Utopiales 2018 : Les films en compétition

Utopiales 2018 : Les films en compétition

Chaque occurrence des Utopiales propose un panel de films en compétition, avec un rapport plus ou moins évident avec le thème. Les Utopiales sont en effet un festival avec un prix International à la clé. Cette année ont été mis en compétition les films suivants :

  • FRONTIER
    de Dmitry Tyurin
    Russie, 2018, 100′
  • LIFECHANGER
    de Justin Mc Connell
    Canada, 2018, 84′
  • PERFECT
    de Eddie Alcazar
    États-Unis, 2018, 85′
  • PENGUIN HIGHWAY
    de Hiroyasu Ishida
    Japon, 2018, 119′
  • SOLIS
    de Carl Strathie
    Grande-Bretagne, 2018, 92′
  • THE MAN WITH THE MAGIC BOX
    de Bodo Kox
    Italie, Pologne, 2017, 103′
  • ASSASSINATION NATION
    de Sam Levinson
    États-Unis, 2018, 110′
  • OFFICE UPRISING
    de Lin Oeding
    États-Unis, 2018, 92′
  • FREAKS
    de Zach Lipovsky et Adam B. Stein
    États-Unis, 2018, 104′

A l’image de l’année dernière, pas moins de neuf films ont été présentés durant le festival. Malheureusement, par manque de places, nous n’avons pas pu visionner Freaks… Elu grand prix du public.

FRONTIER

Réalisé par Dmitry Tyurin

Mikhail, un homme d’affaire véreux tente d’extraire le sable d’une ancienne zone de bataille du siège de Leningrad, qui abrite les corps de nombreux soldats russes. Un incident se produit et notre antihéros se retrouve coincé entre sa réalité et des sautes temporelles au cœur du front sanglant de l’Est.

[youtube width= »590″ height= »376″]https://www.youtube.com/watch?v=WHlJ_lZqZds[/youtube]
Une superproduction russe ? Salyut 7 et Attraction ayant été deux belles surprises des Utopiales 2017, difficile de ne pas entrer dans la salle bardé d’enthousiasme. Point de suspense : Frontier n’égale pas ces deux titres, loin de là, mais conserve un capital sympathie élevé. Son problème majeur tient dans l’amateurisme du film en décalage complet avec ses effets spéciaux. Le protagoniste, peu crédible, navigue entre deux époques, dont la plus ancienne est joliment retranscrite, champs de bataille comme habitations d’époque. Les raccords ratés se multiplient à tel point que ça en devient indécent. L’histoire, peu vraisemblable, se voit octroyer une explication qui, de prime abord, semble discutable, et qui serait très certainement démontée au travers d’un second visionnage. Et pourtant, l’immaturité de ce mafieux de l’est finit par devenir attachante, on se met à le suivre à travers les tranchées, on se met à suivre son enquête cousue de fil blanc mais plaisante. Alors oui, vous passerez un bon moment mais Frontier est l’archétype du film vite oublié malgré quelques sourires.

Autrefois très cantonné dans son pays d’origine, le cinéma russe commence depuis quelques années sa percée dans d’autres contrées avec de grosses productions de plus en plus convaincantes et qui n’ont franchement rien à envier aux productions américaines. Les organisateurs des Utopiales l’ont bien remarqué, et après nous avoir offert le sympathique Attraction et l’excellent Salyut 7 l’année passée, ils nous proposent pour cette édition Frontier, film mixant science-fiction et reconstitution historique. Le résultat est plutôt convaincant, bien qu’un peu classique dans son ensemble. Si l’on peut saluer la réalisation clinquante dans les parties se déroulant durant différents conflits entre russes et nazis, on pourra en revanche tiquer sur le jeu de certains acteurs, notamment avec un héros volontairement arrogant mais aux réactions après coup assez peu sérieuses, une photographie flirtant avec le téléfilm à gros budget, et à une intrigue dont les ficelles sont rapidement palpables après une bonne moitié de film. En reste un bon divertissement, tout de même, perfectible il est vrai, mais un bon moment quand même, et surtout une bonne mise en bouche de ces Utopiales.

