Heavy Rain – Avis de Linanounette

Dans sa réalisation, Heavy Rain est à mi-chemin entre le cinéma et le jeu vidéo. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que je le qualifierai de film interactif. En fait, il vous force à faire des choix qui auront un impact sur le déroulement du scénario : survie ou non d’un des protagonistes, découverte ou non de l’identité du tueur… Le principe selon lequel toute action, même mineure, a une répercussion sur la continuité du jeu (voire sur le sort des personnages) sans toutefois interrompre celui-ci est plutôt intéressant. On en vient très vite à douter de ses choix et de ses décisions notamment lorsque celles-ci pourraient aboutir à la disparition de l’un des quatre protagonistes. Cette technique de narration fait fortement penser à feu « les livres dont vous êtes le héros » de mon enfance. En fonction de ce que l’on choisit de faire, un embranchement s’ouvre et d’autres se ferment et ainsi de suite. Cela donne un certain sentiment de liberté, toute mesurée puisque le scénario reste somme toute relativement linéaire (sauf erreur de ma part, le tueur ne changera pas de partie en partie), et les lieux où se déroulent l’intrigue sont tous fermés. On apprécie également le fait qu’il soit possible, à tout moment, d’interroger les pensées du personnage que l’on suit, ce qui donne un nouvel éclairage à la narration du jeu.

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La plupart des actions s’effectuent de la même façon, c’est-à-dire à base de QTE (Quick Time Events) : on actionne une touche, voire plusieurs en même temps, (ce qui explique que, parfois, trois mains soient nécessaires pour avancer dans le jeu) pour effectuer une action. Bien entendu, dans les séquences d’action, le rythme sera plus intense et il ne faudra pas se louper au risque de mal finir… A ce titre, il me semble important de souligner ici que si les actions contextuelles à base de QTE sont plutôt plaisantes, il n’en est vraiment pas de même dans les déplacements des personnages rigides au possible (Resident Evil… si tu me lis…) à tel point que cela en est désespérément frustrant dans certaines scènes ou la rapidité d’exécution est essentielle… En outre, à force vouloir insister sur le background des personnage, Quantic Dream nous force parfois à faire des aller-retours entres scènes du quotidien un peu superflues et réelles avancées narratives. Cela a pour conséquence, à terme, de perdre l’intérêt du joueur en route en le faisant sortir de l’intrigue.

Difficile de le nier, Heavy Rain est construit sur un scénario solide, plus noir et plus mature que ce à quoi nous sommes habitués sur nos consoles de salon, scénario qui dans son ambiance rappelle (voire même plus) fortement quelques œuvres cinématographiques fortes comme Seven. L’histoire est somme toute intéressante et relativement bien menée, on doit néanmoins admettre qu’elle n’est pas exempte de clichés et de lourdeurs (comme souvent, j’ai trouvé l’attitude et les actions des enfants caricaturales et manquant de naturel). En outre, si l’on est un tant soit peu cinéphile, il sera difficile d’être surpris par le scénario d’Heavy Rain (sauf peut être par le final et je laisse de côté les incohérences qui demeurent), celui-ci empruntant allègrement à des œuvres largement connues du public. Heavy Rain aurait été un film, on aurait facilement pu crier à la copie servile de Seven. C’est pourquoi j’ai du mal à reconnaître à ce titre cet aspect révolutionnaire et novateur que tant d’autres louent. A mon sens il s’agit plutôt ici d’appliquer (et de belle manière entendons-nous bien) des règles qui proviennent d’un autre support. Le plus de M. Cage, ici, a donc été d’avoir réussi à amener dans le jeu vidéo, les codes du cinéma. Cela n’a pas pour autant été sans compromis puisque ce que le jeu gagne en profondeur, il le perd en liberté d’action…

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Que penser d’Heavy Rain ? Eh bien il s’agit là d’un jeu plaisant à jouer et/ou à suivre, c’est selon chacun. Sorte d’hybride entre le récit interactif, le jeu vidéo et le thriller cinématographique, sa narration et ses thématiques adultes font de lui un titre à part dans les ludothèques des consoles de salon et rien que pour ça, il est à mon sens intéressant de profiter de cette expérience. En outre, pour être sincère, une fois le paddle en main, on a vraiment envie d’aller au bout de l’aventure. Faut-il pour autant s’enflammer et crier au génie ? Je ne le crois pas non. Les joueurs ayant un peu de culture vidéoludique et/ou cinématographique verront tout de suite les emprunts flagrants à d’autres œuvres. Heavy Rain n’invente pas : il adapte des concepts déjà existants…
En outre, c’est peut-être une coïncidence, mais le titre de David Cage m’a fortement rappelé d’autres jeux auxquels j’ai joué il y a plus de dix ans sur PC dans un genre tombé depuis en désuétude, le Point’n’click. Il m’a particulièrement fait penser à un certain Urban Runner, jeu dont l’intégralité des scènes avait été filmées et dont certaines ficelles sont juste identiques à Heavy Rain. Je vous invite d’ailleurs à le télécharger, gratuitement et légalement, ce titre de feu Sierra. Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Dans un contexte où la plupart des hits sur console sont des FPS, et où dans la même période ce n’est pas moins de quatre Beat’em all qui sortent en même temps (Bayonetta, Darksiders, Dante’s Inferno et God of War 3), Heavy Rain a su apporté un véritable bol d’air frais en appuyant une forme bien ficelée sur un fond bien écrit. Si l’on ajoute à cela que la bande son, quoiqu’un peu répétitive, sert bien l’ambiance du jeu, Heavy Rain vaut bien que l’on s’y arrête… une petite dizaine d’heures.