Utopiales 2019 : Les films en compétition

Utopiales 2019 : Les films en compétition

La compétition Internationale est l’attraction principale des Utopiales, aux côtés de la compétition court-métrages. Cette année, point de cinéma russe – en grande forme ces dernières années – mais deux films d’animation asiatiques et un film japonais, et deux films français, sur huit films en compétition. Au-delà le plaisir de voir la France et le Japon si bien représentés, il faut reconnaître la qualité de la diversité de la sélection, sa qualité, tout de même. Beaucoup de premières ou d’avant-premières, pour ces films qui débarqueront prochainement dans nos salles. L’occasion de voir ce qu’il nous attend…


Infection | Flavio Pedota

2019 | Venezuela – Mexique

À Caracas, un homme sous l’influence d’un médicament appelé Krokodil est infecté par le virus de la rage et déclenche une épidémie qui transforme les êtres humains en créatures agressives et cannibales. Au milieu de la panique, le Dr. Adam Vargas, obsédé par la nécessité de sauver son fils de la contamination, s’embarque dans un voyage hostile à travers un Venezuela dévasté.
Un film de zombies Mexicano-Vénézuélien pouvait laisser suggérer une production avec peu de moyens et une horreur un peu plus crade que d’habitude. Eh bien, après 1h35 de projection, il faut se rendre à l’évidence : pas du tout. Tout débute mal par la découverte de son héros, Adam Vargas, campé par l’acteur Rubén Guevara. Très beaux yeux. Il aurait été de bon ton d’offrir également un jeu d’acteur devant la caméra. Et puis tous les poncifs du film de zombies surviennent les uns après les autres : de petits groupes qui se séparent, les protagonistes qui tombent un par un, l’armée sûre d’elle mais débordée, les décisions idiotes prises même à tête reposée, il y a même un court passage “survivants planqués dans un hôtel” qui rappellera par ses plans un certain Dawn of the Dead et son mall. Et non, je ne vous raconterai pas si Adam retrouve son fils – en vacances chez les beaux-parents – mais son destin était tellement évident que c’en est triste. Infection se regarde non sans déplaisir, mais impossible d’être surpris, impossible de ressentir ne serait-ce que de l’empathie pour le héros et sa famille, impossible de s’impliquer un minimum. Nous restons spectateurs de ces scènes vues et revues des dizaines de fois. Tout cela pour une métaphore sur la crise des réfugiées au Vénézuela qui sort d’un coup en post-générique. OK.
La première séance du festival s’annonçait bien au départ, avec de premières minutes proposant une mise en scène pêchue et un peu crade et la pose d’un contexte plutôt percutant malgré un air de déjà vu. Puis post-générique, c’est un peu la déconfiture : si on aurait pu outrepasser le scénario un brin classique, on ne pourra jamais se faire au personnage principal de l’intrigue, joué par un acteur qui a visiblement été davantage choisi pour son physique de beau gosse aux yeux bleus que son jeu d’acteur, digne d’un nanar de troisième zone, qui atteint rapidement ses limites quand il faut exprimer une émotion crédible et proportionnée. Les seconds rôles sont nettement meilleurs, heureusement, même si, malgré que l’on soit dans un film de zombies, ils soient sèchement balancés hors de l’histoire par un simple changement de plan lors d’une attaque, pour assurément rendre quelque peu confuse la personne assise, et non vissée, soyons clairs, sur son siège. Outre la photographie pas terrible, le scénario prévisible se décode rapidement et l’analogie, qui se voulait de comparer la situation actuelle du Venezuela avec celle décrite dans le film avec l’épidémie résultant sur un pays coupé du monde, est légèrement tirée par les cheveux et aurait bien méritée d’être mieux amenée plutôt que d’être présentée à la fin de la pellicule avec l’incrustation d’images réelles. Du potentiel raté, donc.

