Preview : Life is Strange 2

Preview : Life is Strange 2

Présenté à l’E3 de façon assez surprenante de par sa gratuité et sa mise à disposition peu de temps après ladite annonce, The Awesome Adventures Of Captain Spirit se révèle être un chapitre introductif à Life is Strange 2. Qu’on n’y aille pas voir un spin-off pour autant, il faut davantage le considérer comme une simple démo à ce deuxième opus. Où Dontnod a repris, pour le coup, les rênes. Ce qu’on a tôt fait de ressentir pleinement, n’en déplaise à Deck Nine Games qui était en charge de Life Is Strange : Before The Storm, très loin d’égaler narrativement parlant son modèle. Mais pour ce dernier point, on y reviendra prochainement puisque la critique de ce dernier est actuellement en chantier.

Je suis un enfant unique et j’avoue que lorsque je rencontre des gens, j’ai souvent droit à un refrain qui se répète inlassablement : « Oh ? Tu n’as pas de frères et/ou sœurs ? Mais ça n’a pas été trop dur pour toi quand tu étais gamine, tu as dû quand même bien t’emmerder ? ». Au moins, maintenant, je pourrais leur présenter The Awesome Adventures Of Captain Spirit en réponse. En effet, ce chapitre introductif ne présente pas les héros qui seront au cœur du propos dans le second volet – même si on les aperçoit brièvement dans les dernières secondes – mais leur jeune voisin, Chris, âgé d’une dizaine d’années, fils unique devant surmonter le récent décès de sa mère et gérer son père, totalement dévasté par cette tragédie, plongeant peu à peu dans les mauvaises spirales de l’alcoolisme. Pas véritablement de pouvoir surnaturel présenté ici, il s’agit en fait là d’une ode à l’imaginaire d’enfant.

Parce qu’enfant unique ou non, je ne pense pas me tromper qu’on s’est tous perdus dans des histoires diverses dans nos jeux d’enfants. Des histoires qui nous fascinent, nous obsèdent même parfois, desquelles on matérialise de véritables films dans nos têtes jusqu’à tenter d’utiliser l’environnement réel afin de les mettre en scène. De mon côté, j’avoue que ces petites tranches de vie de l’imaginaire ont pleinement fait partie de mon quotidien d’enfant, que ce soit à concocter des élixirs magiques dans un coin du jardin parental à grands renforts de terre, d’eau de pluie, de pissenlits et de mauvaises herbes ou à tenter de recréer les diverses frasques d’imaginaire via les Playmobil ou les Lego, histoire de meubler les moments solitaires sans jamais forcément ressentir de manque fraternel. D’où le fait que j’aime à répondre aux curieux se dépitant eux-mêmes de ma condition d’enfant unique que l’être humain est une espèce intelligente qui sait s’adapter à son environnement et est, par conséquent, pleinement capable de vivre sa condition sans vivre de quelconques traumatismes. D’où le fait également que le propos de The Awesome Adventures Of Captain Spirit m’a pleinement touchée. Tellement je me suis revue, d’une certaine manière, enfant.

Par chance, de mon côté, je n’ai pas eu à subir de quelconque tragédie comme peut le vivre Chris. En cela, j’ai été également touchée de voir à quel point Dontnod a su allier la thématique de l’imaginaire de l’enfant et celle du deuil. A de multiples reprises, on s’aperçoit que l’enfant a créé certaines de ces situations en se basant sur le souvenir de sa regrettée mère. Les symboliques d’ailleurs bien trouvées et amenées, ni trop abracadabrantesques, ni trop grossières, à l’image du labyrinthe donnant accès à un précieux trésor qui n’est autre qu’une vulgaire boîte à chaussures renfermant de multiples souvenirs de sa mère comme des photographies. Une manière imagée qui atténue le contexte de l’orphelin voulant s’isoler afin de se recueillir et extérioriser sa souffrance face au deuil mais qui ne manque pas de toucher le cœur du joueur. On s’attache à ce petit être, préalablement fort et plein d’aplomb, qui fait soudainement tomber sa carapace pratiquement à chaque issue d’objectif atteint, que ce soit en rapport direct avec sa mère que sur les peurs irrationnelles d’enfant comme cette histoire de chauffe-eau démoniaque perdu dans les tréfonds ténébreux de la cave.

Voir ces instants de fragilité rassurent d’une certaine manière. Parce que voir Chris mener sa vie avec une certaine insouciance, un peu comme si de rien n’était, dénote complètement du contexte dramatique qu’il vit actuellement. En plus de devoir faire son deuil, il doit également gérer son père totalement ravagé par la perte de son épouse. Qui le pousse à se réfugier dans l’alcool jusqu’à complètement se décharger de ses obligations vis-à-vis de son fils. Là où il promet d’acheter un sapin à l’issue du match de basket, il finit par tomber ivre mort de sommeil pour se retrouver ensuite entre la colère rageuse et la déchéance suppliante d’un homme brisé lors de son réveil fortement alcoolisé. Il faut dire que la bière et le whisky au petit déjeuner ne font pas bon ménage, que ce soit dans l’ivresse la plus totale que lors de son ingurgitation. C’est à ce niveau que l’on retrouve toute cette notion de choix à conséquence tant le comportement du père, devenu imprévisible de par les ravages éthyliques, varie quelque peu selon nos réponses lors des dialogues avec lui. De la même manière que l’issue de l’histoire familiale peut également varier lors du dialogue avec la voisine inquiète du sort de Chris, pouvant, selon nos réponses, partir partiellement convaincue des excuses de l’enfant pour protéger son père, ou carrément nous dire qu’elle s’apprête à téléphoner aux services sociaux afin de l’éloigner de son père le temps qu’il reprenne pied. Même si l’on se retrouvera finalement avec la même conclusion de chapitre de Chris fuyant son père, victime d’un accident qui aurait dû s’avérer grave, si ce n’est mortel, si le véritable surnaturel qui sera au cœur de Life Is Strange 2 ne s’en était pas mêlé.

En cela, les derniers instants restent vagues mais amènent une transition subtile qui ne peut qu’éveiller la curiosité quant au jeu à venir. Que ce soit quant à l’exploitation en terme de gameplay de ce nouveau pouvoir que l’on a brièvement aperçu, que sur le fait de réussir à retrouver cette même intensité émotionnelle présent sur le premier volet, quand bien même l’univers et protagonistes soient totalement différents. En tout cas, pour ce dernier point, The Awesome Adventures Of Captain Spirit se montre très encourageant tant cette démo parvient, en à peine une heure de temps, à toucher.

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