LIFECHANGER

Réalisé par Justin Mc Connell

Drew possède la capacité de dupliquer les corps de différentes personnes, dont il consomme l’énergie et prend l’apparence. Il est sans cesse obligé de se nourrir de la force vitale de ses victimes, sous peine de disparaître lui aussi.

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Un homme passant de corps en corps pour survivre, pourquoi pas. Exactement : aspirant la vie d’un corps tout en reprenant son apparence. Soit. Et si cet homme, Drew, tombait amoureux d’une femme ? D’un coup, la thématique devient plus intéressante et originale : comment créer une relation dans ces conditions ? Le réalisateur part de cette idée forte et, comble du bon goût et du talent, réussit à la tenir jusqu’à son final, attendu mais très fort. Jusque-là, malgré le concept répétitif, qui aurait pu lasser très vite les spectateurs, Justin McConnel réussit, grâce à cette relation impossible et aux pensées de Drew, à nous maintenir en haleine. Bien pensés, les dialogues et narrations laissent entrevoir des vérités qui permettent, soit aux plus attentifs de comprendre un scénario plus complexe que prévu, soit aux plus candides de raccrocher tous les wagons en fin de projection non sans un petit “ooh”. Car il s’agit bien là du point fort de Lifechanger : son histoire et par extension son ambiance, profondément moroses. Pas parfait dans son rythme, il n’en reste pas moins une agréable surprise de 2018.

Pas mal d’ambitions pour ce Lifechanger, qui démarre bien comme il faut et entre directement dans le vif du sujet avec un protagoniste volontairement détestable et que l’on va suivre durant une petite une heure et vingt-quatre minutes de meurtres sur fond d’histoire d’amour, qui constitue le véritable pivot de la bobine. Malheureusement, si le film se suit pas trop mal, il reste particulièrement déséquilibré dans son propos et sa mise en scène, naviguant entre de l’horreur fortement redondante et des scènes romantiques plus ou moins touchantes mais qui ne font pas oublier que le héros ne semble jamais avoir remis en cause sa condition qui le pousse, au moment où nous arrivons dans le récit, à commettre de plus en plus de meurtres pour sa survie. La conclusion du film m’a personnellement laissé de marbre, n’ayant pas trop pigé pourquoi, après avoir laissé du mystère pendant tout le déroulement de la pellicule, l’on doit acquitter d’une révélation aussi facile et qui ne fait que se dire : “A quoi bon ?”. Dommage, les inspirations étaient là et il y avait du potentiel !

PERFECT

Réalisé par Eddie Alcazar

Un jeune homme au passé violent entre dans une clinique mystérieuse où les patients transforment sauvagement leurs corps et leurs esprits grâce au génie génétique.

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Chaque année, la compétition propose un film capable de ralentir le temps, à tel point que nos heures de sommeil en retard viennent rapidement toquer à la porte du cerveau désireuse de profiter de ce moment de mort cérébrale. En 2017, nous avions eu droit à Black Hollow Cage. Cette année, c’est Perfect. Il sera difficile de retirer au film sa superbe photographie. Gros plans et panoramas se côtoient avec bonheur (eux) et Perfect offre quelques scènes assez folles en termes de rendu visuel, voire auditif. En revanche, passé la plastique, cette pseudo réflexion sur la quête de la perfection et – sujet au coeur de ces Utopiales 2018 – du transhumanisme est tellement mal racontée que c’en est triste. Film décousu, mal narré, à deux doigts de paraître prétentieux si l’on ne sait qu’il ne s’agit que du premier long-métrage de son réalisateur, Perfect constitue cet éternel mauvais moment à passer aux Utopiales, comme s’il en fallait pour mettre en lumière la qualité des autres projections.

