Room 237
Appréciation 3

Room 237, c’est du fan-service de Kubrick de par les différentes pioches et parallèles dans la filmographie du monsieur, sans en être véritablement. De la même manière que son sujet, The Shining, la frontière entre fiction et réalité est extrêmement mince et véritablement difficile à cerner tant toutes théories, éclairées comme fumeuses, sont exposées sur le même ton par des protagonistes semblant forts convaincus de leur exposé. Par contre, on n’en dira pas de même du spectateur qui aura de quoi rester pantois à la sortie de la salle tant ça vient piocher dans tous les râteliers, un détail pas si con en soi se retrouvant vite gobé par un argument véritablement difficile à avaler et digérer

Résumé 3.0 Correct

Room 237

Room-237_Affiche

On ne pourra pas le nier : The Shining, le roman de Stephen King revu à la sauce Stanley Kubrick pour le grand écran, aura fait couler beaucoup d’encre. Que ce soit à sa sortie en 1980 ou même encore maintenant, l’œuvre fascine autant qu’elle dégoûte. Parce que même si le film a réussi à se hisser comme un solide monument du cinéma d’horreur, il ne faut pas oublier qu’il existait et existe encore de fiers détracteurs qui diront à qui veut l’entendre que The Shining est sans équivoque le bébé le plus faible de la filmographie de Kubrick. Et du côté diamétralement opposé, on peut compter sur de solides partisans fanatiques. Autant dire que ces derniers l’ont bouffé, rebouffé et ratabouffé de la même manière qu’un Belge s’engloutirait une assiette de frites. En même temps, on ne leur donnera pas tort, quiconque ayant vu la bestiasse pourra témoigner du sentiment de mystère qui s’en dégage. Le genre typique de film où l’on se pose moult questions lors du déroulement du générique de fin, mêlé à une vilaine sensation qu’il n’a pas dévoilé tout ce qu’il voulait dire. Ou plutôt qu’on n’avait pas forcément vu tout ce qu’il voulait dévoiler. Avec un tel support, il est facile de tomber dans le syndrome de la fascination malsaine. C’est justement autour d’interprétations de gens touchés de ce syndrome que s’articule Room 237, documentaire réalisé par Rodney Aschner où il laisse la parole à quelques personnes ayant la fantaisie de croire qu’ils ont réussi à décrypter The Shining.

La fantaisie… Parler d’insolence serait peut-être plus adapté dans ce cas précis. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le ton des uns et des autres se veut on ne peut plus impétueux, pour ne pas dire pédant. En effet, les différents contributeurs se plaisent à étayer leurs théories comme s’il s’agissait d’une vérité indiscutable, LA vérité qu’ils auraient extirpé de son géniteur agonisant passé dans un délire loquace troublant sur son lit de mort. Bien sûr, ce n’est clairement pas le cas, ces hommes et femmes n’ont aucunement passé le géniteur sous sérum de vérité pour recueillir ses confessions, il y a même fortement à parier qu’ils n’ont eu aucun contact autre que celui de visionner ses travaux. Avec le recul, il faut bien avouer que cette façon présomptueuse de présenter ce qui ne sont que de vulgaires fantasmes de fan est assez agaçante et ce, même si ce sentiment n’intervient pas de manière gênante lorsqu’on découvre le documentaire.

Sur nos sièges, nous sommes bien plus occupés dans nos têtes à faire le tri parmi toutes les théories déblatérées. Car si je parlais précédemment de « fantaisie » et de « fantasmes », ce n’était nullement par hasard. Force est de constater que quelques conclusions peuvent paraître saugrenues, improbables et carrément tirées par les cheveux. Par chance, d’autres semblent beaucoup plus terre-à-terre et plausibles, argumentées avec de vraies preuves en images, amenant à une interprétation on ne peut plus intéressante, autant agréable à suivre qu’à adopter en tant qu’acquis tant c’est rudement bien mené.

