Tokyo Mirage Sessions #FE Encore

Et la J-POP vaincra

Date de sortie
17 janvier 2020
Genre
RPG
Développeur
Atlus
Editeur
Nintendo

Shin Megami Tensei x Fire Emblem, le cross-over improbable. Tel était le nom de code du projet entre Intelligent Systems et Atlus. D’un côté, une série de RPG très obscure, essentiellement sortie au Japon, finalement moins connue que son spin-off Persona et à l’ambiance alliant occulte et apocalypse. De l’autre, une autre série, de Tactical-RPG cette fois, relativement discrète jusqu’aux volets 3DS, aux personnages et décors tournés vers l’heroïc-fantasy. Autant dire que mise à part une certaine difficulté et la nationalité de leurs studios respectifs, les deux licences ont bien peu de choses en commun. Pourtant, sous l’égide de Nintendo, cet étonnant mariage va bel et bien avoir lieu. Presque trois ans après son annonce, Genei Ibunroku #FE sort sur Wii U et surprend tout le monde. Et quatre ans après cette édition, la version Encore, parue sur Switch en début d’année 2020, continue de promouvoir la J-POP aux yeux du monde.

L’école des fans

En bien comme en mal. Les premiers trailers avaient vendu la mèche : Au revoir noirceur des Shin Megami Tensei et ambiance médiévale fantastique de Fire Emblem, bonjour concerts de J-POP et Japon moderne. Afin de concilier les deux mondes, Atlus a fait le choix du terrain neutre. Ainsi, nous suivons les aventures de Itsuki Aoi, jeune étudiant et meilleure ami de Tsubasa Oribe. Rescapée d’un tragique événement plusieurs années auparavant, qui a vu sa soeur ainée disparaître, Tsubasa rêve secrètement de devenir une idole. Pour rappel, les idoles, au Japon, sont de jeunes artistes, faisant aussi bien de la danse, de la chanson, de la télévision ou du mannequinat, dans le seul but de divertir le public. Leur notoriété, pour ceux et celles qui percent, ne dure rarement plus de quelques années. Pourtant, en devenir une est au coeur du scénario de TMS. Toutefois, des mirages, des êtres issus d’une autre dimension, attaquent nos deux héros, avides de leur performa, l’essence qui fait de nous des artistes. Cette même performa va être capable de retourner certains mirages afin de les transformer en mirage alliés. Le concept de Persona n’est en effet pas loin. Très vite recrutés par la maison d’édition Fortuna Entertainment, Tsubasa et Itsuki vont vite se rendre compte que Fortuna lutte déjà contre les mirages et que les différents membres savent déjà tous utiliser leur performa.

Contrairement à ce que la progression dans l’histoire pourrait laisser penser, TMS propose en permanence une ambiance assez festive et bon enfant. Entre une Tsubasa particulièrement gauche, un Itsuki toujours à l’écoute, une Eleonora à l’égo démesuré et une Kiria expérimentée mais attendrissante, le titre d’Atlus nous sort tous les clichés possibles. Ajoutez à cela une gamine trop mignonne, un otaku gaïjin très lolicon ou encore une trentenaire un peu portée sur la bouteille – indispensable à toute production de japanimation – et vous obtenez un sacré casting. D’ailleurs, c’est le mot utilisé pour désigner votre équipe. A l’image d’un Persona 5 sorti quelques mois plus tard, Tokyo Mirage Sessions surfe à fond sur son contexte et s’offre un vocabulaire de circonstance, tout comme une interface graphique originale. Il s’amuse, par exemple, à habiller le plus possible les traditionnels et austères menus des RPG, et propose aux personnages de poursuivre leurs discussions sur smartphone, au travers d’une messagerie rappelant Messenger ou Line. Moderne, on vous dit.

Quatre mariages pour une lune de miel

Au premier abord, le titre semble n’avoir que faire de ses origines. L’action se déroule majoritairement à Shibuya. Les héros transpirent la joie de vivre et, pour des raisons techniques évidentes, les personnages non importants sont représentés par des ombres de toutes les couleurs – subterfuge réutilisé par le jeu Dusk Diver, notamment. Pourtant, à l’arrivée dans un donjon, ici nommé idolasphère, l’ambiance change, et l’héritage Shin Megami Tensei se dévoile enfin. Les donjons sont pour la plupart axés sur la réflexion : il est systématiquement nécessaire de porter une attention particulière au décor. Cela peut aller d’interrupteurs à débloquer, en passant par des appareils photos à éviter sous peine d’être téléporté ailleurs ou des combinaisons à retenir. Bien que disposant de couloirs assez redondants, les différentes idolasphères sont, reconnaissons-le, plutôt bien conçues. Y apparaissent des mirages qu’il est possible de combattre ou d’éviter via un coup d’épée, voire de combattre affaiblis si vous décidez de les combattre malgré le coup.

