Gex

Il n'a pas sa langue dans sa poche

Genre
Plates-formes
Développeur
Crystal Dynamics
Éditeur
Eidos Interactive
Année de sortie
1995

Forts de leurs succès respectifs, Mario et Sonic ont creusé un sillon où se sont engouffrés, durant les années 90 tout du moins, quelques envieux développeurs désireux d’associer leur entreprise à une mascotte facilement reconnaissable, tout en tentant de lancer une nouvelle licence à gros potentiel sur le plan vidéoludique et pourquoi pas pour du futur merchandising. Cet engouement n’a pas manqué de s’emparer de Crystal Dynamics, qui était encore un tout jeune studio œuvrant à l’élaboration de la ludothèque 3DO. La question du support n’a visiblement pas fait l’objet de débats compte tenu des capacités graphiques offertes et la présence d’un lecteur CD sur la machine sans oublier les compétences déjà acquises, restait à trouver un genre ainsi qu’un personnage pour leur future mascotte. Pour le premier, on resta dans la lignée des ténors avec un plateformer, et pour le second, après on l’imagine une longue consultation du monde animalier, il fut choisi un gecko. Mais un gecko cool, évidemment. Et on l’appellera Gex, un nom facile à retenir. Sorti à l’origine sur 3DO en 1995 puis porté sur Saturn et PlayStation la même année par Beam Software (et un peu plus tard sur Windows), le jeu éponyme fut suffisamment bien accueillie pour que la licence ne finisse pas dans la benne à licences ratées et/ou moquées, mais pas non plus dans celles des plus inoubliables malgré les deux suites qui ont suivi. Peut-être à tort ? Voyons cela avec ce premier épisode, dans sa mouture PlayStation.

A l’origine, Gex avait été imaginé comme un cascadeur lancé dans le sauvetage de son employeur, un studio proche de la banqueroute. Cette idée à l’ambiance jugée trop réaliste fût rapidement remplacée par un pitch plus fantastique et une toute autre vision de son héros : ce dernier est maintenant un reptile qui se la coule douce dans la maison hawaïenne héritée de son oncle récemment décédé, passant son temps devant la TV à bouffer des snacks. Alors il est en train de zapper sans but, une anodine mouche passe par là avant d’être gobée d’une traite par notre protagoniste. Manque de pot, la bestiole était un drone envoyé par Rez, être maléfique et suzerain de la “Media Dimension”, un royaume des enfers télévisuels à qui il manquait justement d’une mascotte. Ni une, ni deux, Gex est aspiré dans cet univers de la main mécanique du futur boss de fin. Pour en réchapper, il devra trouver un certain nombre de télécommandes disséminées dans les une poignée “chaînes” de la dimension, pour éventuellement donner une petite correction à son ravisseur en fin de parcours. De par sa présentation en somme toute sommaire et sa quête comprise dès la cinématique d’introduction, on pourrait penser que Gex est un énième héros à ranger aux côtés des ceux qui ont tenté en vain de concurrencer Sonic, et on est finalement pas très loin, même si les premières minutes de jeux permettront de mieux cerner et de voir s’étoffer la personnalité du télévore et d’en dégager une certaine originalité, pour le meilleur pour le pire.

Comme évoqué plus haut, la petite équipe de Crystal Dynamics (où l’on croise d’ailleurs Evan Wells, futur PDG de Naughty Dog, ici à la programmation) a suivi le mouvement en proposant à leur personnage d’errer dans des mondes dédiés à de la plateforme pure et dure, car après tout, c’était la mode à l’époque, ou du moins, au démarrage du projet. Là où pas mal de titres se sont plantés avec des contrôles exécrables, Gex parvient à être globalement agréable dans son gameplay une fois les mouvements acquis et les quelques particularités de ces derniers acceptées. Notre animal verdâtre est comme son homologue réel plutôt polyvalent, et dispose ainsi une palette assez fournie d’actions, puisque qu’il pourra utiliser sa queue pour frapper ennemis et objets ou encore rebondir sur certaines surfaces, sa langue pour attraper différents types de mouches, ou encore compter sur ses pattes collantes (des setæ) pour s’accrocher aux parois propices aux accès à des endroits plus avancés. Pour le reste, pas de surprises : des ennemis à taper sans l’être soit même, des plateformes qui bougent, des sauts millimétrés, des trucs à récupérer, des passages secrets à trouver… Si les premiers niveaux s’avèrent plutôt simples à parcourir avec des tracés lisibles, les plus proches du bout de la galette, plus étroits et bourrés de pièges, demanderont une certaine patience vu que le jeu décide parfois de nous décrocher d’une cloison alors qu’aucun obstacle ou vide se présentait au détour de celle-ci. De même, certaines personnes pourront trouver perturbant qu’à chaque fois que Gex prend un coup, l’action se fige pendant une bonne seconde et semble annuler tout saut entrepris, nous laissant quelque peu dans une panique de l’instant résultant sur un mauvais rattrapage, généralement dans un trou ou dans la lave. Fort heureusement, Gex dispose d’un level-design réussi et n’est absolument pas chiche en vies, recharges d’énergies ou autres bonus temporaires d’invincibilité et de lancers de projectiles, à condition de retenir les codes couleurs des mouches qui les fournissent. Ceci ne sera pas de trop pour un titre qui peut se boucler une bonne après-midi mais dont la difficulté augmente exponentiellement au fur et à mesure, qui offre pas mal de tableaux supplémentaires cachés, et un lot de boss plutôt conséquent, dont un de fin assez fastidieux. On notera d’ailleurs que si la version 3DO dispose d’une sauvegarde sur la mémoire de la console, les moutures Saturn et PlayStation demanderont de noter des mots de passe fournis à certains moments de l’aventure, Beam Software n’étant visiblement pas parvenu à boucler l’implémentation du système de sauvegarde plus moderne sur ces supports. Pas sûr, en effet, qu’il s’agisse d’un hommage à la génération précédente.