Chaque édition des Utopiales se doit d’avoir son film arty-et-prétentieux histoire de passer un bon paquet de minutes d’ennui à regretter de ne pas s’être fait un bon restaurant et une rétrospective de qualité. Cette année, en lieu et place d’une bonne pizza (ou tout autre chose) et de The Thing, c’est un sandwich pas terrible et Perfect qui ont donc été préférés, à grand regret. Partant d’un postulat pas si mal sur le papier, le film fut annoncé avant la projection comme de la science-fiction avec peu de moyens, mais surtout de bonnes idées. Au visionnage, on assiste à une sorte de redite ce que l’on avait pu voir avec Black Hollow Cage diffusé durant le festival en 2017, à savoir une intrigue à la composition digne d’un remède homéopathique tant le scénario distille bien des mystères sans donner une once d’explication ou de pistes et un rythme contemplatif soporifique au possible sauf pour ceux qui aiment voir des acteurs se pavaner dans une villa d’architecte. A vrai dire, j’ai pratiquement retenu de l’oeuvre que quelques placardages de mots en japonais à certains moments “pour faire style”, ainsi que l’utilisation du son de démarrage de la PlayStation Portable pour un effet sonore. Une profonde incompréhension règle durant la totalité du film : pourquoi Steven Soderbergh a validé sa création, pourquoi être aussi peu enclin à donner des réponses, pourquoi avoir tout misé sur la photographie, pourquoi (au final) les gens comme des melons (car mon esprit a oublié), pourquoi un énorme rocher vole au fin fond d’un décor et que la caméra INSISTE dessus, et surtout pourquoi un visiblement si modeste budget est-il passé dans quelques effets visuels sympas et un générique de fin digne d’un James Bond. M’enfin, j’avais senti le truc arriver en voyant l’affiche. J’aurais du aller voir du John Carpenter.

PENGUIN HIGHWAY

Réalisé par Hiroyasu Ishida

Élève de CM1, Aoyama est un petit garçon sérieux qui travaille beaucoup pour devenir « quelqu’un de bien ». Chaque jour, il tient le compte des journées restantes pour atteindre l’âge adulte. Cette histoire commence alors qu’il lui reste exactement 3888 jours et se finira à 3748. Elle raconte l’aventure fantastique que va vivre Aoyama pendant ces 140 jours pour devenir un adulte admirable.

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Oh un anime japonais lambda, dans la campagne japonaise et des tranches de vie. Oh un petit garçon narrateur, avec une petite soeur kawaï, qui va à l’école tous les jours, comme l’intégralité de ses petits camarades. Oh des manchots en plein Japon rural… What ? Penguin Highway sort vite du train-train classique pour intégrer le zeste de fantastique, tellement propre à la japanimation, qui permet d’accepter finalement très bien tous les événements futurs. Il faut dire que cela fait déjà quelques minutes durant lesquelles le jeune Aoyama enchaîne les étrangetés de langage mélangeant de manière étonnamment subtile naïveté d’enfant et maturité d’adulte. Le duo qu’il forme avec la jeune assistante dentiste, à la fois son fantasme, sa confidente et meilleure amie malgré la différence d’âge est particulièrement touchant, et, ne le cachons pas davantage, la pierre angulaire de l’histoire. Une histoire à la fois grotesque et passionnante dont l’issue, bien que vite anticipée, laisse tout de même la porte entrouverte pour ceux qui voudraient y caler un peu d’interprétation. Penguin Highway est un véritable bonbon pour les amateurs de bons moments sucrés désireux d’en sortir avec la banane, en plus d’être un ravissement sonore et visuel. Pas parfait, mais tellement attachant, qu’il n’en reste que du plaisir, que l’on souhaite contagieux.
Après la somptueuse adaptation en animé de The Tatami Galaxy (découvert très très tardivement pour ma part) ou encore celle de Night Is Short, Walk On Girl, c’est au tour de Penguin Highway, roman également écrit par Tomihiko Morimi, d’être retranscrit à l’écran en film d’animation. Il s’agit ici de la première oeuvre du jeune studio Colorido, sous la supervision de Hiroyasu Ishida et autant ne pas y aller par quatre chemins : Penguin Highway est une véritable pépite. S’inscrivant parfaitement dans le genre de la tranche de vie, le film propose une galerie de personnages ainsi qu’une histoire des plus attachantes. Si l’on s’attarde sur cette dernière, on peut saluer les différentes thématiques abordées avec justesse (et sans guimauve…), distillées ça et là durant une intrigue surfant entre la science-fiction et la comédie, avec un petit soupçon de romance pour pousser. L’animation en elle même est de toute beauté, avec beaucoup, beaucoup de détails et de nombreux effets visuels très convaincants. Bref, une production digne des studios Ghibli ou des oeuvres de Makoto Shinkai ou encore Mamoru Hosoda, et assurément un jeune studio et réalisateurs des plus prometteurs. Vivement la sortie Blu-ray !