Little Joe | Jessica Hausner

2019 | Autriche – Grande-Bretagne – Allemagne

Saviez-vous que les plantes réagissent aux bonnes ondes ? Alice, une phytogénéticienne, a mis au point une fleur qui en retour rendrait son propriétaire heureux et serein. Avant même les derniers tests, elle décide d’en offrir une à son fils Joe. Mais la plante, baptisée Little Joe, se révèle moins inoffensive qu’elle n’en a l’air…
Le pitch est prometteur. La présence d’une des scénaristes lors de la projection aux Utopiales nous stipulant que toutes les données scientifiques citées sont crédibles est rassurante. Les premières minutes du film sont intrigantes. Cet univers aseptisé, au jeu tout en retenue des acteurs, instaure une ambiance glaçante qui attend une montée en puissance, classique mais indispensable au récit pour nous embarquer. Malheureusement, malgré l’étonnant prix d’interprétation féminine décerné à Emily Beecham, dans ce même rôle de Alice, Little Joe est d’une étonnante platitude. Passé ce début troublant, le film ne raconte pour ainsi dire plus rien. Nous suivons les “cas” les uns après les autres. Les acteurs, peu marquants, n’entraînent aucune empathie, au mieux de l’indifférence, au pire de l’antipathie (mention spéciale à Stella). Seul le personnage de Bella (Kerry Fox) semble s’en sortir mieux que les autres, mais son statut de lanceuse d’alerte a pour logique effet de la situer en dehors de la trame d’Alice et son fils, Joe. A mon avis le personnage qui nécessitait le plus grand soin et qui n’a finalement que peu d’intérêt. Encore une fois, quel dommage. Pourtant, il semblerait que ce rythme à l’encéphalogramme plat cache, semble-t-il, un charme bien particulier puisqu’il lui a valu de remporter le grand prix du jury des Utopiales 2019. Incompréhensible.
La palme du film arty-prétentieux, si cher (?) aux festivaliers des Utopiales, aurait pu revenir à Little Joe, mais c’est finalement The Antenna qui a raflé le prix. Avec son rythme lent, Little Joe aurait pu en effet l’obtenir, mais le reste du film arrive à le remonter à un niveau acceptable, si ce n’est respectable, disons le même, à y repenser. Il y baigne en effet une ambiance proche de l’horrifique psychologique avec de des protagonistes au bord de l’effondrement psychique tant le gimmick du film – cette étrange plante qui rend les gens heureux – apporte discorde, doute et paranoïa sur les gens, un peu (mais d’assez loin) comme dans L’Invasion des profanateurs, ou cet autre film d’horreur des années 90, avec des parasites, que j’avais vu sur Canal + par hasard et dont j’ai oublié le nom (c’est peut-être juste du Body Snatchers de 1993…). Le rythme du film est donc lent, trop lent peut-être, mais offre une esthétique indéniablement réussie, froide, et accompagnée pour le fond sonore par de grinçantes musiques, pour le coup irritantes pour les oreilles à cause d’un réglage sonore très mal réglé du côté de la salle du festival. J’ajouterais une mention spéciale aux acteurs, dont ma compréhension du jeu semble être confirmée par d’autres rédacteurs, avec une Emily Beecham à la coupe au bol improbable, qui incarne une scientifique d’une naïveté déconcertante et une mère légèrement parano (à juste titre), ainsi qu’à Ben Whishaw, qui joue le rôle de son collègue plus ou moins manipulateur, ou manipulé, difficile à dire. En résumé, Little Joe est un film sympathique, certes non sans défauts, et à la lisibilité pas toujours interprétable, mais demeure peut-être celui avec le scénario le mieux travaillé et original du festival, du moins pour cette année.

