Utopiales 2017 : Les retrospectives

Utopiales 2017 : Les retrospectives

Les Utopiales, avec ses nombreuses salles de projection, sont toujours l’occasion de découvrir, ou de redécouvrir, des films d’antan avec tout le confort et le plaisir que peut apporter un grand écran et une installation sonore digne de ce nom. Cette année encore, les organisateurs ont assuré le coup et proposé bon nombre de pépites et autres trouvailles que nous nous sommes empressés d’aller visionner. Et sur cinq jours, il y avait vraiment de quoi faire.


Alice au Pays des Merveilles de Marc Maurette
France, 1949, 83’, VF

Cette adaptation serait l’une des plus fidèles au roman, une satire à peine voilée de l’Angleterre du XIXe siècle, dans laquelle on peut reconnaître la reine Victoria, le prince Albert, le chancelier d’Oxford, le doyen de Christ Church College à Oxford ou Lewis Carroll lui-même dans le rôle du valet de cœur.

AVIS DE MIZAKIDO :

Pour une de leurs premières rétrospectives, les Utopiales ont choisi de diffuser la version de 1949 d’Alice au pays des merveilles, une réalisation franco-anglaise qui souffrit d’une diffusion très limitée grâce notamment au blocus exercé par Disney aux Etats-Unis, le studio ne voulant pas d’ombre pour sa version animée qui sortira deux ans plus tard. Mais revenons en 1949, avec une adaptation très intéressante, puisqu’elle mélange vrais acteurs et animations en stop-motion. Bien évidement, pour un film qui fêtera bientôt ses 70 ans, l’ambition des effets spéciaux de l’époque ont quelque peu perdu de leur superbe, et étant donné qu’il s’agit quasiment d’un copier-coller de la mouture de Disney, on pourra apprécier les trouvailles techniques trouvées pour réaliser ce qui semblait impossible : un étrange trop incompréhensible où ça crie tout le temps qu’on veut couper des têtes. Et ça chante aussi, même si la qualité du son a elle aussi été victime des années. Une bonne découverte tout de même.


La Traversée du Temps de Mamoru Hosoda
Japon, 2006, 104’, VF

Makoto est une jeune lycéenne qui passe une grande partie de ses loisirs à jouer avec deux amis de son âge. Par hasard, elle se trouve dotée de l’étrange pouvoir de remonter le temps. D’abord enthousiasmée, elle va se rendre compte que traverser le temps pour modifier le cours des événements «passés» comporte certains risques.

AVIS DE MIZAKIDO :

Appréciant pourtant le travail de Mamoru Hosoda, je n’avais jamais eu l’occasion de visionner La Traversée du temps, mais voilà qui est chose faite. Rentrant pile poil dans le thème de cette édition des Utopiales, le premier film « original » du réalisateur (vu que l’homme est déjà passé par Digimon et One Piece) pose déjà les base de son cinéma : le fantastique, l’amour et la famille. Et c’est une réussite. L’animé reprend la recette classique du voyage dans le temps et apporte sa petite touche personnelle de manière inventive en étant drôle et touchant à la fois. On pourra parfois se demander le pourquoi du comment de certains dialogues (s’agissant d’une suite et non d’une œuvre à part), pester contre des petits trous dans un scénario assez simpliste (mais efficace dans le genre tranche de vie), et râler un peu contre une version française de plus ou bonne facture, mais le plaisir est bien là. Pas la meilleure œuvre du réalisateur donc (Les enfants loups est tellement top-tiers), mais à voir quand même !

AVIS DE VIDOK :

La Traversée du temps est un classique de Mamoru Hosoda (Summer Wars, Les Enfants Loups, Le Garçon et La Bête), paru en 2006, qu’il était plutôt logique de retrouver dans ces Utopiales 2017 centrées sur le temps. En raison d’un “souci technique”, le film était présenté en version française. Un scandale pour les puristes et une bénédiction pour les parents. L’un des objectifs du festival étant de toucher le plus grand nombre, ce n’était finalement pas si mal. Pourtant, cette version française nous gratifie de certains dialogues à humidifier son siège tant ils sont soit ridicules soit mal joués. La qualité du long-métrage, heureusement, n’est jamais égratignée. Il faut dire que cette histoire de retour dans le temps au début drôle et plus tard un peu plus dramatique – les affaires des uns faisant le malheur des autres – onze ans après sa sortie reste rafraîchissante. L’héroïne évolue d’une belle manière, en même temps que le spectateur qui comprend petit à petit les conséquences. Dessiné par les maîtres de Madhouse, La Traversée du Temps ne fait pas son âge, son animation continuant de nous impressionner. Un indémodable de l’animation japonaise.


Le Portrait de Dorian Gray de Albert Lewin
États-Unis, 1945, 111’, VOSTF

À Londres, en 1866, Basil Hallward peint le portrait d’un séduisant jeune homme, Dorian Gray. Ce dernier s’amourache de Sybil Vane, une chanteuse de cabaret, mais les conventions rigides de son milieu le font rompre et elle se suicide. En rentrant chez lui, il trouve que son portrait a une expression plus dure, presque cruelle.

