Fantastic Mr. Fox

Fantastic Mr. Fox

Après nous avoir emmené dans un dépaysant voyage A bord du Darjeeling Limited et convié à la découverte du tumultueux monde de La Vie Aquatique, Wes Anderson, réalisateur plus ou moins apprécié par les cinéphiles, s’est attaqué pour son dernier projet à un classique de la littérature enfantine, à savoir Fantastique Maître Renard de Roald Dahl (James et la grosse pêche, Charlie et la Chocolaterie, et tant d’autres) dans un film d’animation qui, comme nous allons le voir, fonctionne au poil.

Survolons pour commencer le scénario du film : Mr. Fox avait bien promis à sa fiancée renarde qu’il mènerait une vie plus calme, loin des chapardages de poules et autres mets comestibles. C’était sans compter que son instinct, revenu au grand galop, le poussa à faire un dernier casse du siècle avant de se ranger définitivement. Sa cible? Les fermes des trois plus gros producteurs du coin. Mais ces derniers ne se laisseront pas faire, loin de là. L’histoire, bien agréable à suivre et surtout adaptée pour les enfants, est propulsée à merveille par des dialogues savoureux, sur-réalistes, mais surtout bourrés d’humour fin, ce qui ne déplaira pas aux adultes!

Autant l’avouer : nous sommes aujourd’hui submergés par des films d’animation en trois dimensions (avec ou sans lunettes) et l’arrivée de Fantastic Mr. Fox casse avec audace la routine numérique. Wes Anderson, qui n’aime pas vraiment faire comme tout le monde, a en effet choisi de réaliser son film à l’ancienne, en l’occurrence en stop-motion, avec des marionnettes d’animaux anthropomorphes. Hommage non dissimulé au Roman de Renard de Ladislas Starevitch? C’est en effet un des premiers longs métrages du genre, produit en…1930, et il comporte un bestiaire quasi-similaire. C’est en tout cas un plaisir non dissimulé de retrouver un tel procédé, d’apparence et de production bien plus artisanale que la 3D, superbe mais peut-être trop parfaite. Les petits défauts d’animation, les explosions en mousse… Cela faisait longtemps! D’autant plus qu’en haute définition le résultat est magnifique. Par ailleurs, l’ensemble du film est régit par un très grand sens de l’esthétique. Il semble en effet régner une mathématique implacable, qui interpelle dès le premier visionnage, et qui ne s’apparente pourtant pas à une limitation liée au stop-motion : une caméra fixe parfaitement parallèle aux murs, qui ne s’autorise de temps à autres que des travellings parfaitement rectilignes, et des décors à la symétrique et à l’occupation d’espace maladive. Le tout est appuyé par des couleurs résolument automnales, avec une prédominance des tons orangés, qui donnent un cachet très années 70 avec une tendance sépia du plus bel effet.

Wes Anderson s’est entouré d’un casting vocal de très très grand standing pour sa version originale: George Clooney, terrible en Mr. Fox, donne la réplique à Meryl Streep et aux acteurs complices du réalisateur, comme Bill Murray, Owen Wilson, Willem Dafoe… La liste est longue. La version française, qui manque d’une certaine classe à l’américaine, ne peut vraiment pas rivaliser, malgré les efforts de Mathieu Amalric, Isabelle Huppert, ou encore Alexis Tomassian (Fry dans Futurama, JD dans Scrubs). La bande originale du film n’est pas en reste, loin de là. Le film s’offre une bonne lichette de compositions originales orchestrées par Alexandre Desplat (déjà entendu dans The Queen, et dans un certain nombre de films de Jacques Audiard). Minimalistes et enfantines, avec parfois un petit côté western-spaghetti, elles sont séparées par une sélection avisée de musiques catégoriquement rétro (années 50 à 70), remplies de clins d’œils au cinéma d’antan. Outre les cultes Rolling Stones et Beach Boys, les plus avertis remarqueront – parmi tant d’autres – des hommages aux œuvres de François Truffaut ou au Robin des Bois de Disney avec la chanson « Love », bien dissimulée en fond sonore.

Fantastic Mr. Fox, grand gagnant du festival d’Annecy 2010? C’est amplement mérité. La dernière création de Wes Anderson est un « Fantastic » petit bijou, étrange et sur-réaliste, qui brille au travers d’une réalisation soignée, loin d’être obsolète et très géométrique, des dialogues savoureux et une bande son bourrée d’hommages au septième art. A savourer en version originale, of course.

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