Mortal Shell

Une coquille vide ?

Genre
Action-RPG
Développeur
Cold Simmetry
Editeur
Playstack
Année
2020

Le succès planétaire de la série des Souls n’a échappé à personne. Chaque phénomène apporte son lot d’hommages et de copies. Que ce soit Deck13 avec Lord of the Fallen puis les deux The Surge, Koei Tecmo avec Nioh, Gunfire Games avec Remnant of the Ashes, chacun y va de ses légers ajustements pour offrir une formule proche, mais pas trop, en espérant s’attirer les faveurs du public. Mais n’est pas From Software qui veut et rares sont ceux réussissant à tirer leur épingle du jeu. Un petit studio, fondé en 2017, va, lui aussi, tenter l’expérience au travers de Mortal Shell, son premier jeu.

Oh le joli brouillard

Tenter de proposer un Action-RPG, un Souls-Like plus précisément, comme on aime à appeler cette désormais sous-branche, avec une quinzaine de personnes aux commandes est une entreprise courageuse. Si on lui ajoute un univers tout à fait original et une réalisation technique aux allures de jeux AA voire AAA, elle devient carrément culottée. C’est pourtant ce que ces vétérans de l’industrie – certains ont travaillé sur la série des Call of, d’autres plus récemment sur Ghost of Tsushima, par exemple – souhaitent nous proposer. Et le jeu débute d’ailleurs très bien. Nous incarnons une carcasse, dans un monde éthéré, qui nous sert de didacticiel. Nous y rencontrons quelques adversaires, dont un boss particulièrement récalcitrant, avant d’être englouti par un poisson-ver et nous réveiller, de nouveau, dans un monde moins mystique mais toujours aussi peu accueillant, Fallgrim. Heureusement, très vite, nous découvrons le corps d’un guerrier dont nous pouvons prendre possession, une coquille. Ainsi à l’abri, nous pouvons nous confronter à l’hostile univers de Mortal Shell.

Et dieu sait que cet univers ne nous aime pas. Nous y rencontrons de nombreux brigands. Proies faciles en solo, ils deviennent très difficile d’accès une fois en nombre. Notre barre de vie se vide à toute vitesse, tandis que notre endurance nous demande de mesurer notre enthousiasme. La désormais traditionnelle roulade nous permet d’esquiver tandis que Mortal Shell mise sur une mécanique de gameplay inédite : l’endurcissement (hardening). D’une simple pression sur L2, nous pouvons durcir notre corps nous rendant insensibles aux coups adverses. Nous redevenons normaux lorsque le bouton est relâché. Il devient alors possible de se protéger à tout moment, en sachant que l’endurcissement demande à être rechargé après chaque utilisation. Très pratique pour se défendre, cette technique permet surtout de sauver un mauvais timing puisqu’elle peut être invoquée à tout moment. Très vite dans l’aventure, nous apprenons aussi à contrer. D’une pression sur L1, notre avatar est capable de sortir le sceau terni permettant de repousser un coup et de contre-attaquer. Le timing étant particulièrement exigeant, la maîtrise du contre, pourtant indispensable face à certains boss, requiert un certain temps d’adaptation. Attention toutefois, elle a un coût : notre détermination. Troisième et dernière jauge du jeu : elle remonte à chaque coup porté et permet de contrer, puis, bien plus tard, de réaliser de puissantes attaques.

Une coquille bien pleine

Le jeu est sorti en édition physique sur Playstation 4 et Xbox One. Même si la version Xbox One a été tirée en bien moins d’exemplaires encore que celle sur la console de Sony, les deux proposent une jaquette en trois langues, un artbook d’une dizaine de pages et un poster. Le tout est proposé au prix public de 34,99€. Autant dire que les joueurs sont gâtés, ce qui finit de démontrer le soin que Cold Simmetry a voulu mettre dans son jeu, épaulé par Playstack, son éditeur. A noter que Mortal Shell dénote complètement parmi son catalogue de jeux

Les quatre coquilles que nous trouverons dans le jeu n’évolueront ni en endurance ni en points de vie. Il n’est pas non plus possible de les équiper, et les quatre armes du jeu peuvent être utilisées par les quatre coquilles. La prêtresse Genessa, présente à différents endroits stratégiques, proposera toutefois, en échange de goudron (!) et de lueurs (tous deux ramassés sur les ennemis), d’apprendre de nouvelles capacités. Chaque capacité débloquée dévoile, non seulement son véritable nom mais aussi un pan de l’histoire de la coquille. Le scénario se révèle, quant à lui, au travers de stèles et gravures cachées dans le décor. Un marchand se trouve au centre de Fallgrim, offrant un catalogue d’objets très utiles, bien que onéreux pour des joueurs débutants. La labyrinthique zone de Fallgrim renferme moult secrets, en plus des trois autres coquilles, ainsi que l’accès à trois temples, aux ambiances radicalement différentes. Ce sont les donjons de Mortal Shell. Emplis d’ennemis, il nous est demandé d’y récupérer la glande des adorés, afin de la ramener au vieux prisonnier, un être immense, enchaîné, qui en aurait, selon lui, bien besoin. Plutôt répétitif dans son déroulement, Mortal Shell sait offrir des décors à la direction artistique vraiment fascinante.