SOLIS

Réalisé par Carl Strathie

Lorsque l’astronaute Troy Holloway se réveille et se retrouve pris au piège à bord d’une nacelle d’évacuation dérivant vers le Soleil, il réalise la véritable terreur de sa situation. Avec l’épuisement rapide de l’oxygène et un taux de combustion de 90 minutes, le commandant Roberts dirige une équipe de secours pour sauver Holloway avant la fin du temps imparti.

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Le personnage seul ou presque dans l’espace, le monstre Gravity nous l’a déjà fait il n’y a pas si longtemps. Budget beaucoup plus restreint pour ce Solis, avec un acteur, une voix et un figurant, il n’en reste pas moins que cette production britannique réussit à rendre étonnamment proches les trois êtres présents : Holloway, le cosmonaute, dont la survie ne devrait pas dépasser l’heure et demie, Roberts, le commandant d’un vaisseau ayant répondu au SOS d’Holloway et Milton, décédé avant le début du film mais dont le corps restera à l’écran jusqu’à la toute fin. Le réalisateur s’est amusé à raconter l’histoire de ces trois êtres de manières différentes, adaptés à leur sort, photos, récits, radio, souvenirs, le spectateur remplit petit à petit le CV de chacun, professionnel comme personnel, comme des pauses dans la catastrophe vouée à survenir à la fin du compte-à-rebours estimé par Roberts. Comme beaucoup de petites productions, Solis n’est pas parfait. Même si techniquement, il est quasi-irréprochable, il faut davantage le réprimander sur son rythme et la cohérence de ses événements (devons-nous réellement aborder le sujet du seuil 0% d’oxygène ?). Une sympathique réussite.
Les oeuvres se déroulant dans l’espace ont la côte depuis plus de 100 ans et ce n’est visiblement pas prêt de s’arrêter, surtout pour la science-fiction. Friant du vide intersidéral, les organisateurs du festival ont trouvé cette année, en l’objet de Solis, un film des plus sympathiques, et surtout, grosse rareté, conscient de son ambition compte tenu de ses moyens. En résulte un étonnant et plutôt réussi huit-clos, réalisé finalement avec peu de décors et d’acteurs, mais qui arrive suffisamment à tenir en haleine le spectateur durant toute la durée de la pellicule. On pourra lui donner des inspirations de Gravity sur le fond, mais sur la forme, Solis s’en sorte avec un certain brio avec un scénario catastrophe palpitant bien qu’un peu prévisible, un protagoniste au passé un brin troublé et joué avec brio par un acteur très convaincant, et surtout une mise en scène qui ne s’attarde pas sur les détails pour directement passer la vitesse de la première à la sixième. On pourra regretter – un mal du genre – de nombreuses ellipses temporelles lors d’évènements à suspens où les dernières réserves durent curieusement longtemps, mais il s’agit d’un petit détail qui ne noircissent en rien un très bon divertissement.

THE MAN WITH THE MAGIC BOX

Réalisé par Bodo Kox

À Varsovie, en 2030, Adam, concierge dans une grande multinationale, tombe amoureux de Gloria, employée aux ressources humaines. Dans son appartement, Adam découvre une vieille radio lui permettant de voyager dans le temps. Lorsqu’il se retrouve coincé dans les années 50, Gloria, qui réalise qu’elle a perdu le grand amour, commence à le chercher dans le passé.

