Utopiales 2019 : Les courts-métrages coups de cœur

Utopiales 2019 : Les courts-métrages coups de cœur

Tous les ans très attendues, les multiples sessions de courts-métrages, variant de quatre à cinq, sont l’occasion de découvrir des films soit passés sous les radars, soit qui allaient le faire. Sans compter les organisateurs tentent d’équilibrer, avec de la romance, du trash, du dessin animé, de l’humour, il y en a pour tous les goûts et ce à chaque séance. Même si, faute d’ubiquité, il ne nous a été possible de ne voir que deux séances sur quatre, nous comptons vous offrir notre point de vue et nos coups de cœur.

Session 1

  • M52 (*)
    Yves Paradis
    Allemagne – 2019
  • Somnium
    Mayed Al Qasimi
    Grande-Bretagne – 2019

Session 2

  • Synthia
    Maria Hinterkoerner
    Autriche – 2018
  • 400 mph
    P-E. Dannaud, J. Chaix, L. Desserre, A. Lefort, N. Pianeti, Q. Tireloque
    France – 2019
  • Insemnopedy I : The Dream of Victor F.
    Faye Formisano
    France – 2019
  • Proxy
    Sam Van Zoest
    Grande-Bretagne – 2018
  • Leuki
    Julien Leconte
    France – 2019
  • El Agua
    Andrea Dargenio
    Espagne – 2019
  • Blood Metal Revenge
    Ernest Desumbila
    Espagne – 2019

Session 3

  • The Dark Age
    Jonah Schwartz
    États-Unis – 2018
  • The Last Dance
    Chris Keller
    Grande-Bretagne – 2018
  • CC
    Spear Sisters
    Canada – 2018
  • Space Between Stars
    Samuel W. Bradley
    Canada – 2018
  • Flotando
    Frankie de Leonardis
    Espagne – 2018
  • Floreana
    Louis Morton
    Danemark – 2018
  • Breathe !
    Max Breuer & Matthias Kreter
    Allemagne – 2018
  • La Noria
    Carlos Baena
    Espagne – 2018

Session 4

  • Apex
    Stuart T. Birchall
    États-Unis – 2018
  • The Third Hand
    Yonatan Weisberg
    Grande-Bretagne – 2019
  • Sevinç Vesaire
    Kurtcebe Turgul
    Turquie – 2018
  • Please speak continuously and describe your experiences as they come to you
    Brandon Cronenberg
    Canada – 2019
  • Storm
    Will Kindrick
    États-Unis – 2019
  • Diddie Wa Diddie
    Joshua Erkman
    États-Unis – 2018
  • La mer des sargasses n°21/164 : « L’invention de la Mer »
    Jean-Christophe Sanchez
    France – 2019
  • Slice of Life
    Luka Hrgovic & Dino Julius
    Croatie – 2019

(Cliquez le titre pour avoir accès à son trailer… Ou des infos…) – (*) indique que le visionnage complet du court est disponible (au moment de la publication de l’article en tout cas).


SESSION 1

Si sur le moment cette première session m’a peu emballé, avec le recul, je dois reconnaître que certains courts-métrages valaient le détour. A commencer par Unregistered. Malgré un jeu d’acteur aux fraises, cette histoire d’amour impossible dans un monde aussi contrôlé était plutôt original, avec un twist plutôt bien trouvé. Perfectly Natural touchera tout particulièrement les parents : et si nous connectons nos bébés à une machine pour les éduquer à notre place ? Même si le court-métrage ne s’arrête pas sur les questions de logique – qui change le bébé – le film nous dévoile une invention pas si futuriste. Très intéressant ! Le chouchou du public, Windershins faisait aussi partie de cette sélection. Ce dessin animé de onze minutes nous présente les déboires d’un homme dont la vie est entièrement automatisée. Sa rencontre avec une femme ne respectant visiblement pas les règles va bouleverser cet équilibre. Fort d’un message lui aussi intéressant, le court-métrage a su faire l’unanimité grâce à son humour. Il s’agit certainement du meilleur de cette première session, avec Unregistered. Somnium était peu clair, Existence l’était tout autant, tandis que M52 nous confirme qu’il ne faut pas qu’une direction artistique sympa, il faut aussi du contenu – sa particularité est d’avoir été improvisé au fil des dessins. Ah si, il y avait aussi Snowflakes, aussi mal joué qu’il était peu cohérent. Non merci. Au sortir de la salle, mon cœur s’est tourné vers Perfectly Natural. Il s’agit de science-fiction, mais nous n’avons jamais été aussi proche qu’elle devienne réalité. Malgré les trous dans la raquette, le propos a su m’atteindre, en 14 minutes. Belle réussite.
Il semble y avoir une sorte de pattern entre la qualité générale de la programmation cinématographique des Utopiales et la première session de courts-métrages, traditionnellement projeté après la traditionnelle conférence d’ouverture. Première session de courts donc, avec une sélection particulièrement alléchante et globalement convaincante. On retiendra, pour leurs scénarios de pure science fiction dystopiques, les assez déroutants Unregistered et Perfectly Natural, qui montrent différentes dérives technologiques et sociétales, certes un peu extrêmes mais dont il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec des faits d’aujourd’hui, quant à eux bien réels. Perfectly Natural est d’ailleurs un titre bien choisi tant les protagonistes sont présentés comme de candides idiots. Snowflakes, lui, aborde des d’événements d’aujourd’hui mais dans une approche allant plus vers le fantastique et le spirituel, peut être pas assez creusée il faut dire, mais avec des acteurs impliqués. Globalement moins percutant, Somnium proposait une réalisation excellente et un scénario plus proche d’un space-opera tout à fait adapté au court, tandis qu’Existence ?, se trouve être le loupé de l’ensemble, avec un rythme plan plan et très peu d’intrigue à se mettre sous la dent. Viennent enfin Widdershins et M52, deux films d’animation : pour le premier, gagnant du festival, je n’ai personnellement pas été convaincu par la direction artistique et le style de la 3D utilisée, mais il s’avérait assez drôle et bien pensé. M52, lui, m’a bien plus subjugué par sa patte graphique, faite de formes géométriques et de couleurs bien opposées, par ses musiques planantes, et par son histoire sans queue ni tête, qui, de l’aveu de son réalisateur, a été montée au fur et à mesure. On peut y voir une pirouette visant à justifier un récit décousu, mais allez, pourquoi pas ! C’est en tout cas celui qui m’aura le plus marqué durant ces deux sessions de courts.

