Her Story
Appréciation 5

Si les films interactifs et jeux à concept un brin inhabituel vous titillent, vous pouvez dépenser la modeste somme que coûte Her Story les yeux fermés. Sam Barlow a beau sortir de la zone de confort des survival horror qui l’a fait connaître, ni même de disposer d’un budget aussi important qu’un Silent Hill mais qu’importe : malgré la modestie esthétique et un background limité à une protagoniste dans une salle d’interrogatoire, le soft s’avère passionnant. Tant par son propos narratif que sur sa forme éclatée que le joueur devra lui-même remettre en ordre afin de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire sordide.

Résumé 5.0 Extra

Her Story

Découvrir une histoire en faisant des recherches de vidéos via une base de données fictive, voilà un principe qui semble tout con et pourtant, il fallait y penser. Et justement, ça a traversé l’esprit de Sam Barlow (Silent Hill : Origins, Silent Hill : Shattered Memories) qui s’est empressé d’en offrir une concrétisation avec Her Story. N’hésitant par ailleurs pas à utiliser le FMV, un procédé complètement passé de mode qui a laissé à tous les joueurs ayant connu cette période de délicieux souvenirs doux-amers tant la frontière du kitsch et de la nanardise était mince. Il fallait oser. Et pourtant, derrière son idée de mise en abîme toute simple et la modestie de sa réalisation, Barlow nous offre une vision éclatée du film interactif très intéressante et beaucoup moins passive qu’on aimerait bien le croire, qui nous rappellera par certains aspects un certain In Memoriam.

A quoi ça ressemble ?

Les plus jeunes saigneront des yeux en découvrant un écran d’ordinateur sentant bon l’ancien temps, avant même qu’on entende dans toutes les chaumières ce son exquis de modem 56K qui se connecte à la ligne téléphonique. A comprendre, une interface régie par un simili Windows 98 équipée d’un logiciel fictif, CornerStone, à l’esthétique plus que sommaire et rétrograde de base de données vidéo utilisée par les forces de l’ordre. Les choses commencent directement sur cet écran de bureau d’ordinateur, sans qu’aucun contexte ne soit fourni. Est-on un agent de police ? Un détective ou autre ? Allez savoir, peut-être l’apprendrons-nous par le suite. En tout cas, le seul élément qui nous est offert en préambule, ce sont deux courtes vidéos disponibles dès l’ouverture de Cornerstone. Où tout est assez vague mais offre quand même le minimum syndical pour comprendre les faits : il s’agit d’un extrait d’un interrogatoire de la femme d’un homme s’étant fait enlever puis tuer. A l’issue de ce court préambule, plus rien, hormis la barre de recherche du logiciel où l’on devra taper les mots-clés qui nous sembleront le plus judicieux afin d’accéder à d’autres extraits vidéo des différents interrogatoires menés avec la suspecte. Et ainsi obtenir le fin mot de cette affaire.

Comment ça se joue ?

On clique et on tape au clavier les mots-clés qui nous semblent judicieux pour continuer. Et cela s’arrête là étant donné que CornerStone ne se contente que d’aller à l’essentiel. Il n’y a en effet aucun moyen de mettre une vidéo de côté via l’interface afin de pouvoir y accéder facilement ou encore d’usiter dans une forme de « menu » l’organisation de vidéos enregistrées nous permettant d’établir une timeline plus visuelle. Her Story aurait d’ailleurs peut-être mérité de posséder ce genre d’options afin que les choses nous apparaissent de manière plus simple et concrète. Parce qu’il s’agit d’un jeu pas forcément évident, chaque vidéo pouvant offrir un, voire plusieurs axes de recherche, se tenant parfois qu’à de simples détails nous semblant totalement anodins, ou au contraire, rien de plus, comme une fin de piste usée jusqu’à la moelle, voire même une fausse route. Si l’on se dit au début que notre tête suffira bien à tout mémoriser, il arrive un moment où l’on perd un peu le fil de ses réflexions au fur et à mesure que les vidéos s’accumulent. Et que l’on se sentira bien obligé dans la bonne vieille méthode du papier/crayon. Et si ça en agacera sans doute certains, il faut admettre que cela en rajoute beaucoup en terme d’immersion, donnant vraiment comme cette fausse impression d’enquêter dans le réel tel qu’on a pu le voir dans le In Memoriam de Lexis Numérique, et rendre ainsi la notion de film interactif beaucoup moins passive tant on se retrouve à agir, en notant tel ou tel détail, nom de vidéo, voire en dessinant des schémas de timeline afin de comprendre les tenants et aboutissants de cette enquête qui finit par se révéler plus complexe et sordide qu’il n’y paraît.

Pourquoi on en parle ?

Sam Barlow a parfaitement réussi son pari. Si l’idée de base paraissait déjà intéressante, il s’avère qu’elle ne marche que trop bien dans son application concrète. L’immersion est là grâce à une histoire passionnante, plus complexe et surprenante qu’on ne l’imagine avec les vagues éléments que l’on nous offre au démarrage. D’autant plus que l’actrice au cœur du propos joue son rôle avec justesse, n’accordant que plus de crédit à l’ensemble. Her Story offre aussi et surtout cette sensation d’implication gratifiante : les vidéos s’enchaînent et c’est à nous de les exploiter afin de pouvoir continuer et surtout tisser la timeline réelle de ces interrogatoires afin de tout cerner. Un processus très intéressant qui offre une vision assez novatrice du film interactif totalement dénué de choix. Attention toutefois, le jeu n’a pas été localisé mais notez qu’il existe un patch français amateur très bien fait qui offre une traduction des sous-titres des différentes vidéos. Certes, ça ne change pas le fait que l’on doive se farcir l’interface et les mots-clés en anglais mais cela rend quand même les choses beaucoup plus accessibles, même pour un niveau d’anglais modeste.

 

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