Sam & Max : Saison 1
Appréciation 4

Cette première saison de Sam & Max a beau être à la ramasse sur plusieurs plans tels que la technique ou bien la trop grande accessibilité rendant le jeu plutôt simplissime, Telltale nous gratifie là d’un jeu doté des meilleures intentions du monde. Ce qui nous sensibilise beaucoup et nous fait apprécier le jeu à sa juste valeur : celui d’une suite tardive d’un jeu culte fait dans les règles de l’art en terme de fidélité de l’esprit originel. Avec en bonus, une bonne première incursion dans le concept de l’épisodique, modèle devenu par la suite récurrent pour le studio des ex-Lucas Arts

Résumé 4.0 Très bon

Sam & Max : Saison 1

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C’est vrai que depuis l’an dernier, les gens ne se sentent plus pisser lorsqu’on évoque les studios Telltale. C’est ainsi que je me radine vers vous, armée d’une arrogance rare, afin de jeter une vérité en pleine figure : « oui, il y avait bien une vie avant The Walking Dead ! ». Certes, cela sonne comme une évidence mais il n’y a rien de mal à remettre les pendules à l’heure pour tout le monde afin d’attaquer cette présente critique sur de bases saines. Car oui, je vais vous parler de Telltale Games mais non, je ne vous parlerais pas de zombies. Je préfère largement remonter le temps afin de revenir sur le jeu où beaucoup de choses ont commencé pour le studio : Sam & Max : Saison 1. Ok, les âmes les plus avisées diront qu’il ne s’agit pas là de leurs touts premiers travaux – il s’agissait en fait d’un jeu de poker nommé Telltale Texas Hold’em Poker qui, lui, n’avait rien de reluisant, suivi ensuite par une adaptation plus réussie du comics Bone – il s’agit malgré tout pour lui de son ticket pour le monde des grands. Ce jeu était à la fois son premier succès mais également le premier véritable cas d’imposition réussie du format vidéo-ludique épisodique. Et si l’on remonte encore plus loin dans l’histoire, c’est à la suite de l’annulation du développement de la suite de Sam & Max Hit The Road sorti il y a vingt ans par Lucas Arts que certaines figures du projet s’en sont allées afin d’aller fonder leur propre machine, Telltale Games. Eh oui, je vois d’avance certaines mines étonnées se dessiner dans l’assistance. Malgré un parcours jonché de bons – citons au hasard Tales Of Monkey Island ou bien leur adaptation de Wallace & Gromit comme de moins bons – leur adaptation de Jurassic Park avait de quoi décevoir – certaines personnalités du studio en ont quand même dans la bouteille vu qu’ils ont participé à de grands noms du point’n click tels que Monkey Island ou Day Of The Tentacle. Oui, rien que ça.

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Sam & Max… Voilà un nom qui parlera aux vieux briscards du point’n click. Sam & Max Hit The Road avait marqué son époque en nous introduisant deux héros totalement déjantés, à l’humour débridé qui avait de quoi dresser les poils de votre grand-mère sur le tête tant on frôlait d’un cheveu le politiquement incorrect… Non, c’est vrai, n’ayons pas peur des mots, on entrait carrément dans le mauvais goût avec toute cette répartie sans faille. Cependant, il n’y a pas à faire la vierge effarouchée devant des répliques nauséabondes telles que « Si quelques siècles de civilisation ont dû être anéantis pour qu’une bande de créatures des bois nauséabondes puissent continuer à perpétrer leurs coutumes écœurantes, alors tant mieux ! » ou bien « Espèces de sales raclures de vermines de jumeaux, je devrais vous tordre les jambes au dessus de la tête et vous obliger à danser la lambada ! » maintenant devenues cultes : c’est bien ça qui fait tout le charme de l’œuvre. Cette dernière, piquante, à la satyre aussi exacerbée que poilante, a su creuser son trou parmi toutes les pierres jetées dans la mare de Lucas Arts grâce à son écriture qui n’a rien à envier aux glorieux travaux de Ron Gilbert et autres Tim Schafer en la matière. A l’origine adapté du comics écrit par Steve Purcell, le fait que ce dernier ait pleinement participé à la conception dudit jeu a fait qu’il amenait qualité et fidélité à l’esprit originel de la bande-dessinée. Le succès étant au rendez-vous, une suite a commencé à être développée en 2004, Sam & Max : Freelance Police avant d’être annulée par Lucas Arts. Malheureusement pour ce dernier, certains employés investis dans le projet n’ont pas tarder à voir rouge et ont décidé de quitter la baraque afin de fonder Telltale. Ce même petit studio qui se battra bec et ongle pour récupérer les droits sur Sam & Max afin de reprendre le projet là où ils l’avaient laissé.

