Knightriders
Appréciation 4

Romero, ce n’est pas que du zombie. Bien au contraire, Knightriders, son préféré selon ses propres dires, nous montre son Peter Pan. Et franchement, ça fait plaisir à voir tant le délire est perché. Mais aucunement de mauvais goût. Le synopsis nous laisse même présager quelque chose d’affreusement ridicule mais force est de constater que la surprise passée, il n’en est pourtant rien. Bien ficelé et vraiment fait avec un Romero plein de tendresse, ce dernier se laissant aller, on le pressent, à un de ses rêves de gosse les plus profonds. C’est ce qu’on retiendra le plus de Knightriders et l’on remercie les Utopiales d’avoir permis la projection d’un film si mésestimé et rare dans nos latitudes hexagonales

Résumé 4.0 Très bon

Knightriders

Knightriders_Affiche

Présenté aux Utopiales comme une rareté, Knightriders fleure bon le moment privilégié où la chaleur n’a d’égal que le goût assurément bon des spectateurs présents. Et quel moment mes aïeux ! Injustement snobé à son époque, la cause à une nouvelle incursion hors de son territoire de prédilection qu’est le monde de l’horreur et ses zombies d’amour, George A. Romero signe pourtant là une grande œuvre de sa filmographie. Et ne nous y trompons pas : même si Knightriders a fait un bide tel qu’il n’en est jamais sorti sous nos contrées hexagonales, nous voilà face à son film le plus cher à son cœur, celui-là même qu’il affectionne le plus envers et contre tous ses monuments zombiesques qui font son succès.

Qu’il ait fait un bide, c’est quand même bien dommage car en plus d’aborder un thème qui lui tenait particulièrement à cœur, Knightriders profite de plus des conséquences du fameux Zombie (Dawn Of The Dead de son nom original), à savoir un budget bien plus rondelet que ce à quoi le réalisateur avait l’habitude de se contenter. Entre implication de son géniteur et des moyens suffisamment conséquents pour réussir à mettre tout ça en place dans de bonnes conditions, c’est quand même fichtrement dommage que la recette n’ait pas prise aux yeux du public. Alors est-ce réellement dû au fait qu’on s’éloigne de la voie toute tracée qu’on attendait du maître Romero ou bien de son caractère assurément surprenant ?

Car oui, Knightriders est un film véritablement étonnant. Son concept-même énoncé par le synopsis laisse présager de prime abord de grandes choses. Jugez plutôt :

« Pour gagner leur vie, des troubadours anarchistes organisent des joutes médiévales, remplaçant les chevaux par des motos. Billy, le chef de cette secte d’allumés en bécanes, tente de devenir le roi Arthur. Mais Morgan, l’un de ses chevaliers, tente de le détrôner. »

Avec ça, le résultat ne faisait aucun doute : par quel nanar génial allons-nous être dévorés ? A moins que le « What The Fuck ? » qui résonne dans nos têtes ne se matérialise vers quelque chose de bien plus similaire à un Mad Max revu et corrigé à la sauce médiévale…

Que nenni, les premières minutes de fous rires compulsifs dus à la vue de ces motards arborant fièrement un attirail du chevalier fauché fait maison (d’une esthétique aussi branlante que la première épée de bois qu’aurait construite un gamin qui aurait passé son baptême d’utilisation de l’association miraculeuse d’un marteau et des clous sur du bois) passées, on se rend vite compte que tous nos a priori et prédictions passeront totalement à la trappe. Ce qui n’est pas sans laisser un goût curieux dans la bouche sur le coup. Par chance, ce dernier ne dure pas, Knightriders n’est peut-être nullement le délire tellement barré qu’il en côtoie le grotesque et le ridicule auquel on s’attendait, le film est assurément très bon. Il a beau présenter de belles petites touches d’humour bien senties qui font mouche, il n’en demeure pas moins sérieux dans son propos et ce, malgré le background assurément expérimental (pour rester polie). Et de son sérieux, on en touche même une surprenante profondeur sur laquelle jamais on n’aurait parié de la part d’un tel réalisateur.

Prenant comme base d’inspiration la vague contestataire contre-culturelle des années 60, le film mis en boîte en 1981 fait office de véritable OVNI par rapport à la situation de cette époque. Il est en effet bien en retard sur la période instigatrice. Vingt ans plus tard, il faut quand même admettre que cette vague a eu le temps de crever et d’être perçue comme has-been. C’est ainsi que Romero a eu la bonne idée de prendre l’état des choses en compte et de présenter sa petite troupe de personnages comme une réunion de marginaux tous issus d’horizons divers, allant du simple hippie à l’ex-chirurgien désillusionné de la société. Ils ont beau former une communauté et vivre comme tel, on est loin d’en arriver à des échelles aussi conséquentes qu’un Woodstock en terme de partisans. Ces motards médiévaux, malgré leur étonnante marginalité, se doivent toutefois de côtoyer son public qui représente à lui seul toute l’image de la société, des familles de classe modeste à moyenne, de gros beaufs à la vie bien rangée qui se sont mariés, installés en banlieue, ont fondé une famille, travaillent depuis vingt ans dans la même boîte et le divertissement du week-end est synonyme de spectacle dont la seule valeur à leurs yeux est d’offrir une excuse pour picoler et brailler comme des porcs. En cela, Romero dresse un tableau réaliste de comment se passait les choses dans les années 80, que ce soit dans l’évolution de la société en général et de l’héritage présent des années 60.