The Antenna | Orçun Behram

2019 | Turquie

Mehmet, chargé de surveiller les appartements d’une cité en décrépitude, assiste au décès d’un technicien qui fait une chute vertigineuse alors qu’il est venu installer une antenne censée capter un nouveau programme. Rapidement, il découvre que la cause du décès pourrait être plus inattendue que l’on ne pourrait le penser.
he Antenna démarre lentement et instaure un climat d’horreur de manière très posée. La gradation est palpable. L’ambiance s’assombrit et le film n’a rien à envier à certains films de genre. Au contraire même. La présence de deux spectres de réalités rappellent un certain Silent Hill. Sous couvert d’une métaphore de la propagande organisée par le gouvernement turque, le réalisateur – dont il s’agit du premier long-métrage – se permet de nombreuses extravagances, piochant un petit peu dans le répertoire d’un David Lynch. Malheureusement, aussi bonnes soient les intentions, il faut reconnaître que The Antenna, avec son rythme en dent de scie en milieu de parcours et son héros sosie parfait de Stéphane Plaza, a du mal à convaincre. Son message, limpide et légitime, est trop appuyé et les péripéties finales insuffisamment rationnelles pour laisser son spectateur satisfait. Avec sa fin tout en métaphore, The Antenna se contente d’un goût de petite production ambitieuse mais gâchée à vouloir lorgner, en passant, sur du Cronenberg. Le jury des Utopiales a tout de même voulu saluer la performance en lui octroyant un prix spécial.
The Antenna est le parfait exemple d’un film qui met beaucoup, mais alors beaucoup trop de temps à poser son univers. Je n’ai personnellement rien contre la lenteur dans une œuvre, tant que les éléments distillés ne sont pas balancés de manière aléatoire et supposent d’être assez clair pour que ceux ou celles qui visionnent pourront reconstituer le puzzle. The Antenna, lui, passe près d’une heure et trente minutes à faire ça, avec de nombreux moments et de personnages sans grand intérêt, et passe enfin la seconde sur la dernière demi-heure du film dont l’aspect horrifique est particulièrement appréciable, avec pas mal de trouvailles et de plans sympas… Mais pourquoi ne pas avoir fait cela une heure plus tôt et en avoir profité pour étoffer tout ce background si potentiellement intéressant ? La thématique du film – le contrôle des masses – est ici quasiment inexploité, tout comme l’ambiance générale qui est mise en place tellement lentement qu’elle en devient ennuyeuse et agaçante. Il est aussi particulièrement difficile de s’attacher un tant soit peu aux personnages, que ça soit le héros, dont la ressemblance à Stéphane Plaza est troublante, ou aux personnages secondaires, trop nombreux vu le nombre de bascules, et qui font plus office de potiches que de véritables éléments clefs de l’intrigue vu que les situations ou dialogues où ils sont présents en même temps que le protagoniste de l’histoire résultent sur des trous scénaristiques plus jamais abordés dans le reste du film. L’édition 2019 a trouvé son équivalent de Perfect en 2018 et Black Hollow Cage en 2017 en en tout cas.

Le Serpent Blanc | Amp Wong

2019 | Chine

Métamorphosée en femme, Blanca, démon du Serpent blanc, devient amnésique. Avec l’aide de Xuan, par ailleurs chasseur de serpents, elle va tenter de retrouver la mémoire. Mais l’aventure se complique quand Blanca et Xuan tombent peu à peu amoureux l’un de l’autre…
Un film d’animation chinois s’est glissé dans la compétition. Et le moins que l’on puisse dire est, qu’en effet, la Chine n’a rien à envier aux occidentaux. Le Serpent Blanc est le premier film en couleur du cinéma chinois, le conte du serpent blanc fait partie des légendes les plus populaires du pays. Il est de nouveau adapté dans ce film d’animation de Amp Wong et Ji Zhao. Le moins que l’on puisse dire est l’équipe technique a réussi à produire un spectacle absolument somptueux. Du début à la fin, le film nous emmène dans une contrée reculée aux décors incroyables de douceur. Parfois un peu simple, il présente aussi bien les bons comme les mauvais côtés de ses héros, et allie histoire d’amour et fresque fantastique. Les combats sont superbement chorégraphiés et aboutissent à une fin gigantesque. Pas toujours très subtil ou original, Le Serpent Blanc réussit tout de même à nous embarquer pour ce voyage hors du temps et de la réalité.