Après quelques temps de bras de fer pour récupérer leur dû, Telltale réussit enfin à faire main basse dessus. Mieux encore, l’auteur Steve Purcell acceptait même d’apporter une nouvelle fois sa contribution pour ce qui deviendra une licence évoluant un peu de la même manière qu’une série télévisée : Sam & Max fonctionne maintenant sous forme de saisons, chacune étant subdivisée en épisodes sortant au compte-goutte à parution régulière sous format uniquement dématérialisé, tous affichés à un tarif bien amoindri par rapport à un jeu lambda. Les épisodes ont beau avoir une durée de vie assez ridicule lorsqu’on les prenait à titre individuel, l’addition de tous permettent néanmoins de s’y retrouver, que ce soit en terme financier qu’en durée de vie finale. D’autant plus que tous ces épisodes alimentent une trame commune, il serait dommage de les considérer de façon individuelle. C’est ainsi qu’une fois tous les épisodes sortis, The Adventure Company a eu la délicatesse de tous les compiler afin de réunir toute la première saison en version physique, dans une version entièrement localisée dans la langue de Molière qui plus est.

A la sortie des épisodes de la première saison, fin 2006 pour le premier, les autres s’étirant sur l’année 2007, on ne peut pas dire que le format épisodique recueillait beaucoup de suffrages. C’était un petit peu la nouveauté qui faisait office d’exotisme dans l’univers vidéo-ludique. Et comme le joueur reste humain, il ne peut pas s’empêcher d’avoir peur qu’on le sorte de son petit carcan et regarde au premier abord une évolution d’un œil perplexe. Valve ne contredira pas la chose tant il s’est pété les dents avec Half Life 2 et sa petite suite épisodique qui n’a pas forcément rencontré le succès escompté quelques mois auparavant. Malgré tout, Telltale ne s’est pas dégonflé pour autant et a décidé de conserver le concept tel qu’il l’avait annoncé. Il faut dire que pour un petit studio aux faibles moyens, ce « nouveau » – comprenez, pour l’époque – type de format comporte bien des avantages notamment sur le fait qu’il peut profiter d’une rentrée d’argent avant même que le jeu ne soit fini d’être développé de façon intégrale. Un petit détail pas si anodin, surtout en ces périodes de crise financière.

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Malgré tout, même si les rares essais se sont tous soldés par des échecs cuisants Wing Commander : Secret Ops est le premier à s’y être tenté dès 1998 – Telltale Games a au moins un atout que les autres n’ont pas eu : il s’est engouffré dans la brèche de manière intelligente et réfléchie. Ce n’est pas pour rien qu’il est considéré maintenant comme le spécialiste de l’épisodique. Et même si certains restent encore farouches envers ledit format – reconnaissons pour leur donner raison qu’il peut être extrêmement frustrant d’attendre un mois voire deux la sortie de l’épisode suivant – rares sont ceux qui contestent la démarche dès qu’elle provient de Telltale. Et dès son premier véritable essai avec Sam & Max : Saison 1, le studio a quand même envoyé du lourd. La spécificité du format est ici extrêmement bien exploitée : la qualité est uniforme entre les épisodes mais surtout, on se croirait vraiment face à une série télévisée interactive. Que ce soit par l’écriture, la mise en scène ou le découpage, le studio ne s’est pas foutu de nous, signe éminent qu’il ne s’est pas jeté la tête la première dans le projet. Au contraire, il a bien pris le temps d’y réfléchir et de grattouiller pleins de mots et phrases dans des cahiers avant de passer à la vitesse supérieure. Ça change de nos actuels Triple A où la mode est d’annoncer qu’une nouvelle licence sera une trilogie sans même que les développeurs aient réfléchi une seule seconde sur comment remplir les trois volets de cette prétendue trilogie dans son intégralité. Oui, je pense tout particulièrement à toi Ubi Soft Montréal avec tes Assassin’s Creed qui ont poussé le concept dans ses plus bas retranchements en allant jusqu’à improviser bêtement une trilogie dans une trilogie.

Par ailleurs, on perçoit clairement que les développeurs avaient comme première ligne de mire de réparer l’injustice que Lucas Arts leur a fait en 2004. Sam & Max : Saison 1, c’est une grande histoire où l’on sent un Telltale dévoué et ce, envers et contre toute considération budgétaire. Parce que techniquement, reconnaissons que ce n’est pas tip top par rapport à ce qui se faisait en parallèle en 2006/2007. Cependant, les yeux ne frémissent pas d’effroi pour autant car, malgré ce manque flagrant de budget, le studio a réussi quand même un bien joli tour de force en adoptant un design cartoon qui ne manque pas de charme. Et c’est bien là l’essentiel, d’autant plus que les décors et les modélisations ne dénotent en rien par rapport à l’essence-même de la licence avec ce passage à une dimension supplémentaire.

