Arc the Lad

Un voyage inattendu (et express)

Genre
Tactical-RPG
Développeur
G-Craft
Éditeur
Sony Computer Entertainment
Année de sortie
1995

Pour son arrivée dans l’industrie vidéoludique, le studio G-Craft n’était pas vraiment décidé à y aller avec le dos de la cuillère et ses deux premiers titres, sortis à quelques mois d’intervalle durant l’année 1995, ont rapidement été de gros succès au Japon et constitué le point de départ de deux des plus importantes séries du Tactical-RPG : Front Mission sur Super Famicom, édité par Square, et Arc the Lad sur PlayStation, chapeauté par Sony. Pour ce dernier, avec son million d’exemplaires vendus, on aurait pu s’attendre à ce que le constructeur s’empresse de réitérer l’exploit en proposant cette franche réussite sur d’autres territoires. Mais il n’en fût rien, Sony refusant de s’occuper de la localisation et même de la confier à un éditeur tiers. Il aura fallu de nombreuses protestations de fans, puis au final l’intervention de Working Designs, pour que le titre sorte enfin… En 2002. Avec l’ensemble des autres épisodes de la série jusqu’alors disponibles compacté dans une superbe compilation. Qui ne quittera pas les États-Unis. Quelle belle ineptie pour ce qui s’avère être aujourd’hui une série culte, avec un premier épisode qui a su se faire attendre, et dont nous allons parler durant quelques lignes.

Avec Arc the Lad, on retrouve un histoire assez typique d’un RPG japonais de l’époque : un jeune héros, plutôt débrouillard, qui vit en compagnie de sa mère une existence relativement tranquille dans un coin paumé d’un pays tout autant éloigné, existence qui va être chamboulée par une série d’évènements extérieurs, et qui va se retrouver embarqué dans une (longue) quête en vue de sauver le monde, mais aussi d’en apprendre plus sur son paternel, un combattant émérite mystérieusement disparu il y a quelques années de cela, mais qui étonnement savait que son fils allait partir sur ses pas. Tout était déjà écrit. Les causes des évènements, on les voit arriver à dix kilomètres : une menace maléfique, l’équilibre du monde mis à mal, et de vils antagonistes prêts à tout pour acquérir pouvoir et semer le chaos. Avec un soupçon de géopolitique pour pousser. Pour notre héros, un objectif simple se dessine rapidement, avec pour trame de fond une arche aux pouvoirs inimaginables : libérer et réunir différents d’esprits correspondant aux éléments régissant toute vie, et pourquoi pas taper du méchant. En résultera un voyage à la rencontre de différentes nations inspirées de civilisations réelles passées auxquelles la technologie d’aujourd’hui sera apportée, pour une sorte d’ambiance steampunk plus ou moins prononcée. Ceci sera l’occasion de rencontrer régulièrement de nouveaux alliés qui viendront gonfler les rangs et apporter tout autant personnalités à une équipe qui ne manquera mine de rien pas de sérieux. Arc en particulier, qui n’est pour une fois pas aphone comme c’est souvent le cas dans les RPGs, n’est franchement pas là pour déconner, ce qui a le mérite de faire un peu sourire durant les dialogues. Fort heureusement, d’autres personnages apporteront quelques moments d’humour, mais le ton général du jeu respire l’austérité. Cette impression vient peut-être du fait que le jeu n’est pas des plus riches en dialogues, ces derniers présentant ou ponctuant les nombreux combats durant lesquels nous allons passer la majorité du temps de jeu.

Tout comme dans son scénario, on retrouve un certain sens de la tradition pour ce qui concerne le gameplay de ce Arc the Lad. Comme à l’accoutumée des Tactical-RPGs, les combats se déroulent sur un grand damier où ennemis et alliés sont disposés d’une topographie propice à la réflexion quant à la stratégie à adopter pour gagner. Chaque personnage peut se déplacer sur un nombre défini de cases, puis attaquer, utiliser objets ou magie selon les besoins du moment. L’idée est évidemment de profiter du terrain pour se protéger d’une éminente action ou attirer tel ennemi dans un guet-apens bien préparé. Parmi les particularités qui n’en sont pas vraiment, nous noterons qu’il ne sera par exemple pas possible de profiter de postes plus élevés pour faire davantage de dégâts. De même, aux faiblesses liées à un type de sort particulier ou aux armes blanches, on aura davantage de chances de contrer une personne nous faisant face et de répliquer lorsque l’on est frappé de côté. Pour survivre, on disposera en plus des classiques niveaux complémentaires débloquant de nouvelles techniques, un certain nombre d’équipements, non disponibles en boutiques mais donnés en trophées après certains affrontements, qui permettront de booster drastiquement certaines statistiques comme la défense ou la magie, ce qui ne saura pas de trop vu les disparités entre les membres de l’équipe. Notre héros ressortira logiquement du lot avec un équilibre assez conséquent entre ses attaques puissantes et ses bottes secrètes dévastatrices. Si les autres membres n’en seront pas en reste avec les niveaux et le grinding (obligatoire) qu’il faudra, l’expérience étant acquise sans nécessairement vaincre un ennemi, Arc sera généralement celui qu’on enverra par défaut au front, si bien qu’en fin de jeu il sera une véritable machine à détruire du boss… Puis c’est globalement tout. Peu d’options de jeu, pas de possibilité de gérer son équipement en dehors d’un combat, qui sera pour le coup la partie centrale du jeu. L’exploration dans Arc the Lad se veut très restreinte, se résumant à quelques cartes de contrées du monde où l’on devra choisir la prochaine destination, qui finira généralement sur une séquence de dialogues pour faire progresser le scénario, puis de la baston, ou du combat tout court pour monter un peu en niveaux et ainsi affronter plus sereinement un boss et ses sbires. En terme de contenu de manière plus globale, il se résumera à une quête principale et un donjon d’une cinquantaine d’étages, qui demeure un défi de choix en soit, mais qui n’est pas suffisant pour gonfler l’expérience proposée.