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Attention, surprise. The Man With the Magic Box est sidérant. Non par son budget – minuscule – non par son propos – finalement classique – mais par sa mise en scène. A aucun moment le réalisateur ne nous dit où il veut aller. L’histoire, à la fois simple et particulièrement complexe, affiche une Varsovie futuriste, en 2030, sous un régime totalitaire. Les deux protagonistes principaux y sont d’ailleurs fabuleux, avec une mention spéciale à Olga Boladz dans son rôle de Goria, femme carriériste sans sentiment mais finalement follement amoureuse du héros. J’ai énormément de mal à définir ce que j’ai ressenti pendant cette projection : son déroulement inattendu a su me déboussoler, pour me laisser spectateur et passionné du déroulé. Il faut avouer que la photo y est aussi parfaitement réussie, cette Varsovie très sombre qui sous certains aspects rappellent l’ambiance d’un Blade Runner plus près de nous. Le film se veut maîtrisé, pas de dialogue inutile, pas de scène de trop, Bodo Kox, le réalisateur, présent aux Utopiales pour l’occasion, semble s’inscrire dans la liste des réalisateurs à suivre. Car réalisateur, oui, mais également scénariste de ses films. Que ce fut bon d’être désarçonné pendant 1h30 de film, et cette romance si brutale. A voir.
On aurait pu croire, en lisant le résumé du film, que The Man With the Magic Box allait être un film moyen tout au plus, et oublié après le festival comme beaucoup d’autres projections. Il n’en ait finalement rien ! Voilà une bien belle pellicule de SF très bien réalisée, bien consciente de ses moyens (coucou Perfect), et qui a travaillé comme il se doit son scénario (coucou P…), et qui n’est pas sans rappeler quelques grands classiques du genre sans pour autant faire du plagiat peu recherché. Du mystère, des thématiques intéressantes, pas mal de surprises, et à l’écran des acteurs convaincants et une réalisation agréable, et surtout, surtout, de quoi faire travailler les méninges sans se foutre de la gueule du spectateur. C’était pas si difficile, finalement ! Assurément la petite surprise inattendue de ce festival, comme on aurait voir plus souvent.

ASSASSINATION NATION

Réalisé par Sam Levinson

Comme tous les élèves de terminale, Lily et son cercle d’amis passent leur vie entre fêtes et dépendances aux réseaux sociaux. Mais lorsqu’un pirate se met à révéler les secrets, même les plus compromettants, de tous les habitants, leur petite ville sans histoire sombre dans la folie. Lily et ses camarades survivront-elles à cette nuit infernale ?