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L’esprit de Sam & Max, voilà quelque chose que Telltale a pris grand soin. Au-delà de la technique, c’est certainement sur cet aspect que l’on sent tout l’amour qu’ont pu apporter les développeurs pour ce projet. Même si le studio a choisi le parti-pris de livrer une offrande orientée vers un public assez large au vu de la difficulté – ou plutôt manque de difficulté pourrait-on dire – on retrouve avec cette première saison une ambiance générale qui n’a pas à rougir devant Sam & Max Hit The Road. On se retrouve devant le même esprit déjanté et surtout improbable. Et que dire des répliques des deux compères à poil ? Savoureuses comme il n’est pas permis de l’être. Le côté satyrique ? Pas besoin d’aller voir plus loin que le bout de son nez puisque chaque thématique abordée repousse les limites de la dérision. Vous ne me croyez pas ? Allez faire en sorte de faire élire un lapin sociopathe à la présidence des États-Unis avec un programme politique en-dessous du zéro absolu, faire de nos héros des stars de la télé-réalité, les balader dans un meuporg en réalité virtuelle ou bien les confronter à la Mafia, vous m’en direz des nouvelles. De plus, The Adventure Company a bien fait les choses afin de prolonger les efforts des développeurs puisqu’il a fait appel au doubleur originel de Sam et Max du jeu de 1993. Localisation de bonne facture soit dit en passant, même si les puristes déploreront les modifications apportées aux expressions originales – surtout parce qu’elles sont quelque peu intraduisibles, n’allez pas voir une envie d’emmerder le monde. Malgré tout, même si on pourra applaudir l’effort, la qualité n’est pas non plus optimale : il demeure certains ratés comme des phrases restées dans la langue de Shakespeare qui traînent ici et là ou bien les doublages qui ont souvent tendance à être coupés avant la fin de la réplique. Pour ce dernier point, prenez-le avec des pincettes, peut-être n’est-il valable que pour la version Steam et non la version boîte. Néanmoins, cela reste quand même dommage, surtout lorsqu’on voit la qualité de doublage. On sent toujours une petite pointe au cœur à l’égard du travail des acteurs qui se sont vraiment impliqués dans leur rôle qui se voit gâché à cause d’une erreur technique bête et méchante de découpe sonore grossière. Ceci dit, il reste quand même très facile de faire abstraction de la chose afin de profiter du mieux possible des aventures de nos deux policiers freelance à poils.

Parce qu’en terme de scénario, l’épisodique a quand même du bon. Même si on retrouve des lieux communs à tous comme le bureau des deux compères, l’escrocmarché et autres, Sam & Max : Saison 1 n’est pas avare en variété. De plus, leur apparente individualité ramène tous les épisodes à alimenter une trame commune bien amenée, aussi surprenante qu’elle peut prendre des allures grotesques. On n’en attend pas moins de la licence en même temps ! La participation de Steve Purcell a donc été, encore une fois, essentielle car nul doute qu’il n’aurait pas été là, le résultat n’aurait sans doute pas été aussi savoureux en terme de fidélité à l’esprit originel et l’écriture.

Par conséquent, Telltale caresse le vieux briscard dans le sens du poil par cet aspect. Ce qui lui fera quelque peu oublier la direction grand public prise avec Sam & Max : Saison 1. Le jeu est tellement facile qu’il n’en devient qu’une simple formalité pour l’habitué du genre. Heureusement, rien que le fait de parcourir le soft suffit pour prendre son pied, d’autant plus que ce n’est pas sa prise en main mêlant simplicité et efficacité qui ira obscurcir le tableau. Certes, la durée de vie en prend un coup puisqu’il faut compter en moyenne 1h45 pour chaque épisode – multipliez par six épisodes et vous aurez votre durée de vie totale – mais l’ambiance et l’humour omniprésent sont suffisamment d’éléments solides pour qu’on détourne les yeux de cette réalité dommageable.

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A la limite, le point le plus dommageable de ce Sam & Max : Saison 1, ce serait sûrement ce petit goût de « reviens-y » tenace lorsqu’on arrive au bout des six épisodes qui composent le jeu. Telltale s’est tellement appliqué dans son désir de conservation de l’esprit originel de la série qu’on s’y attache avec une efficacité déconcertante. Ce qui fera qu’on lui pardonne beaucoup : sa difficulté, sa technique modeste et ses problèmes de localisation. Sachant qu’en plus, on se retrouve devant le premier représentant du format épisodique qui exploite le concept avec une cohérence aboutie en plus de le faire avec qualité, on ne peut qu’applaudir cette nouvelle incursion vidéo-ludique de ces deux héros débridés qui n’ont pas fini de nous faire rire.

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