Quelques années après The Arti et ses marionnettes, le cinéma d’animation chinois revient aux Utopiales, avec cette fois-ci, un passage à la troisième dimension pour une nouvelle adaptation d’un conte populaire du pays. Et c’est assurément une belle surprise ! L’histoire, mêlant fantastique, fraternité, complots et amourettes, s’avère particulièrement agréable à suivre, avec des personnages attachants, des moments parfois émouvants ou drôles, avec un soupçon d’action pour pousser tout ça. Que l’on s’y trompe pas : on a là toutes les ficelles classiques d’un film d’animation à l’américaine, adaptée pour tous les âges avec notamment la redondante troisième roue du duo de protagonistes, qui fait office de gimmick drôle, mais Le Serpent Blanc applique la recette à la lettre sans fausses notes et avec une mise en scène léchée et pêchue, sans parler d’une direction artistique, en particulier sur le monde « démoniaque », fort réussie. Sur le plus technique, là encore, rien à reprocher : c’est de la 3D bien foutue, avec des décors somptueux, colorés, animés, avec des personnages aux traits légèrement moins expressifs que les derniers Pixar ou Disney, mais ce n’est que du chipotage pour un film solide et tout à fait recommandable, et probablement un des rares de cette édition du festival.


Proxima | Alice Winocour

2019 | France – Allemagne

Sarah est une astronaute française qui s’apprête à quitter la Terre pour une mission d’un an sur l’ISS. Alors qu’elle suit l’entraînement rigoureux imposé aux astronautes, seule femme au milieu d’hommes, elle se prépare surtout à la séparation d’avec sa fille de huit ans.
Nous aimons bien voir nos astronautes comme des héros modernes. Le battage médiatique – mérité mais savamment orchestré – autour de Thomas Pesquet en est la preuve. Mais où sont les astronautes au féminin ? Il y en a peu. Et comment se déroulent les préparations avant les longs voyages spaciaux ? Proxima décide de répondre à ces deux interrogations avec l’aide d’un casting plutôt XL, puisque Matt Dillon donnera la réplique à Eva Green. Héroïne de l’aventure, Eva Green crève d’ailleurs l’écran. A la fois astronaute et mère de famille – comme tant d’autres astronautes comme nous le rappellent les crédits finaux – elle est tiraillée entre ces deux “casquettes” et tend, comme elle peut, à lier les deux. Réaliste, Proxima l’est autant que possible. La réalisatrice Alice Winocour, dont c’est le troisième long-métrage, a eu l’autorisation de tourner au beau milieu de Star City (en Russie), Baïkonour (au Kazakhstan) ou encore à l’agence internationale de Cologne (en Allemagne). En plus d’être épaulée par des professionnels du milieu spatial, Thomas Pesquet et Peggy Whitson, tous deux astronautes, ont apporté leur expertise sur le tournage, aussi bien derrière les caméras que devant. Le film présente les difficultés pour une femme d’exister dans ce milieu dominé par les hommes, en complément du déchirement occasionné entre une mère et son enfant. Proxima arrive à s’arrêter sur tous ces aspects, en y intégrant un “regard des autres” triste et crédible. Un très beau film qui sait allier son propos avec d’impressionnants moyens et un jeu d’acteur de qualité.
Fait plutôt rare aux Utopiales, et malgré son nom, Proxima ne se targue pas d’être un film de science-fiction, d’horreur ou de fantastique, mais bien dans le genre du dramatique pur et dur. Ici donc, pas question de voyages dans des contrées lointaines de l’espace, mais de la préparation à une « simple » mission sur l’ISS par notre héroïne, Sarah, incarnée par Eva Green. Le film se rapproche d’une docu-fiction, où les situations sont présentées de manière réaliste et permettent de constater ou de confirmer que le boulot d’astronaute est un boulot des plus difficiles, qui plus est quand on est une femme, et où le moindre vacillement, doute ou erreur, peut résulter sur un non départ. En plus des entraînements éreintants, les nombreux préparatifs à la mission, le sexisme non dissimulé et particulièrement agaçant d’un de ses collègues (incarné par Matt Dillon), notre héroïne devra aussi gérer sa vie de famille et la future séparation avec sa fille. Sans aller dans le tire-larmes, le film se veut émouvant et juste, en plus de montrer beaucoup de facettes du travail des femmes et hommes de l’espace, et se paye le luxe de proposer des lieux réels comme l’Agence spatiale européenne à Cologne ou la Cité des étoiles en Russie. Le rythme posé, drame oblige, n’empêche en rien d’apprécier cette belle surprise, jouée avec brio par une tripotée d’excellents acteurs dans une version multilingue où chacun donne la réplique dans différentes langues (et avec l’accent), ce qui est tout à fait appréciable, en plus d’être, pour le coup, et cela reste qu’un détail, réaliste, là encore. Une belle perle, en somme.