SESSION 2

Cette seconde session m’a paru plus équilibrée que la première et surtout elle m’a bien plus intéressé. Le choix du coup de cœur a été plus compliqué. Car dès la première projection, Synthia, le niveau était présent. En soi, le pitch est attendu, la fin l’est tout autant mais, finalement, cette inexorable progression n’est-elle pas, elle aussi, une anticipation de ce qui va se passer ? Synthia, malgré sa jolie plastique et ses profonds yeux bleus, est glaçante. L’histoire de Proxy est dans la même veine que celle de Synthia à savoir la science a fait une telle avancée qu’il est possible de créer un clone de l’être décédé ou disparu, avec les mêmes souvenirs, afin de continuer à vivre à ses côtés. Souci : quand l’être dans le coma, considéré comme mort, en sort finalement. Proxy amène une question intéressante : qui doit vivre ? Qui doit disposer de la “place” ? Très intéressant. A l’inverse de ces deux courts-métrages, Leuki, un court-métrage français de 2019, donne réellement le sourire. Un peu moins de 5 minutes, où l’étrange langage de Papeï – mix d’interjections et de français – est un bonheur. Pas forcément une perle, pas réellement de question métaphysique, mais un bon moment évident. Je ne m’arrêterai pas sur 400MPH – peu d’intérêt – Insemnopedy 1 : The Dream of Victor F. – les 23 minutes où j’ai fini par écrire ma liste de courses – et L’eau – au propos fort mais ennuyeux, bien que Grand Prix du Jury… Finalement, la belle surprise de cette sélection a été Blood Metal Revenge. Blood Metal Revenge est violent. L’hémoglobine coule à flot et des êtres sont démembrés, défigurés et tout simplement assassinés. Le film oublie tout superflu pour se concentrer sur la progression de son histoire de revanche, en plusieurs actes (26 minutes au compteur) chacun ponctué par un dessin animé en rouge et noir du meilleur effet. La quête de vengeance de Travis est simple et la mise en scène jouissive, par la puissance et la lisibilité des scènes. Étrangement, la tête d’affiche, Andrea Tivadar, n’est que secondaire, tant Marc Prats et Casper Van Dien explosent à l’écran. Casper Van Dien devrait rappeler de beaux souvenirs à certains puisqu’il occupait le rôle principal de Starship Troopers ou encore celui de Brom Bones dans Sleepy Hollow. Dernièrement, il était présent au casting d’Agents of Shield. Il vous parlera forcément, et il est parfait dans son rôle d’impulsif mégalomane. Quel bon moment passé devant Blood Metal Revenge.
De la science-fiction dystopique, du film d’animation d’étudiants, un court particulièrement chiant et prétentieux… Ça y est, on est dans le cœur du sujet ! Cette seconde session, disons le quand même, s’avérait d’une qualité globale très bonne. Parmi les trucs sympathiques, Synthia surfait sur la dystopie rigolote avec un robot au design des plus flippants (donc pas trop crédible), 400 mph, réalisé à l’école Rubika, était plutôt bien réalisé, tandis que Leuki, autre film d’animation, s’avérait des plus drôles. Tout cela était bloqué entre Proxy, sans doute le plus glaçant du lot, avec une histoire bien écrite et des acteurs convaincants, et Insemnopedy I : The Dream of Victor F., pour lequel j’ai failli m’endormir une ou deux fois tellement c’était long, mais long… Mais au moins, une fois le supplice passé, c’était beaucoup, mais alors beaucoup mieux. Entre Blood Metal Revenge, sorte d’histoire de vengeance à la Mad Max, sur fond de synthwave et dont l’utilisation de plusieurs procédés graphiques (film live, animation 2D) s’avérait percutante, et El Agua, comédie très drôle sur un pauvre gus qui se retrouve dans un monde sans la moindre goutte d’eau, et qu’il n’y a que lui que ça choque, difficile de trancher. Après mure réflexion, et à l’écriture de ces lignes, j’aurais tendance à dire que El Agua s’avérait bien plus original, absurde et intelligent dans son message, que Blood Metal Revenge, bien plus prévisible et trop ancré dans la culture pop d’aujourd’hui. Mais ces deux là, ainsi que Proxy, sont assurément à voir.

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