DanganRonpa : Trigger Happy Havoc
Appréciation 4

Danganronpa est le jeu capable de réconcilier les allergiques aux visual novel avec ce genre si particulier. Aux termes de ses 25 heures d’enquête, l’oeuvre de Spike Chunsoft laisse un souvenir impérissable. A la fois jouissif et dérangeant, Danganronpa démontre qu’un genre est capable de se renouveler au besoin. Il a pour lui son rythme prenant – passé le premier chapitre – qui empêche de lâcher la console tant que la lumière n’a pas été faite sur l’intégralité de l’histoire. Ça tombe bien, il s’agit de l’ultime objectif du jeu

Résumé 4.0 Très bon

DanganRonpa : Trigger Happy Havoc

Danganronpa-Cover

Le visual novel est un genre plébiscité au Japon. Fans d’histoires bien écrites et de scripts dirigistes, nos amis nippons se jettent à corps perdus dans des aventures textuelles aux rebondissements permanents. Spike Chunsoft est devenu l’un des experts dans le domaine. A tel point qu’ils tentent même d’expatrier leurs créations. Audacieux. Pourtant, le succès d’estime de Virtue’s Last Reward, et sûrement un minimum commercial aussi, les a encouragés à continuer sur leur lancée. Epaulés par NIS America, les voilà proposant le portage Vita de Danganronpa Trigger Happy Havoc, initialement paru sur PSP au Japon.

Danganronpa est un visual novel, avec ce que cela implique de longs dialogues verbeux et d’images statiques. Mais d’entrée de jeu, Spike Chunsoft a misé sur une accrocheuse ambiance décalée et malsaine. Hope’s Peak est la plus prestigieuse école du Japon, elle réunit de multiples surdoués, nommés les Ultimates. Makoto Saegi a été accepté à Hope’s Peak, pour son statut d’Ultimate Lucky Student, son sort ayant été déterminé par un tirage au sort. Sa promotion se retrouve composée de l’ultime joueur de baseball, l’ultime génie informatique ou encore l’ultime écrivaine. C’est au total quinze protagonistes, très hauts en couleur, qui sont conviés à entamer leur année scolaire chez Hope’s Peak. Sitôt le seuil de la porte franchi, ils se retrouvent piégés, dans une école aux issues barricadées et face à un directeur pour le moins atypique, Monokuma. Ourson en peluche au double visage, il se révèlera pourtant intransigeant : pour être diplomé de Hope’s Peak, un étudiant doit réussir à assassiner un de ses camarades sans être démasqué. Un point de départ rappelant inévitablement Battle Royale, avec Monokuma dans le rôle de Takeshi Kitano.

danganronpa-trigger-happy-havoc-playstation-vita-02Les six chapitres de Danganronpa débutent tous par une phase de jeu libre. En vue à la première personne, le joueur peut visiter les lieux ouverts de l’école, celle-ci se dévoilant au fil du temps. Durant cette phase, il est possible de converser avec chacun des étudiants, voire de nouer des liens avec eux. Ces promenades sont diurnes, la nuit, Monokuma les interdit, sous peine de sanction immédiate. La phase de jeu est soit dirigée soit en “free time”, lorsqu’il n’y a aucun enjeu narratif. Tout bascule lorsqu’un corps est découvert. A ce moment-là, la partie “Investigate” / Enquête commence. Le joueur doit réunir tous les indices nécessaires à la découverte du tueur. Les éléments du décor consultables peuvent être mis en lumière d’une simple pression sur Triangle. Une fois découverts, les indices s’ajoutent tout seuls dans la liste des preuves. Au terme de l’enquête, Monokuma convie tous les étudiants à un Class trial, littéralement un procès scolaire. En cercle, les étudiants doivent débattre sur l’identité de l’assassin. Si celui-ci est découvert, il sera puni par la mort. Dans le cas contraire, si le groupe se trompe, le tueur est libéré et le reste du groupe est tué.
danganronpa-trigger-happy-havoc-playstation-vita-06Le rythme relativement lent de Danganronpa s’accélère brutalement lors de ces procès où l’interface avec le joueur se voit dotée de nombreux et nouveaux outils. A l’image d’un Phoenix Wright – car Danganronpa fait irrémédiablement penser au titre de Capcom – il est demandé au joueur de trouver les contradictions dans les dialogues. Mais pas seulement, un mot peut devoir être retrouvé au travers d’un mini-jeu de tir, le procès peut vous demander de faire des choix de réponse, d’allier des propos pour contredire une thèse, voire de participer un étrange jeu de rythme pour achever l’auditoire. Le Class Trial est l’élément fort de chaque chapitre, le concluant systématiquement et pouvant aisément durer plusieurs heures en fin de parcours. Les intrigues sont globalement bien ficelées, certaines étant plus évidentes que d’autres. Le rythme très lent des premières heures de jeu laisse la place à un haletant jeu de massacre. L’improbable casting – destabilisant au début – se révèle plus profond que prévu et supporte la folie du scénario.

danganronpa-trigger-happy-havoc-playstation-vita-05Danganronpa réussit tout au long de son histoire à allier le guignol au morbide. Le sang est fuschia, les exécutions à la fois horribles et ridicules. Le jeu mise sur une mise en scène à mi-chemin entre le jeu vidéo et le manga. Le casting très otaku, et cliché, permet de dédramatiser des situations souvent difficiles. Le déroulement des meurtres est systématiquement reconstitué au travers d’une fresque de dessins, dont le joueur doit retrouver les parties. Danganronpa ne propose pas d’embranchement scénaristique et l’histoire ne peut être modifiée, à l’inverse de beaucoup de titres du genre ; mais c’est pour mieux maîtriser son, parfois insoutenable, suspense. Il pourrait être critiqué à ce sujet, tout comme l’abondance de textes, tous restés dans la langue de Shakespeare, qui peut rebuter les anglophobes. Mention spéciale au doublage, pas intégral, mais disponible en anglais et japonais. La difficulté des Class Trial est quant à elle déterminée par le niveau choisi en début de partie, les indices pouvant être plus difficiles à mettre en avant.

Danganronpa est le jeu capable de réconcilier les allergiques aux visual novel avec ce genre si particulier. Aux termes de ses 25 heures d’enquête, l’oeuvre de Spike Chunsoft laisse un souvenir impérissable. A la fois jouissif et dérangeant, Danganronpa démontre qu’un genre est capable de se renouveler au besoin. Il a pour lui son rythme prenant – passé le premier chapitre – qui empêche de lâcher la console tant que la lumière n’a pas été faite sur l’intégralité de l’histoire. Ça tombe bien, il s’agit de l’ultime objectif du jeu.

 

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