Live A Live
Appréciation 4

Il ne voulait pas s’imposer comme le nouveau mastodonte du genre, il n’en avait pas la carrure, ni la volonté. Univers atypiques pour un jeu de rôle, personnages non-stéréotypés, réalisation graphique assez convaincante, partie musicale de grand standing, système de combat intéressant mais mal équilibré… Le tout donne un jeu assez marquant, qui plaira avant tout aux fans du genre peu regardants sur l’apparente simplicité du titre. Il aurait pu être plus long, plus beau, plus vaste, plus ambitieux… Mais peu importe, Live A Live reste un très bon jeu de rôle qui mérite un vif intérêt, et qui réserve quelques surprises – particulièrement pour le final – à ceux qui voudront partager, durant quelques heures, la vie un peu ordinaire de ses héros

Résumé 4.0 Très bon

Live A Live

Des nombreux jeux que Squaresoft a développé sur Super Famicom, très peu ont dépassé les frontières japonaises. Beaucoup de ces cartouches sont tombées dans l’oubli, faute de localisation, de remake ou dématérialisation récente. C’est le cas de Live A Live, RPG sorti dans l’ombre du grand Final Fantasy VI, que ce présent article aborde, non sans une certaine pointe d’adoration.

Live A Live est un recueil. Un petit recueil de destinées plus ou moins houleuses de protagonistes vivants dans différentes époques. La plupart des périodes connues par toute personne possédant un minimum de culture générale sont abordées, et comportent de nombreuses inspirations et références cinématographiques et littéraires, pour le plus grand plaisir des amoureux des petits détails. Les scénarios de ces chapitres, pas spécialement complexes dans leur ensemble et n’ayant aucun rapport les uns les autres, ne manquent pas de tenir en haleine grâce à une trame narrative agréable à suivre et des personnages drôles, attachants et surtout atypiques pour un RPG japonais.

On contrôle dans l’ordre de son choix un homme préhistorique, un ninja, un adolescent aux pouvoirs psychiques, un vieux maître de kung-fu, un lutteur, un cowboy et un robot. Pas de surabondance de pouvoirs magiques ou de charisme à ne plus savoir qu’en faire. Des personnages presque ordinaires dans des mondes tout aussi banals. Pourtant, c’est bien ce qui fait mouche. Il ne s’agira pas de sauver le monde entier, mais plutôt une ville, un groupe de personnes, son prochain, ou soi-même, et ceci durant une poignée d’heures pour chaque tranche de vie. A noter qu’un chapitre en particulier est très court, et ressemble d’avantage à un jeu de combat qu’à un RPG. Pas de quêtes annexes à se mettre sous la dent, la durée de vie du titre est donc au final relativement courte.

Cet aspect minimaliste et intimiste, si on peut parler ainsi, est fort plaisant et attirera à coup sûr ceux qui recherchent une histoire simple et sans longueurs, ou/et à ceux qui veulent se fendre d’une agréable pause après s’être tapé une centaine d’heures sur un RPG plus colossal. Et après tout, quel cahier des charges stipule que ce genre de jeu devait accaparer une grosse partie de la vie d’un joueur?

Live A Live adopte le bon vieux système de combat au tour par tour dans des espaces séparés de la phase d’exploration, avec quelques emprunts aux T-RPG. Selon les scénarios parcourus, les ennemis seront visibles sur le terrain, débarqueront de manière aléatoire, ou bien c’est l’histoire qui se chargera de les présenter au joueur. Le combat lancé, on déplace son personnage sur un vaste damier pour s’approcher ou s’éloigner de ses adversaires. Que l’on soit allié ou ennemi, chaque mouvement et attaque de base utilise un tour, et les compétences plus puissantes demandent un temps de cast plus ou moins long. Ajoutons à cela que ces mêmes skills ne sont utilisables que sur une zone bien délimitée et que certains peuvent changer la condition du terrain (pour remplacer le sol par de la lave, une matière empoisonnée, …) ou encore le statut d’un personnage. On obtient autant de variables à prendre en compte pour massacrer ses ennemis sans se faire soit même moudre sévèrement la tronche.