Mais au-delà de la vague contestataire prise comme base, Knightriders finit vite par brouiller les pistes. Même si la base est là, ce ne sont nullement des héritiers nostalgiques des années 60 dont on suit les péripéties. A en voir leur comportement, on s’en demanderait d’ailleurs presque s’ils savent vraiment ce qui a bien pu se passer alors qu’ils étaient en couche culotte à téter leur mère. On voit bien plus des jeunes adultes paumés, n’arrivant pas à assumer leur maturité et à se comporter comme tels. Le syndrome de Peter Pan en d’autres termes. C’est clairement le parti-pris du personnage du Roi Billy, joué par un Ed Harris tout jeune particulièrement en forme, et de ses partisans, tout du moins. Au lieu de suivre le schéma prédéfini par les bonnes mœurs et entrer dans le monde adulte, ils prennent le chemin inverse, s’isolent et vivent dans leur rêve de gosses, revisitant en bécane la légende du Roi Arthur.

Bien sûr, le film ne laisse pas stagner les choses – auquel cas, il n’aurait certainement pas été si intéressant – et le principal intérêt de cette facette de la troupe réside dans leurs réactions face à la confrontation face à la réalité, du vrai monde des adultes. Une véritable jungle sans pitié recouverte de désillusion incarnée par un flic véreux qui mettra la paix et sérénité de la bande à feu et à sang. Alors, bien sûr, on pourra y aller de sa langue de vipère que la réalité est un peu exagérée et pourtant, c’est dans cette surenchère qu’on ne peut que comprendre et compatir car en fin de compte, le film a beau avoir plus de trente ans, le message est encore clairement valable en 2012. Que celui qui n’a jamais été touché de déception et désillusion à l’approche de l’âge adulte au fur-et-à-mesure de son détachement du cocon familial protecteur me jette la première pierre après tout…

L’autre facette de la troupe se regroupe autour du personnage de Morgan, personnage sur lequel notre jugement tient difficilement prise tant on oscille entre le charisme et l’antipathie pure et simple durant l’intégralité du film, pas spécialement intéressé par le mode de vie en lui-même – tout du moins, selon ses dires – mais plutôt par le côté artistique qui en découle durant leurs prestations. Joutes médiévo-motardisées par ailleurs très bien mises en scène et qui nous donnerait presque envie de partager l’enthousiasme des spectateurs (où l’on aperçoit Stephen King et sa femme, guests de luxe malgré leurs personnages ingrats) en agissant comme un fier supporter de foot si l’on ne se savait pas dans une salle obscure. La préoccupation de Morgan n’est donc pas d’instituer une manière de vivre mais de les faire survivre tout court. En même temps, c’est un fait, avec de telles représentations, difficile de vivre d’amour et d’eau fraîche pour pouvoir continuer. De là, nous avons en parallèle à la trame du roi Billy une véritable réflexion sur le monde du spectacle, et comment son industrie fonctionne. Et bien sûr, de la même manière qu’on le voit avec Billy, on ne peut pas dire que la quête de Morgan lui montre un constat idyllique, très loin de là. Une nouvelle désillusion de la réalité.

C’est en cela que Knightriders tire toute sa profondeur. Et de là, difficile de le catégoriser comme un nanar malgré ce que le simple synopsis laisse présager. Même si le film n’est pas parfait, sa tendance à peut-être trop s’embourber dans ses longueurs handicapant quelque peu son ascension vers l’excellence, l’œuvre fétiche de Romero n’a pas à pâlir devant les autres grands de sa filmographie. Après, c’est sûr, il est différent mais on ne pourra clairement pas lui reprocher de ne pas avoir été fait avec passion. On sent vraiment toute la tendresse que le réalisateur a fait part lorsqu’il tournait les péripéties de sa petite troupe marginale. Et ce n’est certainement pas sa fin brusque et assez déchirante qui ira changer le constat : Knightriders est un grand film injustement mésestimé. En espérant qu’on le voit enfin réédité dans les années à venir en DVD et/ou Blu-Ray dans nos terres françaises pour que la malédiction méchante et gratuite qui s’est soulevée contre lui dès 1981 disparaisse définitivement.

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1 Commentaire

  1. Florian 25 November 2012
    Répondre

    Bonne critique, bien construite et réfléchie 🙂

    Pour une première c’est quand même pas si mal !

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