La coquille craque

Pour le coup, le jeu de Cold Simmetry a su comprendre la très bonne narration de Dark Souls : les décors appuient la narration. De par les statues, les ornements, les ennemis, et quelques stèles, Mortal Shell nous raconte tranquillement ce qui se déroule dans ses temples. Et, évidemment, il n’y a rien de très catholique. Ils ont même pensé à proposer des versions alternatives des temples une fois l’objectif atteint, à l’ambiance radicalement différente et bien plus oppressante. Les gardiens des lieux sont plutôt agréables à affronter, à défaut d’être réellement impressionnants. Tous demandent d’analyser leur “patterns” pour mieux les contrer et les éviter. En revanche, si les ennemis du jeu s’en sortent globalement bien – malgré une IA aux fraises – le manque de diversité du bestiaire est l’une des faiblesses de Mortal Shell. Dès lors que l’on aborde des quantités, le titre nous rappelle alors la taille de son équipe. Il ne faut donc pas compter sur énormément d’environnements, ni même d’être surpris par les ennemis passé la première moitié du jeu. Les objets récupérés se ressemblent vite, eux aussi, malgré leur originalité initiale. Et encore une fois, Mortal Shell tire son épingle du jeu sur ce genre de détail : l’effet des objets nous est inconnu lors de leur récolte. Il est indispensable de les utiliser une première fois pour le connaître. Consommer un même objet plusieurs fois permet se familiariser avec celui-ci, et ainsi d’en augmenter ses effets. Déguster des champignons vénéneux permet, après quelques essais, de devenir insensible au poison le temps de quelques secondes.

L’alchimie prend très vite dans Mortal Shell. Une fois les quatre coquilles en notre possession – ce qui peut survenir très vite – nous prenons plaisir à les alterner, chacune proposant un gameplay légèrement différent de l’autre. Le jeu tient son concept : nous passons de coquille en coquille, lorsque nous mourrons, le jeu sort notre âme de la coquille, nous rendant alors très vulnérable. Nous disposons alors de quelques secondes pour regagner notre enveloppe charnelle avant que l’ennemi, alors stoppé, ne se réveille. Ceci permet au jeu de ne pas être trop punitif. En revanche, à la seconde mort, c’est retour auprès de Genessa, le goudron en moins. Il est toutefois possible de retourner sur le lieu du crime pour le récupérer. Et tant que nos armes ne seront pas améliorées grâce à des matériaux et l’établi, il faut avouer que nous mourrons régulièrement. Le niveau de difficulté chute drastiquement dès lors que nous disposons d’une arme au niveau + 5. Beaucoup trop même, puisque le jeu devient alors très accessible. Il peut alors être bouclé en un peu moins de 20 heures, ce qui est finalement très bien. Le jeu n’avait pas forcément davantage de choses à raconter, et, tel les bons jeux, il se finit au bon moment.

Mortal Shell
Appréciation
Mortal Shell est indubitablement une bonne surprise. Les premiers pas dans l’aventure, difficiles certes, nous offrent de très jolis environnements, un univers original et surtout une direction artistique étonnante. Les premières heures permettent de bien appréhender notre monde, les allers-retours un brin fastidieux nous aident à cartographier une zone bien labyrinthique. Une fois à Fallgrim, la progression du jeu se révèle parfaitement ouverte, ce qui la rend particulièrement agréable. Globalement court, mais long comme il faut, Mortal Shell montre tout de même des faiblesses dans sa diversité, d’actions tout d’abord, de bestiaire et dans le renouvellement de ses mécaniques de jeu. Son postulat de départ est tellement accrocheur et original qu’il restera difficile de lâcher la manette avant le générique de fin.
Points forts
Excellente direction artistique
Système de jeu original
Une aventure qui va à l’essentiel
Une ambiance à la fois fascinante et oppressante
Une narration par le décor très réussie...
Points faibles
… mais très hermétique au sein des textes
Les gravures trop bien cachées dans le décor
Un bestiaire qui manque de diversité
Une difficulté qui chute en milieu de partie
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