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Grand gagnant de ses Utopiales, avec le prix du jury, Assasination Nation fait froid dans le dos. Il y arrive sans l’ombre d’un zombie ou de baveux aliens, mais avec de simples humains aux réactions tellement proches de ce qui est visibles, de nos jours, dans nos rues, qu’il est difficile de ressortir du visionnage sans en rester pétrifié. Le film prévient pourtant très vite de l’exhaustivité des scènes auxquelles, nous, spectateurs allons être confrontés, et la liste est longue. Aux préoccupations superficielles de lycéennes de début de projection succèdent très vite un spectacle moins reluisant d’un politique conservateur aux pratiques sexuelles étonnantes ou un homme respectable accusé de pédophilie pour avoir pris sa fille de 6 ans en photo dans son bain. Très vite, le film bascule et les réactions dépeintes, tellement réalistes et pas si loin de certaines manifestations actuelles ou échanges Twitter visibles de tous, nous font nous enfoncer dans notre siège, en se demandant parfois si nous ne regardons pas flash d’information, pas dans la forme, mais dans le contenu. Heureusement, le film garde une once de folie pour complètement dégénérer sur les vingt dernières minutes pour en devenir jouissif. Lorsque les (innocentes) victimes et proies deviennent les chasseurs et chasseuses, alors coups de pelle dans la tronche, pompe à bout portant, bras coupés à l’aide de sabre et autres fusillades permettent de nous évader le temps de quelques instants. Habile dans sa mise en scène, dans son message et son défouloir, Assassination Nation est un film indéniablement réussi. Pourtant, difficile de ressortir heureux de la séance : difficile, en effet, de se dire que ce n’est que de la fiction…
Alors que je m’attendais à un truc un peu débile entre teenage movie et slasher vaguement tarantiniesque, je suis très vite tombée de haut en me retrouvant face à un film dont le visionnage a été très difficile. Par pour la forme, très sympathique, présentant son petit quatuor de « pouffiasses » américaines qui se retrouveront au final en proie de toute leur ville de Salem. Ni pour sa construction, plus fine et originale – beaucoup de triple plans simultanés et bien rythmés notamment – que ce que l’on peut voir dans le teenage movie moyen. Non, c’est surtout le fond qui se révèle lourdement dérangeant : on a beau finir par exagérer la thématique de l’impact des réseaux sociaux sur la société en montrant à quel point un piratage de masse d’une ville entière peut rendre les gens totalement fous, la mise en situation se permet toutefois de montrer des cas de figure beaucoup plus terre-à-terre. Voir des politiciens ou autres figures médiatiques importantes se suicider lors de divulgations publiques de scandales ou encore des accusations ignobles et injustes à l’encontre d’un individu en se basant sur des éléments complètement sortis de leur contexte conduisant à la violence et harcèlement, virtuel comme réel, voilà des choses que l’on voit fleurir de plus en plus depuis quelques années dans les médias. Sans qu’on ne puisse nous-mêmes réellement savoir le fond de l’affaire, ce qui n’empêche pas n’importe lequel d’entre nous, aussi ignorant soit-on, d’y aller de sa petite « vérité », jusqu’à aller parfois instiguer et mener des actions, là encore virtuelles comme réelles, parfois fort virulentes. Et que faire lorsqu’on se retrouve face à une horde d’agresseurs virtuels et anonymes qui ne te laissent plus la moindre marge de manœuvre à part peut-être plaquer sa vie actuelle, changer d’identité ou encore se donner la mort ? Voilà un peu tous les enjeux d’Assassination Nation qui se permet même d’aller plus loin en démontrant à quel point un piratage de masse des données personnelles que tout un chacun laisse à droite et à gauche sur le web peut totalement mener à une mutinerie sauvage sans foi ni loi en continuant à s’enfoncer d’autant plus dedans comme toute bonne addiction qui se respecte. A l’heure où l’on voit planer des tensions tenaces de guerre froide entre États-Unis/Union Européenne et Russie, certainement l’un des pays possédant les hackers les plus pointus du monde, autant dire que ce genre d’aspect sera forcément pris en compte si une Troisième Guerre Mondiale éclaterait réellement, cela fait froid dans le dos. Voire sur des choses un peu plus anodines comme les récentes annonces du gouvernement sur le fait de songer à surveiller les réseaux sociaux afin de voir quel individu lambda peut bien frauder ou être de bonne foi (ou autres raisons bien cachées). Parce qu’au fond, même si le film peut paraître un brin excessif sur certaines choses, on sait pertinemment au fond de nous qu’il a raison tant on en voit déjà les dérives aujourd’hui. Par chance, le final en mode slasher se révèle plus léger et badasse, permettant de faire redescendre toute la pression et le malaise sous-jacent que l’on garde au fond de nous sur les trois premiers quarts de film. C’est peut-être d’ailleurs ça qui rend ces vingts dernières minutes aussi jouissives. Même si ça n’empêche pas qu’on en ressort en serrant bien les fesses, à la fois gêné de tout ce message de fond si pertinent et emmerdé qu’un tel film ne bénéficiera sans doute pas d’une sortie et exposition en salles françaises à la hauteur de sa valeur. Mon petit doigt me dit qu’il y a même de fortes chances qu’Assassination Nation subira le même dessein qu’aux États-Unis qui ont eu tôt fait de le retirer de ses salles obscures. En tout cas, merci aux Utopiales et au jury qui lui a accordé sa palme au passage, de lui avoir donner un coup de pouce à son échelle, il le mérite amplement.

OFFICE UPRISING

Réalisé par Lin Oeding

Au sein des locaux du fabricant d’armes Ammutech, les dirigeants testent une nouvelle boisson énergisante, Zolt, sur leurs équipes pour voir si elles deviennent plus efficaces. Malheureusement, le produit livré n’est pas le bon et transforme les employés en tueurs psychopathes. Desmond, le fainéant du bureau, doit tout faire pour sauver Sam, sa collègue pour qui son cœur bat, ainsi que le reste du monde des hordes d’employés enragés.