Ce système de combat hybride s’avère plutôt efficace et relativement dynamique malgré la présence dans certains scénarios de déséquilibres étranges entre le niveau du joueur et celui de ses adversaires. En résulte en comparaison avec les classiques du genre deux choix de game-design déroutants, pour peut être palier ce problème : les HPs sont rechargés à chaque fin de bataille et aucun MP n’est demandé pour lancer un coup spécial. Ce système réserve cependant une certaine place à la tactique et à quelques retournements de situations plus ou moins voulus. Pour précision, les bastons n’occupent pas une place écrasante dans le jeu. Disons qu’elles font partie intégrante de la narration. Bien sûr il est toujours mieux de taper tout se que l’on rencontre histoire de débloquer de nouvelles compétences et récupérer quelques objets pour éviter tout désagrément face aux puissants boss de fin de chapitre. La partie exploration du jeu ajoute quelques petites nouveautés au genre avec des phases d’infiltration à la Metal Gear, des séances de coaching, ou des moments rappelant subtilement les jeux de stratégie avec des NPCs à placer au bon endroit avec le bon équipement. Sans crier à la révolution, ces ajouts sont toujours les bienvenues.

Alors que durant la même année sortit le monumental Final Fantasy VI, Live A Live n’utilise que le moteur et le style graphique du cinquième épisode. En retard de quelques années et donc pas spécialement beau, il propose tout de même des décors fourmillant de petits détails et plutôt vivants, bien que peu nombreux. Le character-design de chaque chapitre est assuré par un unique mangaka : on retrouve d’ailleurs quelques noms connus comme Gosho Aoyama (Détective Conan) ou encore Ryōji Minagawa (Project ARMS). Au moment des combats, les personnages retrouvent leur « forme normale », plus dans l’air du temps, mais sont finalement peu animés. On a tout de même le droit à des effets assez imposants pour illustrer les coups spéciaux. La partie sonore est assurée quant à elle par Madame Yoko Shimomura herself, auteur (entre autres) des magnifiques compositions de Front Mission, Legend of Mana ou encore Parasite Eve. Celles de Live A Live sont à la auteur de sa réputation, avec des musiques bien écrites, entrainantes et parfaitement adaptées aux différentes époques. Avec l’aide de la petite panoplie d’effets sonores également bien fournie, la bande son participe activement à l’excellente ambiance que dégage le titre. On notera que chaque chapitre a son propre thème de combat, histoire de ne pas commettre d’anachronisme.

Que ceux qui ne maitrisent pas la langue de Bashō soient rassurés, car comme suggéré dans l’introduction, Live A Live n’est jamais sorti du Japon, et pourtant les images du présent article semblent prouver le contraire. C’est grâce au travail de la talentueuse team Aeon Genesis qui a traduit le jeu pour une compréhension plus Shakespearienne. Je ne serais trop vous rappeler que vous devez être en possession du jeu original afin de pouvoir profiter – dans une certaine légalité – de cette admirable traduction. Vous voilà prévenu.

Il ne voulait pas s’imposer comme le nouveau mastodonte du genre, il n’en avait pas la carrure, ni la volonté. Univers atypiques pour un jeu de rôle, personnages non-stéréotypés, réalisation graphique assez convaincante, partie musicale de grand standing, système de combat intéressant mais mal équilibré… Le tout donne un jeu assez marquant, qui plaira avant tout aux fans du genre peu regardants sur l’apparente simplicité du titre. Il aurait pu être plus long, plus beau, plus vaste, plus ambitieux… Mais peu importe, Live A Live reste un très bon jeu de rôle qui mérite un vif intérêt, et qui réserve quelques surprises – particulièrement pour le final – à ceux qui voudront partager, durant quelques heures, la vie un peu ordinaire de ses héros.

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