De ce dernier cas de figure, on retiendra surtout la théorie que Kubrick aurait développé à travers The Shining un procès contre l’humanité en prenant comme appui la colonisation américaine menée par les Européens et le massacre des Indiens (d’Amérique il en va sans dire) qui en a découlé. Même si dit comme ça, de but en blanc, cela peut paraître exagéré, force est de reconnaître qu’avec tous les divers petits détails mis en avant pour argumenter le propos, on ne peut que se laisser séduire par l’hypothèse tant cela semble étrange que tant d’éléments pouvant converger vers cette thèse se soient retrouvés là par le biais de simples coïncidences.

On n’en dira pas autant de la continuité de cette théorie incluant le nazisme. Autant les preuves pour le premier cas de figure étaient on ne peut plus concrètes, autant le concept de numérologie où l’on prend un chiffre apparaissant à un passage donné pour en reprendre un autre figurant à l’écran une heure plus tard afin de les utiliser dans un calcul tordu pour obtenir le nombre 42 est une pilule bien plus difficile à avaler. On se retrouve plutôt dans le cas de figure où l’intervenant a décidé de lui-même quelle pouvait être une théorie possible et n’a pas eu d’autre choix que d’emprunter les chemins les plus abracadabrantesques et moribonds pour y parvenir. Et avoir le culot de faire passer ça – comme dit plus haut – comme une vérité générale indiscutable, cela va sans dire. Être fan est un fait, faire un effort de réflexion en est une autre, encore faut-il ne pas dépasser les limites.

Et dépasser les limites, voilà ce que Room 237 se plaît à faire de tout son long. On débute par quelque chose de plausible, pour partir vers des terres de plus en plus gonflées et osées jusqu’à finir par arriver au point où les intervenants perdent eux-mêmes le fil de leur argumentaire, l’exemple le plus probant étant sans nul doute l’étude de l’architecture de l’hôtel où se déroule les événements du film étudié. En plus de se perdre, l’intérêt de la chose se révèle affligeante d’inutilité tant on se demande encore quelle peut être la conclusion réelle qui découle de ce « petit » exposé ennuyeux et incompréhensible. A part apprendre qu’il n’y a aucune logique architecturale et qu’une telle disposition ne peut exister, on n’apprend finalement rien de plus alors qu’il aurait été plus décent d’arriver à une conclusion plus concrète s’appuyant sur un « Pourquoi ? » au lieu d’un « De quelle manière ? ».

A dire vrai, on se demande même si Rodney Aschner, le réalisateur de Room 237, n’a pas eu clairement conscience de tout ceci lui-même avant même de se dire qu’il fallait tout réunir afin d’en faire un documentaire. Il se plaît en effet dans la construction générale à brouiller les pistes afin d’être véritablement borderline avec le documentaire informatif et la fiction pure et dure présentée sous forme de documentaire. Les différentes théories s’entremêlent entre elles et ne se suivent pas les unes après les autres comme on pourrait s’y attendre, en résulte une obligation pour le spectateur de regarder l’intégralité du documentaire alors qu’il ne pourrait être intéressé que par une ou deux trames développées. Et entre plausible et saugrenu, on finit par voir notre esprit embrouillé à se demander où peut bien être la limite de la réalité, chose assez admirable tant ce sentiment précis, on le ressent lorsque l’on regarde l’œuvre de Kubrick de bout en bout. Un parallèle frappant qu’on perçoit comme un hommage à The Shining. Une façon de dire qu’Aschner est certainement aussi fanatique du sujet qu’il a choisi quand bien même il ne fait pas partie des intervenants. Il appose par contre une dévotion commune à ses « acteurs » de façon indirecte en utilisant les armes que son rôle lui permet avec les limites qui lui sont imposées.