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Le chouchou de cette année, assurément. Office Uprising n’a rien du blockbuster et encore moins la portée philosophique des autres longs-métrages. Pourtant, un facteur fait souvent la différence : l’humour. Et Office Uprising en déborde. Dès les premières minutes, cette satire des entreprises américaines surprend, au travers de cette entreprise vendant “des armes de protection massive”. Abusant des stéréotypes, le long-métrage de Lin Oeding rappelle les monuments que sont Hot Fuzz et Shaun of the Dead dans ce décalage constant entre l’horreur de la situation et l’humour totalement porté par le groupe de héros. Jouissif, il l’est incontestablement, avec ces héros improvisés équipés de fournitures de bureau devant lutter face à leurs collègues enragés. Situations ubuesques, dialogues idiots, affrontements agréables, l’invraisemblable scénario se laisse suivre avec un plaisir coupable : et si nous pouvions nous défouler sur notre collègue bien lourd/raciste/mysogyne/prétentieux (voire les 4 à la fois) à coups de battes de baseball au moment où survient la réflexion de trop ? Impensable dans la vie courante – à moins de vouloir s’attirer des problèmes – et pourtant illustrée dans Office Uprising. Un vrai défouloir malin.
Une petite touche d’humour qui manque souvent aux Utopiales, la science-fiction préférant davantage nager dans la dystopie sérieuse et les et froides nouvelles technologies que d’apporter un peu de baume au cœur des festivaliers. De souvenir, il n’y a eu que Moonwalkers en 2015 qui entrait aussi bien dans la catégorie des comédies que dans la compétition internationale. Il faudra maintenant compter sur Office Uprising, pellicule énervée et débridée qui parlera à n’importe quelle personne travaillant dans une grosse corporation à l’américaine, tant elle en fait la satire de manière efficace et mine de rien tout à fait documentée. Mais ne crions pas à la révolution cinématographique : les amateurs de films de zombies verront bien là qu’il s’agit d’un mix entre Shaun of the Dead et Bienvenue à Zombieland mais qui se déroule dans une entreprise où tout le monde d’entre tue dans un massacre grotesque et sanglant. Mais on ne va pas se mentir pour franchement dire qu’on passe un excellent moment : l’humour est efficace, la violence horripilante et grisante, et la petite once de cynisme fait largement son œuvre dans ce grand n’importe quoi général. Très bonne surprise !
Deuxième et dernier prétendant qu’il m’est donné de voir cette année aux Utopiales. Par chance, Office Uprising ne s’inscrit pas dans un propos aussi dérangeant et lourd qu’Assassination Nation. Quand bien même son sujet de fond n’est pas tellement plus faux : une grosse société plongée dans le capitalisme absolu qui gaverait ses employés de Redbull expérimentale et explosive pour qu’ils soient plus productifs, voilà une idée qui ne semble pas si irréaliste que cela au vu de l’évolution actuelle du monde du travail. Bon, là, pour le coup, ce n’est pas vraiment la carte de l’entreprise qui en est coupable mais plutôt un scientifique chevronné aux expérimentations d’armes de guerre désireux de se venger de sa mise à l’écart face à la fusion de son entreprise avec une autre. D’où le fait qu’il y ait comme une petite conséquence digne d’un Battle Royale au sein des locaux dès lors que les employés commencent à ingérer ces mystérieuses canettes de boisson. Qui les conduiront à s’entretuer… dans la joie et la bonne humeur tant tout est présenté avec un humour « plus british et absurde tu meurs » qu’on ne peut s’empêcher de comparer avec la trilogie Cornetto d’Edgar Wright. Le fait qu’il mette en lumière des petites choses quotidiennes comme la haine que l’on peut bien ressentir face à certains de nos collègues et responsables ne rend la chose que plus divertissante. Car franchement, ce putain de fainéant de Marcel qui passe son temps à ronfler devant son bureau en nous laissant sa charge de travail en plus de la nôtre, on en a tous vu au moins un dans notre vie professionnelle. Et que sa tête nous aurait vachement remerciée si on l’aurait passée au travers de la fenêtre du cinquième étage. Elle aurait pu continuer de dormir tranquillement pour l’éternité comme ça… Voilà en quoi tout Office Uprising se révèle jouissif. Quand bien même ce n’est sans doute pas un film qu’on se revisionnera régulièrement. Mais de temps en temps, pour une bonne tranche légère de rigolade, sans l’ombre d’un doute.

FREAKS

Réalisé par Zach Lipovsky et Adam B. Steinn

Chloé a toujours vécu sous la protection de son père, obsédé par les dangers du monde extérieur, au point qu’il ne lui permet pas de quitter la maison. Un jour, la fillette se faufile à la recherche d’un monde qu’elle n’avait pu imaginer jusque-là. La réalité déjà étrange lui réserve biens des surprises…

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