Shadow Warrior
Appréciation 5

Shadow Warrior est un jeu qui apporte assurément un peu de tendresse et de poésie dans ce monde de brutes. Accessoirement, c’est le meilleur FPS de 2013. Ouais, rien que ça.

Résumé 5.0 Extra

Shadow Warrior

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Souvent accueillis avec une certaine crispation par les fans de la première heure, les reboots s’inscrivent dans une sorte de cycle de résurrection, parfois bancal, quelque fois réussi, d’une œuvre qui a marqué son époque, mais qui commence à vieillir ou à être oubliée. Très populaires (auprès des producteurs) au cinéma, ils n’en sont pas moins en reste dans le jeu-vidéo, comme avec Tomb Raider ou XCOM, pour n’en citer que deux. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est un certain Shadow Warrior. A l’origine sorti en 1997, il s’agissait d’un FPS développé 3D Realms, basé dans les (trop) grandes lignes sur leur Duke Nukem 3D, avec pour principale originalité l’affrontement de démons dans une ambiance asiatique. Un vestige d’une époque révolue dont la licence a été confiée aux joyeux drilles de Devolver Digital, qui se sont décidés à dépoussiérer le titre et de le remettre au goût du jour, tout en conservant le côté old-school du jeu originel. L’éditeur eut la judicieuse idée de remettre le développement de ce reboot dans les mains du studio polonais Flying Wild Hog, dont une partie de l’équipe a travaillé dans le passé sur Painkiller, et à qui l’on doit le très bon Hard Reset. Alors, bonne pioche ? Oui, et encore oui.

Dans cette version 2013, nous incarnons (toujours) Lo Wang, un assassin employé par le magnat de l’industrie japonais Orochi Zilla. Ce dernier a donné à notre héros la tâche d’aller acheter à un certain Monsieur Miyazaki un katana contre la bagatelle somme de deux millions de dollars. Mais la transaction ne se passe pas bien : le collectionneur de sabre refuse l’offre et Lo Wang, en tentant de récupérer l’objet par la force, est fait prisonnier. Profitant d’une attaque par une horde de mystérieux démons, il s’échappe de sa cage et récupère peu après le sabre auprès d’un Miyazaki bel et bien mort. L’outil s’avère être possédé par un démon nommé Hoji, qui lui explique que le “Nobitsura Kage” qu’il vient de récupérer est une lame suffisamment puissante pour tuer n’importe quel être immortel, mais que celui-ci est en fait séparé en trois sabres différents, et lui suggère d’aller toutes les récupérer, en lui offrant en plus quelques pouvoirs pour la suite des événements. Lo Wang saisit l’aubaine et s’associe avec l’être maléfique… Surtout, il faut bien le dire, pour bien se faire voir auprès de son chef.