Le sombre couloir laisse alors place à une scène entourée par un public en délire. Les affrontements opposent au maximum trois membres de votre équipe à un ou plusieurs ennemis, parfois deux fois plus nombreux qu’eux. Shin Megami Tensei et Fire Emblem fusionnent complètement, vous proposant d’abattre plus ou moins facilement vos adversaires selon leurs affinités (SMT) tout en croisant avec le triangle des armes (haches > lances > épées > haches), auquel on peut intégrer l’arc. L’objectif est bien évidemment de trouver le point faible adverse afin de provoquer des sessions : des enchaînements. Au sein du tour d’un seul combattant, la session permet de faire intervenir les autres personnages, y compris ceux restés sur le banc, et y compris des PNJ très proches. En résultent des sessions parfois très longues, qu’il est heureusement possible d’accélérer dans cette version Switch. Comme Atlus aime à le faire, le principe des sessions est applicable par l’équipe de héros mais également par les ennemis, qui sont ainsi capables de décimer une partie de votre équipe en un rien de temps. Là-dessus, TMS sait être intransigeant, et ce dès le mode normal. Mais pas sourd à vos éventuelles complaintes : il est possible d’ajuster la difficulté à tout moment de l’aventure depuis les options.

Des chiffres et des lettres

Le jeu continue ses références à ses modèles : magies issues de Shin Megami Tensei, mirages alliés en provenance des Fire Emblem, ennemis inspirés des démons de SMT, l’un des personnages centraux de l’histoire, Tiki, est récurrente dans l’univers FE, les donjons rappellent les SMT et les Persona tandis que les donjons optionnels collent davantage à Fire Emblem. D’ailleurs, l’histoire, qui débute clairement dans un univers plus proche des SMT finit plutôt du côté de Fire Emblem. Ce mariage improbable, redisons-le, à coup de scotch J-POP, est un parti pris risqué ; pourtant, plus vous avancez dans l’aventure, plus le génie d’Atlus apparaît, réussissant à fusionner les deux mondes de manière maligne et discrète. Tout en insérant des concerts de J-POP marquant les événements les plus importants. Nous nous rappelons alors que se cache Avex Trax derrière TMS, énorme major japonaise. Amuro Namie, Ayumi Hamasaki, Otsuka Ai, c’est elle. Chansons inédites écrites pour l’occasion, concerts superbement réalisés en CG, le jeu ne lésine pas sur sa bande son. C’est la moindre des choses quand on présente une troupe d’idoles, vous direz-vous, à raison.

Tout n’est pourtant pas idyllique puisque sous son design original et clinquant, se cache tout de même une technique perfectible. Le jeu a clairement souffert de sa sortie sur Wii U : les modèles Switch sont rigoureusement les mêmes. Zones bornées, murs invisibles, longs couloirs, nombreux allers-retours, quêtes fedex dans des décors minuscules, arènes des combats redondantes. N’est pas Monolith qui veut. Nait au fil des heures une certaine lassitude. Parcourir les gigantesques donjons peut en effet désespérer. En refaire régulièrement des tronçons pour accomplir des quêtes annexes aux enjeux parfaitement anecdotiques finit par énerver plus qu’à rallonger la, pourtant honorable, durée de vie. Comptez près de 50 heures pour achever la quête principale entrecoupée de nombreuses quêtes annexes et avec la “true ending”. L’édition Encore, exclue Switch, ajoute notamment des quêtes annexes, des donjons optionnels, un concert supplémentaire des conforts de jeu – comme l’accélération des sessions déjà abordés. Encore est la version définitive de Tokyo Mirage Sessions rendant la version Wii U parfaitement obsolète, bien que gérer ses messages sur mablette était, avouons-le, plutôt sympa. Impossible de lutter, non plus, contre les dialogues en français – les menus restant en anglais. Auparavant, l’intégralité des textes étaient dans la langue de Shakespeare. Saluons l’initiative. L’intégralité des DLC est intégrée, l’air de rien : à vous les nouveaux costumes !

Cela vient d’où Tokyo Mirage Sessions #FE ?

Vous êtes-vous déjà demandé la raison de ce titre ? En premier lieu, Tokyo Mirage Sessions vous renseigne sur 3 éléments importants du jeu : il se déroule à Tokyo, fait intervenir les mirages et l’objectif pour remporter les combats est de former des sessions. Tout est dit. Toutefois, l’ordre des mots n’a pas été choisi au hasard : TMS. Soit SMT à l’envers, Shin Megami Tensei. Puis le #FE. FE, pour Fire Emblem. Le dièse devant rappelle la musique puisqu’il s’agit d’un signe utilisé pour indiquer une variation de la note juxtaposée : une variation de Fire Emblem, donc. Malin.

Côté Japon, moins de jeu de mots, quoique : un spin-off de la série Shin Megami Tensei tel que Persona a pour préfixe Megami Ibunroku, Ibunroku signifiant une histoire alternative (et Megami, déesse, pour info). Ainsi, Genei voulant dire illusion/mirage, on retrouve bien un petit jeu de mots sympa.

Tokyo Mirage Sessions #FE Encore
Appréciation
Tokyo Mirage Sessions figure sans problème parmi les meilleurs RPG disponibles en 2020 sur les consoles du moment. Même si sa dette technique l’empêche de figurer parmi les plus beaux étalons, ses mécaniques de jeu parfaitement huilées, son ambiance toujours bon enfant, son histoire intéressante et sa bande son absolument fabuleuse - à réserver toutefois aux non-allergiques à la POP japonaise - plaident pour lui. Et font oublier ses donjons un peu mornes et ses (un peu trop) nombreuses quêtes sans intérêt. 5 ans plus tard, il reste un modèle du genre et un indispensable de la Nintendo Switch.
Points forts
Un système de baston extrêmement bien rôdé
Les fans de J-POP ont de quoi être heureux
Des personnages tous très attachants
La version Switch est en VOSTR
Points faibles
Des donjons lassants
Beaucoup trop de quêtes fedex
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