Il ne faut pas cependant voir cela comme un défaut : si le titre montre rapidement ses limites dans son contenu, l’exécution est quant à elle tout à fait convaincante. L’histoire en somme toute classique se suit bien, les combats offrent un challenge à la hauteur sans aller dans le barbant, et le titre ne se force finalement pas à traîner en longueur avec des affrontements artificiels. L’ambition de G-Craft semble avoir été suffisamment réfléchie pour se terminer de manière originale quoique déconcertante : ce Arc the Lad a en effet été pensé comme le premier épisode, voir le prologue, d’une série plus importante. Une sorte d’essai en vue de confirmer le potentiel d’un univers et d’une licence. Les années suivantes et la sortie de deux épisodes supplémentaires et un annexe, bien plus ambitieux, confirmeront cela, mais pour ce premier jet, l’aventure est coupée court au bout d’une dizaine d’heures de jeu avec une partie finale en mode cliffhanger, vite expédiée, pour un générique de fin qui prépare la future suite (hypothétique pour le coup en 1995), et une étrange invitation à sauvegarder une toute dernière fois sa partie, cette dernière pouvant être récupérée dans le second épisode afin de retrouver son équipe au même niveau avec le même équipement qu’acquis jusqu’alors. Un parti pris assumé – ou préparé si le studio voulait/devait limiter ses dépenses – pour un concept qui sera notamment repris chez Sega pour son Shining Force III ou encore du côté de chez Capcom et ses Eldorado Gate. Ce premier opus sera en tout cas l’occasion pour son concepteur de se faire la main sur le hardware qu’est la PlayStation, pour une réussite graphique plutôt convenable avec un moteur 2D aux sprites particulièrement bien animés et quelques effets 3D du plus bel effet. On est loin de la révolution pour les yeux mais pour un jeu de 1995, c’est quand même pas dégueulasse. Côté sonore, c’est du même acabit : les musiques, composées par Masahiro Andoh et Hirotaka Izumi, sont entraînantes, et les personnes s’exclameront de vive voix durant les combats. Le gap avec les 16 bits est pas flagrant, mais tout de même présent. Pour ce qui est de la traduction assurée par Working Designs, elle est à hauteur, visiblement sans grosses adaptations, tout comme sur la partie gameplay, qui ne semble pas avoir bougé d’un pouce. L’éditeur s’est d’ailleurs assuré, sans doute pour des raisons de coût, à conserver le doublage japonais, ce qui n’est pas plus mal en soit.

Arc the Lad
Appréciation
Quelque peu coincé entre deux générations, ce premier Arc the Lad ne se hisse point comme un grand et solide classique du genre, mais bien comme un convaincant prologue d'une série qui marquera davantage les esprits avec ses épisodes suivants, bien plus ambitieux dans leur conception et leur exécution. En reste ici un T-RPG tout à fait sympathique, pas trop long pour les plus pressés, et qui réservera quelques combats intéressants. En reste une indispensable introduction pour son cast de sérieux héros qui réapparaitront au gré des opus suivants qui suivront, au Japon de 1996 à 1999 tout du moins, avec son système de transfert de sauvegardes systématiquement réutilisé, pour finalement (et enfin) se retrouver dans l'imposante - et maintenant onéreuse - compilation et traduction concoctée par Working Designs. Fort heureusement, tout est disponible (pour on espère encore longtemps) sur le PlayStation Store, pour bien, bien moins cher.
Points forts
Univers sympathique
Challenge plutôt conséquent
Chouette B.O.
Le transfert de sauvegarde
Points faibles
Une seule quête annexe
Vite bouclé quand même
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