Signal 100 | Signal 100

2019 | Japon

Un groupe d’élèves du secondaire succombe au sort hypnotique d’un enseignant qui punit des comportements tels que le retard dans les cours ou l’utilisation du téléphone portable en les faisant se suicider. La seule façon de survivre à son incantation est de savoir exactement ce qui ne peut être fait. Les étudiants peuvent-ils rester ensemble assez longtemps pour trouver un moyen de rompre le sort ou la folie va-t-elle les retourner tous les uns contre les autres ?
Battle Royale a évidemment fait des émules, chaque oeuvre tentant de s’en éloigner un maximum tout en conservant le sel : obliger des jeunes à s’entretuer pour le bien de leur éducation et de la société. Signal 100 est l’adaptation d’un manga de 2015 où, justement, des jeunes doivent éviter 100 signaux. Si un signal est détecté par leur subconscient, ils se suicident. Pourquoi pas. Je n’ai pas lu le manga, donc aucune comparaison ici. Et le film est à prendre comme un divertissement d’une heure et demie, sans trop de prise de tête, joué “à la japonaise”. Les étudiants sont dans leur stéréotype et les émotions sont pour la plupart surjouées. L’attrait du film devient vite de savoir quels sont les signaux et donc comment les jeunes vont se suicider. Signal 100 se veut plutôt démonstratif et n’hésite pas à proposer plusieurs morts en gros plan et n’est pas avare en hémoglobine. Le film donne un goût de déjà vu assez décevant mais, il faut l’avouer, un peu attendu. Battle Royale règne toujours en maître sur la discipline, Kitano avait aussi bien plus de prestance que Shidô Nakamura (pourtant pas mauvais acteur, mais finalement pas à sa place ici). Signal 100 est un petit jeu de massacre, que l’on regarde avec un plaisir coupable mais qui est aussi vite vu qu’oublié.
Vu mon adoration pour les adaptations « live » de mangas populaires, qui est pour moi autant le même genre d’inepties que les derniers films de Disney, c’est un peu à contre cœur que j’ai accompagné Vidok à cette séance. Mais bon, avec une pluie battante dehors, cela vaut peut-être le coup de perdre quelques minutes au chaud, à l’intérieur. Il faut dire aussi qu’avec Signal 100, la perspective de visionner un énième ersatz de Battle Royale ne m’enchantait guère, mais au moins, le risque d’avoir un poulpe jaune en 3D mal modélisé était quasiment nul. Je dois bien avouer qu’en prenant le film avec un degré extrême de pincettes, en partant du principe que le manga originel ne se voulait pas d’être sérieux (ce qui est peut-être faux, ne l’ayant pas personnellement lu) et que j’allais avoir de toute manière du surjeu, j’ai globalement apprécié l’expérience. Malgré une bande-annonce qui se voulait dans le ton de l’horrifique, et avec un concept proche d’un crossover entre Ring et Battle Royale, le film se place très rapidement dans le grotesque particulièrement drôle, avec des acteurs qui se donnent trop à fond et surréagissent à des situations qui se résument à un festival burlesque de fontaines de sang, de violence gratuite et de morts ridicules et totalement aléatoires. Donc oui, on rigole pas mal avec Signal 100 , si bien que les moments « tragiques » ont bien du mal à être crédibles malgré les thématiques abordées. On ressort du film en ce demandant donc si tout cela se voulait d’être sérieux ou pas, si bien qu’on pourrait croire à un nanar à la réalisation assumée. Pour ceux qui ont lu le manga et qui sont au courant du ton de ce dernier, à vous de voir s’il faudra fuir ou non, donc…

OH HI MARK !

