de quinze ans qui n’ont parlé pour la première fois ensemble que depuis cinq minutes. C’est sûr que ce genre de procédé fait pâle figure par rapport à l’ambiguïté plus subtile développée DontNod entre Max et Chloe. On notera également l’étrangeté de la conclusion dans ses toutes dernières minutes : montrer la position difficile de Rachel au moment de sa disparition a beau être une bonne idée, on regrettera néanmoins l’absence totale du personnage de Jefferson sur Before The Storm pour ainsi comprendre comment ce dernier a pu avoir une telle emprise sur un caractère aussi trempé. Dont les compétences de comédienne laisseraient, de plus, à penser qu’elle n’irait pas se laisser berner aussi facilement qu’une simple ado paumée lambda.

Ne jetons pas trop sévèrement la pierre, en parallèle de ces maladresses, Deck Nine Games aura quand même réussi à accomplir de très bonnes choses. A savoir, le développement de Rachel Amber qui est véritablement le pivot central de ce spin-off. Car, si quelques personnages secondaires – directement issus ou non de Life Is Strange peuvent paraître un brin clichés, ce n’est nullement le cas de la jeune fille dont la psychologie et les actes sont bien plus complexes à appréhender que cette « fille adorable, aussi talentueuse que populaire » que l’on nous a vendu par simple ouïe dire avec Max. Rachel est un peu l’incarnation de la personne hyper charismatique que l’on aimerait de prime abord suivre jusqu’au bout du monde si notre côté réfléchi ne nous incitait pas à garder un chouïa de méfiance tant l’on est parfois amené à douter de sa sincérité. Sans compter que son histoire familiale, tout en drama, s’avère assez passionnante à suivre et dont certains choix iront véritablement nous faire gamberger. Cette notion de choix globale, par ailleurs, prend véritablement sur Before The Storm une dimension toute nouvelle. Qui est surtout dû au fait que l’on incarne un personnage que l’on ne contrôlait auparavant pas, que l’on avait par conséquent appris à connaître par l’intermédiaire d’une autre enveloppe. D’où le fait que l’on finit vite par se trouver confronté à deux façons de choisir et d’agir : faire ce qui nous semble le plus plausible pour nous comme on avait tendance à le faire avec Max ? Ou au contraire, « la jouer RP » et plutôt privilégier ce qui semble le plus adapté au caractère de Chloe que l’on connaît finalement énormément ? Situation plutôt déconcertante au démarrage, il s’avère que cette différence de perception amène un petit quelque chose d’inexplicablement intéressant.

Pour finir, il est de bon ton d’aborder l’épisode bonus sorti quelques temps après l’épilogue, disponible par ailleurs sur la version boîte. On y retrouve Chloe et Max, enfants, juste avant leur séparation. Une scène pas totalement inconnue des joueurs de Life Is Strange vu qu’elle avait été partiellement montrée en cours de jeu. Point de chichis dans cette petite portion qui n’est qu’un simple cadeau aux fans, montrant les derniers moments de complicité insouciante de deux jeunes amies pour qui les vies de chacune basculeront totalement quelques heures plus tard. Tout simple certes, mais non dénué d’émotion tant l’on sent que c’est sur ces derniers instants que l’on fera véritablement nos adieux à ces deux héroïnes qui nous ont touché, marqué et pourquoi pas, avec qui l’on se serait identifié. Et à Arcadia Bay également par la même occasion. Sans compter que le petit aspect jeu de pirates, simple excuse pour apporter quelques petites précisions aussi futiles que croustillantes ainsi que des bonnes petites idées bienvenues (le fameux Livre Dont Vous Êtes Le Héros par exemple), fait un peu écho à l’imaginaire enfantine qui sera au centre du propos dans The Awesome Adventure Of Captain Spirit. C’est sans aucun doute sur ces deux à trois heures que Deck Nine Games arrive le plus à se rapprocher de l’approche originelle de DontNot et ce, de manière très convaincante.

Ce qui nous donne au final un Life Is Strange – Before The Storm loin d’être mauvais en soi contrairement à ce que l’on aurait pu croire. Certes, Deck Nine Games n’arrive pas à la cheville de DontNod en terme de maîtrise mais parvient quand même à bien se réapproprier l’univers et son ambiance si particulière, sans spécialement commettre d’impairs en terme de cohérence. Malgré tout, les différentes maladresses de propos, de choix discutables de développement narratif ainsi que le principe de joutes verbales, tout sauf agréables à subir, feront que le titre ne revêtit que d’un simple statut d’encas fan-service que l’on ne fera que pour prolonger l’expérience. Mais nullement la sublimer.

 

Articles liés

Death End re;Quest

Death End re;Quest

Death end re;Quest garde cette volonté d'innover propre aux jeux de Galapagos RPG, et cette fois l'exécution est un peu meilleure. Cependant, les petits moyens mis en œuvre l'empêchent d'être l'expérience narrative visée. Un RPG néanmoins accrocheur par son scénario mystique, et doté d'un design original et d'un système de combat qui l'est encore plus. Il faut cependant pas mal de patience étant donnée le progression linéaire et souvent laborieuse.

Albert & Otto – The Adventure Begins

Albert & Otto - The Adventure Begins

Même si la direction artistique mérite le coup d’œil, cela n'empêchera pas qu'Albert & Otto s’avérera un brin ennuyeux dans son parcours. On verra notre héros mourir avec une certaine indifférence et on finira vite par trouver les mécaniques de réflexion un brin redondantes. La métaphore globale a beau être intéressante et bien fichue sur plusieurs détails, il n'y a pas pour autant ce gros sens de l'accroche que Limbo parvenait à avoir, quand bien même il était bien plus vague dans son propos. Pire encore, il fera pester à bien des niveaux, notamment à cause de sa maniabilité pas très convaincante et pas toujours bien gérée et sa difficulté mal dosée. Pas entièrement à jeter non plus mais prouve bien que même si le modèle paraissait tout simple à la base, il n'est pas si simple à égaler. N'est pas Limbo qui veut....

Virginia

Virginia

Si l'occasion vous est donnée de vous pencher sur Virginia se présente, n'hésitez pas. Vous en sortirez peut-être perplexe mais l'expérience se montrera marquante. Pour le fait de voir que les spécificités de la patte singulière de David Lynch fonctionne à merveille dans le cadre d'un film interactif et d'une direction artistique loin d'être commune, tant par son enrobage esthétique charmant que par son volet sonore de haute volée. Pour le coup, Variable State s'en tire avec les honneurs, même si Virginia n'est pas forcément à la hauteur de ses ambitions couillues..

Poster un Commentaire

avatar
2000

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Me notifier des