En parallèle des deux années nécessaires au développement du titre, si le studio aura eu bien le temps de se faire la main sur la 3D avec bon nombre de ses autres créations sur 3DO, Gex n’en bénéficiera que partiellement, en ne proposant malheureusement pas une expérience en trois dimensions révolutionnant le genre (Geograph Seal, Jumping Flash! et Super Mario 64 s’en chargeront) mais suffisamment de quoi proposer une 2D gonflée aux sprites et décors modélisés à partir de rendus issus de machines Silicon Graphics, un procédé fort convaincant comme l’a prouvé Donkey Kong Country quelques mois auparavant. Par rapport à ce dernier, le gap est bien évidemment palpable concernant la résolution affichée et les animations proposées, nombreuses pour le protagoniste et le bestiaire qui se mettra dans ses pattes, mais pas franchement éblouissant quant aux détails appliqués sur les décors, au demeurant pas spécialement colorés, malgré les variations dans ses univers inspirés de films d’horreurs ou de dessins-animés, et qui s’y prêtent donc pourtant bien. Rayman, sorti la même année sur Jaguar, sera globalement d’un meilleur effet et plus bien percutant comme publicité pour la puissance des 32 bits. Sur Gex, c’est convenable, mais sans plus. Reste l’atout principal du support, à savoir le CD : plus de place pour les cinématiques, plus de qualité pour les musiques – sympathiques d’ailleurs – et surtout plein d’espace pour stocker les nombreuses répliques que notre héros va balancer durant son aventure. Écrites et doublées par Dana Gould, alors à l’époque comédien de stand-up et auteur pour HBO, elles font notamment référence au cinéma, la télévision et la culture américaine, on s’en doute de manière humoristique, allant de la simple reprise d’une phrase culte à la parodie sarcastique ou cynique. Adressées avant tout aux adultes, plus ou moins inspirées et compréhensibles pour un public européen (en plus d’être uniquement en anglais), ce sont finalement elles qui donnent l’entière personnalité au lézard, ce qui est à double-tranchant : en effet, il faut déjà apprécier l’humour, et surtout, Gex n’arrête jamais, mais alors JAMAIS de parler. À chaque arrivée dans un nouvel univers ou au début d’un niveau, puis pratiquement à chaque action, voir même juste en se déplaçant sans rien faire d’autre. Tout le temps. Au début, on trouve ça rigolo quand on comprend la référence, mais lorsque c’est balancé à la moindre occasion, cela devient rapidement lourd. Il est heureusement possible de couper les voix dans les options du jeu pour profiter d’un peu de silence, mais en conséquence, on se privera du ton irrévérencieux du gecko. Ce qui n’est peut-être pas plus mal ?

Gex
Appréciation
Convenable tout au plus, pas révolutionnaire pour un sous, Gex a vraiment le fessier entre deux chaises. D’un côté, nous avons un plateformer tout à fait correct propulsé par des graphismes qui le sont tout autant, avec un personnage qui demandera un peu d’adaptation pour être contrôlé correctement – il a été omis de préciser que les sauts ont une inertie assez spatiale – mais de l’autre, on parcourt une aventure assez classique, ce qui n’est pas spécialement un problème, mais avec une mascotte que l’on aurait pu apprécier si son débit de paroles ne devenait pas à la longue lourd voir insupportable, et ce malgré les efforts pour l’écriture de ses répliques, du coup pas assez nombreuses pour ne pas être agacé. L’appréciation du titre sera donc à la discrétion et à la patience de chacune et chacun. Toujours est-il que Gex fût un relatif succès qui poussa Crystal Dynamics à lui offrir deux autres suites “canon” (Enter the Gecko et Contre le Dr. Rez), en 3D cette fois-ci, et deux épisodes portatifs, avec une fois encore le concept d’envoyer le gecko dans des univers télévisuels. Sans la 3DO et la Saturn cette fois. De nouveaux essais qui seront bien meilleurs, contrairement à bon nombre d’autres licences concurrentes de la même trempe.
Points forts
Plateformer agréable
Graphiquement convenable
Des répliques drôles
Points faibles
Le débit de parole de Gex
Pas vraiment révolutionnaire
Où est passée la sauvegarde sur mémoire ?
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