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shadow_warrior_pc_03Dès les premières minutes de jeu, le décor est planté : une ambiance asiatique de série Z, des décors colorés, des monstres partout, et en outre un héros complètement crétin, arrogeant comme pas deux, un brin macho, et particulièrement doué pour se mettre dans la mouise à la moindre parole sortie. La preuve avec sa mise au cachot et tous les ennuis qu’il va lui arriver par la suite. Sa rencontre avec Hoji bouscule cependant les à priori que nous nous étions fixés sur le titre jusqu’alors : le démon masqué, s’apercevant également que Lo Wang est un parfait abruti, s’en amuse rapidement en se foutant gracieusement de sa gueule, en lui faisant croire par exemple qu’il est l’élu qu’une quelconque prophétie. Pourtant, Hoji fera un temps soit peu confiance à notre protagoniste pour qu’il retrouve et réunisse les parties “manquantes” du mystérieux katana, non sans relever, au fur et à mesure de l’avancée que l’intrigue progresse, son tumultueux passé. Et là, première surprise : Shadow Warrior, derrière son apparence de jeu imbécile, cache un scénario étonnement bien travaillé et très intéressant à suivre, notamment parce qu’il s’attarde davantage sur le background d’Hoji et l’univers qui l’entoure que sur le héros dont la personnalité creuse va heureusement évoluer dans le bon sens. Mieux encore, le titre arrive à mixer sérieux et humour tranchant avec une justesse rare. On notera dans ce sens le soin apporté aux cinématiques qui entrecoupent la plupart des niveaux ainsi qu’aux nombreux dialogues importants à l’histoire… Mais aussi ceux dont le principal intérêt est de faire rire. Et ça marche rudement bien. En plein combat, les répliques potaches fusent, et au calme, les décors regorgent de détails parodiques (la marque des voitures…), easter-eggs, et autres références (pixelisées) aux jeux d’antan. Petits plus à dégoter : des gâteaux chinois qui contiennent des proverbes hilarants de bêtise et de grossièretés. C’est bien une chose rare que nous avons là donc pour ce genre de FPS, mais il s’agit bien d’une marque de fabrique du studio qui avait pas mal étonné avec son Hard Reset qui plantait une ambiance de SF bien fichue. Les environnements sont ici fortement inspirés par le Japon, nombreux et plus ou moins ordonnés de manière crédible, mais on s’en fiche quelque peu : on massacrera ainsi du monde dans des lieux allant des temples aux égouts, avec – quelle originalité – quelques balades dans les classiques niveaux enneigés ou baignant dans une chaleur suffocante. Et pourquoi pas un pot-pourri de tout ça en même temps, tant qu’à faire.

shadow_warrior_pc_06Bon mais en fait, c’est quoi Shadow Warrior ? FPS hier, FPS encore aujourd’hui, il n’est pas sans rappeler les ténors du genre “massacre bourrin” comme Serious Sam, Bulletstorm ou Painkiller. Étant donné le passé de certains membres du studio, notre jeu tire davantage vers le dernier jeu niveau nervosité et paquet d’ennemis à liquider. Le principe est mécaniquement simple et suit une sorte de logique limite universelle : on avance grossièrement d’arènes en arènes, et parfois de couloirs en couloirs, avec pour simple mission de butter tout démon présent à l’écran tout en restant bien entendu en vie un minimum. Quelques énigmes, des clefs à récupérer, et puis voilà. Simple, mais efficace. Pas de scripts scénaristiques en pleine partie, pas d’objectifs criés par un commandant énervé, pas d’ennemis qui font semblant de se planquer. Du FPS à l’état brut, très old-school, qui exige pas mal de bouger, de prioriser les kills, de savoir quelle arme utiliser au moment opportun et de repérer du regard quels éléments du décor peuvent exploser. Et qu’est-ce que ça fait du bien! Qu’est-ce que c’est fun et exigeant! Et là encore le jeu ne se contente pas de réutiliser les vieilles recettes jusqu’à l’indigestion, mais tente bien de proposer quelques nouveautés, en incrustant notamment des éléments de RPG, comme nous le verrons juste après avoir exposé les possibilités offertes au joueur pour se battre. Car il est possible de tuer de différentes façons dans Shadow Warrior… Enfin. Deux façons plus précisément : faire siffler sa lame ou laisser parler la poudre. Deux style propres en résultent, tout à fait complémentaires et absolument équilibrés. Au joueur de varier les plaisirs selon les situations. D’un côté, le katana offre la puissance et les risques du combat rapproché, avec différents coups simples possibles, tous accessibles par un simple clic de souris et une direction donnée. La découpe est nette et sans fioritures, avec tout de même le choix de bourriner ou d’être un peu plus méthodique en immobilisant rapidement un ennemi par la tranche précise d’un membre du corps ou tout simplement la tête. Dans une grossière gerbe de sang bien entendu. De l’autre, on retrouve les armes plus conventionnelles et ma foi bien classiques dans les FPS : pistolet, fusil à pompe, fusil d’assaut, lance roquettes… Toute la panoplie du parfait petit soldat surarmé et prêt à mettre des bastos dans la tronche. Hémoglobine partout, puissance de feu grisonnante, encore une fois. On disposons aussi de différents pouvoirs qui ne seront pas de trop en combat, avec en guise d’apéritif le bien pratique sort de soin. Car oui, il y a des points de vie dans Shadow Warrior, et se planquer dans un coin ne les feront pas remonter.