The Room | Christian Volckman

2019 | France – Luxembourg – Belgique

Kate et Matt, un couple de trentenaires, emménagent dans une grande maison à la campagne. Lors des travaux, ils découvrent une pièce particulière qui semble exaucer leurs vœux. Mais ce qui semble un cadeau et une chance pourrait bien entraîner le couple dans une spirale cauchemardesque.
Un film fantastique français ? Ce n’est finalement pas si courant. The Room, sous ses allures de petite production anglosaxonne, est en fait franco-belgo-luxembourgeois. Très peu d’effets spéciaux, pour ainsi dire qu’un seul lieu et quatre acteurs, The Room réussit avec bien peu de choses à nous passionner. Le mot est lâché : réussi. La mystérieuse chambre qui réalise tous les souhaits est découverte très tôt, ce qui permet au film d’explorer ses capacités et surtout d’accroître le suspens sur les événements qui se dérouleront ensuite. Car, évidemment, le bonheur amené par cette chambre au jeune couple d’acteurs – tenant tout le film à eux seuls, incarnés par Marianne Bourg et Kevin Janssens – ne sera que bien éphémère. Evidemment. Impossible de discuter sur l’excellente ambiance qui, peu à peu, met mal à l’aise à la fois les protagonistes et le spectateur sans trop en dévoiler. Nous noterons toutefois ce huis-clos bien pensé, ce duo d’acteurs excellent, un rythme parfait et une fin pas si attendue. A noter quelques fulgurances lors des scènes finales. Joliment réalisé – par Christian Volckman, le papa de Renaissance – The Room, sous ses couverts de film fantastique bien classique, s’offre le luxe de surprendre. Une bien jolie découverte.

Weathering With You – Les Enfants du Temps | Makoto Shinkai

2019 | Japon

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina…
Attention, le nouveau Makoto Shinkaï est arrivé. Après le succès planétaire Your Name, il est évident que le réalisateur est plus qu’attendu au tournant. Il reprend d’ailleurs pas mal la recette de Your Name puisque Les Enfants du Temps présente la relation entre deux adolescents. Hodaka a fugué et a chopé un petit boulot en tant que rédacteur d’articles sur des événements surnaturels. L’un de ses sujets est la “fille soleil”, une jeune fille qui serait capable d’apporter le soleil les jours de pluie. Cette jeune fille, c’est Hina. A grand pouvoir, grande responsabilité ?

Le film de Shinkai tord le cou à l’adage Marvel et présente un film absolument superbe à la fin pleine de sens. Superbe, il l’est par les sentiments toujours très présents et pertinents, et la simplicité de certaines scènes risquent de retourner les plus velu(e)s d’entre nous. Il se permet toutefois une progression plus fluide et plus accessible. Superbe, car, une fois encore, telle une marque de fabrique, les décors sont incroyables. Le thème central, l’eau, une fois encore (bis), est traité de façon précise. Que ce soit les couleurs, l’animation ou les effets de transparence, tout est fait pour rendre hommage à l’élément – on se souvient tout particulièrement de The Garden of Words qui offrait un souci du détail similaire. L’ensemble est sublimé par la bande son de nouveau signée Radwimps. Sans atteindre l’excellence d’un “Sparkle” les thèmes chantés de Tenki no Ko rivalisent sans souci, tels que “Is There Still Anything That Love Can Do?” ou “Celebration”. L’impact des scènes clés est systématiquement décuplé grâce à cette incroyable bande son. Un modèle en la matière.

Mais c’est un tout : Les enfants du Temps rend une copie irréprochable. Les connaisseurs de Your Name émettront, éventuellement, la réserve d’un sentiment de déjà vu, certaines ficelles reviennent. Difficile d’en vouloir au réalisateur, l’effet de surprise n’est plus là, peut-être, mais l’excellence du récit reste.


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