De ce qui rend Room 237 plus fictionnel que réaliste, on peut compter sur le gros du morceau le composant, à savoir la théorie du complot. Théorie pas spécialement nouvelle puisque cette fameuse histoire que la NASA aurait demandé à Kubrick de réaliser des prises factices du fameux « petit pas pour l’homme, grand pas pour l’humanité » a déjà fait le tour de la Terre même si la véracité de la chose n’a jamais été prouvé. Quel rapport avec The Shining me direz-vous ? Eh bien, selon quelques contributeurs de Room 237, le film de 1980 serait en réalité une confession implicite de Kubrick quant à son implication à cette théorie du complot. Toute cette partie peu avare en détails n’est peut-être pas la plus saugrenue, mais reste au final difficile à avaler. Par contre, on avouera qu’on se retrouve là devant un beau conte de fée présenté sous forme de témoignage, agréable et intéressant à suivre lorsqu’on la découvre. Les fois d’après, on se dira très certainement qu’au contraire, les blagues les plus courtes sont les meilleures et ô grand dieu, Maurice, arrête de pousser le bouchon trop loin.

Ces deux dernières phrases résument à elles toutes seules la globalité du documentaire. Ce dernier jouit d’une découverte agréable, on le suit sans trop de difficultés. Évidemment, on se dit à la fin de la séance que certaines choses nous restent en travers de la gorge tant c’est tiré par les cheveux mais on ne ressort pas de la salle avec amertume. Après tout, on a vu un truc construit de façon assez atypique mais ayant l’avantage non-négligeable de ne pas ennuyer comme l’aurait sans doute fait une disposition psychorigide où chaque théorie aurait été présentées entièrement les unes après les autres. Les différentes images provenant des films de Kubrick, The Shining bien entendu mais pas que étant donné que divers parallèles ont été fait avec les autres films du réalisateur (2001 : L’Odyssée De L’Espace, Orange Mécanique, Full Metal Jacket ou Eyes Wide Shut entre autres) font toujours plaisir à voir, d’autant plus lorsqu’on est partisan des œuvres de ce dernier. Par contre, « l’après-sortie » fait bien plus mal sur l’avis qu’on peut avoir du travail de Rodney Aschner. Plus on y réfléchit après coup, plus le recul fait son effet et plus on en vient à être fortement dérangé du ton global, ainsi que du contenu. On a beau avoir une ou deux interprétations plausibles, représentant peut-être moins d’un quart du tout, les trois autres gros quarts restants n’arrivent pas à passer. Pire, le côté, grosse tête – ou grosses chevilles selon le goût de chacun, même si au final le résultat reste le même car il est clair que les participants ne peuvent plus passer une porte – fait que, définitivement, la pilule ne passe pas du tout dans l’estomac. Ce qui est resté en travers de la gorge à la sortie de la salle a été recraché à grands coups de doigts dans la gorge au lieu du saint passage au travers du tube digestif. Malgré tout, les amateurs de The Shining – les plus curieux ayant toujours été touchés de fascination sur l’aura de mystère entourant ce grand film en particulier – se doivent de le voir au moins une fois dans leur vie, ne serait-ce pour éviter de mourir con et se faire leur propre opinion dans l’espoir qu’ils trouvent en ce Room 237 de quoi alimenter leur moulin en terme d’interprétations sur ce grand classique de Stanley Kubrick.

 

Il est vrai que Room 237 était un documentaire que j’attendais de voir avec une grande impatience, quitte à en avoir saoulé beaucoup (si si, mais j’assume). En effet, une pellicule qui décortique un de mes films préférés, à savoir The Shining de Maître Stanley Kubrick, cela de quoi susciter l’intérêt. Après visionnage, on se rend compte que Room 237 est finalement un habile mélange entre documentaire et fiction, les différents intervenants nous exposant de subtiles anomalies et certains éléments présents dans les plans du mythique film horrifique et nous en expliquant leurs différentes significations. De la simple métaphore visuelle appuyant l’évolution des principaux personnages du film, aux messages qu’aurait caché le réalisateur vis à vis d’un faux alunissage d’Apollo 11 ou encore des atrocités perpétrées par l’humanité, il n’y a qu’un pas. Évidemment, beaucoup de ces théories – du complot – paraissent totalement fumeuses et ne manqueront pas de faire rire, mais certaines d’entre elles font tout de même réfléchir. Après tout, pourquoi pas? Mais le but de Room 237 n’est-il pas simplement de stimuler nos neurones et de nous montrer que derrière chaque bobine, il peut se cacher quelque chose d’insoupçonné? Un message? Un code? Une bonne blague? La question reste entière.
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