shadow_warrior_pc_02Le plus excellent dans tout cela reste la possibilité d’améliorer son équipement, d’obtenir de nouveaux coups et pouvoirs, mais également de booster certaines statistiques, et ce grâce trois variables particulières: l’argent, le ‘Karma’ et le ‘Ki’. Dispersé souvent n’importe comment dans les niveaux – à croire que les gens sont incroyablement riches dans Shadow Warrior, l’argent permettra d’acheter des améliorations pour les différentes armes que nous aurons à notre disposition : chargeurs plus importants, canons supplémentaires, puissance excessivement augmentée… On vise ici une démesure digne du très poétique Far Cry 3 : Blood Dragon, avec des engins finalisés aussi grotesques de meurtriers. Le Karma est quant à lui gagné en buttant du démon avec classe et variété, en enchaînant notamment et rapidement différentes façons de trucider, tout en rester dans les clous niveau vie. Le Ki est bien plus rare, car donné au compte-gouttes ou bien planqué dans les niveaux. Ces deux là permettent d’acquérir des boosts de statistiques ou de récupération de vie, ainsi de nouvelles techniques pour le katana ou de nouveaux sorts, activables par la suite par double pression d’une touche de direction et d’un clic sur un des deux boutons de la souris. Un accès aux actions fort pratique d’ailleurs. Tout cela ne sera pas de trop face à un bestiaire varié à défaut d’être vraiment renouvelé, qui va du sbire un peu idiot qui nous foncera dessus sans trop réfléchir, au gros gorille qui exigera de nourrir les tirs dans son dos (une vraie saloperie), tout en passant par des types équipés de boucliers ou de pouvant lancer des boules d’énergies. Et il faudra très souvent gérer tout cela en même temps. Les boss sont pour leur part gigantesques et demanderont de décortiquer leur pattern pour être facilement détruits. Globalement, et ce durant la vingtaine de chapitres qui composent Shadow Warrior : on ne s’ennuie jamais. C’est nerveux, parfois ardu (en normal du moins), varié de par le level design et les situations proposées, et on prend au final un pied fou à trucider du méchant en alternant coups de sabre et armes à feu. La replay-value est là, rien que pour se taper le titre en plus difficile, mais trouver les nombreux secrets et améliorer son score sur chaque niveau sera déjà une excellente et intéressante raison de replonger dedans. On pourra cependant regretter que le jeu soit si peu optimisé sur PC alors qu’il affiche des graphismes certes jolis mais pas transcendants, et qu’il lui arrive parfois de perdre en fluidité, surtout durant les feux d’artifice qui mêlent avec tendresse explosions et bidoche fraîchement découpée.

Shadow Warrior est au final une excellente surprise pleine de délicatesse et de petits chatons tous mignons. Non content de relancer une licence oubliée, cette version 2013 profite d’un scénario fichtrement bien écrit ainsi qu’un humour décapant et remis au goût du jour, sans parler d’un gameplay qui parvient à greffer à une base résolument old-school de nombreuses nouveautés fortement appréciables. Violent et gore, bourrin mais finalement profond, difficile mais définitivement fun, il s’agit là d’un titre que l’on aimerait bien avoir plus souvent entre nos mains. Peut-on le qualifier de meilleur FPS de l’année 2013 ? Oui, assurément. A quand la suite ?

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Alphajet
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Aaaah voilà enfin quelqu’un qui reconnaît la grande valeur et l’originalité de ce FPS qui était a priori un reboot facile.

Que nenni ! Shadow Warrior est un des FPS les plus rafraichissants de ces 5 dernières années