AVIS DE MIZAKIDO :

Il y aura eu beaucoup de pellicules en noir et blanc cette année dans les rétrospectives, et ce n’est finalement pas si mal. Le Portrait de Dorian Gray est un grand classique du cinéma dont je n’avais jamais entendu parler, mais le pitch m’a poussé à aller le voir. Alors que je m’attendais à plus de fantastique et de science-fiction, c’est finalement à un film d’horreur assez bien foutu que j’ai pu voir là, même si le côté horrifique est plus dans la psychologie que dans l’effusion de sang. Hurd Hatfield joue ici à la perfection cet homme sans âme, avec un visage tellement sans expressions ou émotions qu’il en devient vraiment flippant. Sa descente aux enfers ne voit que dans son portrait qui se défigure au fur et à mesure, balancé à intervalles régulier dans la tronche du spectateur. Je note d’ailleurs, dans ces moments là, l’excellente trouvaille qui consista à appliquer de la couleur de la couleur sur la pellicule, ce qui est assez surprenant et déstabilisant pour des yeux habitués à voir du noir et blanc pendant de longues minutes.


La Jetée de Chris Marker
France, 1962, 28’, VF

La Troisième Guerre Mondiale a détruit Paris. Les rescapés, terrés dans les sous-sols, imaginent un plan audacieux. Ils décident d’appeler le passé et le futur à la rescousse du présent en envoyant des émissaires à travers le temps. Parmi eux un homme obsédé par un souvenir, le visage d’une femme sur la jetée d’Orly, quelques instants avant une mort violente…

AVIS DE MIZAKIDO :

J’avais beaucoup entendu de La Jetée, notamment au travers de l’excellente émission Blow Up d’arte, et les Utopiales, qui proposaient de le projeter sur un écran digne de ce nom, m’a permis d’enfin le voir. Alors je vais pas trop refaire la roue avec ces quelques mots : le film, entièrement monté comme un roman photo, est une tuerie, et prouve qu’avec un certain culot qu’avec « peu » de moyens, on arrive à faire un film d’anticipation marquant, ambitieux, diablement bien pensé, et extrêmement marquant. Le procédé, très saccadé, ne plaira pas à tout le monde, assurément, mais difficile de nier l’audace et le génie de Chris Marker. L’accompagnement sonore, avec la narration sans fausse note de Jean Négroni et des musiques de Trevor Duncan, met directement dans l’ambiance. On m’avait dit que La Jetée était une œuvre culte, je confirme. Difficile de nier ce qu’il a pu inspirer par la suite comme réalisateurs, écrivains et autres. Du grand art.


Les Prédateurs de Tony Scott
États-Unis, 1983, 97’, VOSTF

Miriam est une femme-vampire née en Égypte il y a 4000 ans. Elle possède le don de l’immortalité. Elle vit, désormais, à New York, avec son compagnon John depuis 300 ans. John est alors frappé d’un processus accéléré de vieillissement. Afin de tenter de le sauver, Miriam rencontre la séduisante Sarah, docteur spécialiste des mécanismes du vieillissement…

AVIS DE MIZAKIDO :

Sur le papier, Les Prédateurs, ou The Hunger dans sa version originale, vend absolument du rêve. Première réalisation de Tony Scott, qui fera juste après le mythique Top Gun, il met en scène Catherine Deneuve, David Bowie et Susan Sarandon dans un film vampirique aux tendances oscillant entre l’onirique, l’érotique et le punk. A la projection, difficile de nier que la pellicule en a sous le capot coté esthétique, avec un énorme travail sur l’ambiance visuelle avec des couleurs et plans léchés, mais le film déçoit finalement rapidement par sa structure scénaristique un peu éparse et finalement superficielle que les acteurs, malgré tout leur talent, ont du mal à extrapoler (voir sauver) à l’écran, malgré la présence de moments intéressants ou quelque peu osés pour un film diffusé en plein après-midi. C’est parfois trop lent, certaines scènes ne sont pas utiles ou alors parcourues trop rapidement, et on a du mal à rattacher le tout pour donner du crédit à cette œuvre pourtant ambitieuse, mais non sans gros défauts.


It’s Such a Beautiful Day de Don Hertzfeldt
États-Unis, 2012, 62’, VOSTF

Une série d’événements sombres et troublants obligent Bill à reconsidérer le sens de sa vie…

AVIS DE MIZAKIDO :

Et voilà donc le film qui m’aura le plus marqué pour ces Utopiales 2017, voir depuis un paquet d’années. Je connaissais le travail de Don Hertzfeldt avec son hilarant et métaphysique World of Tomorrow (projeté durant l’édition 2015 du festival) ou encore son bien étrange gag du canapé des Simpsons, donc revoir son nom dans le programme m’a directement fait prioriser le visionnage de It’s Such a Beautiful Day. Son apparence de film d’animation “simpliste” avec ces bonhommes bâton est tout à fait trompeuse : il s’agit là d’un véritable travail d’orfèvre, aux vues des nombreuses trouvailles visuelles utilisées de manière réfléchie, de la narration entièrement assurée par le réalisateur lui-même, et des choix musicaux de ce dernier pour accompagner l’oeuvre. Même en l’absence de véritables dialogues, le quotidien de ce petit bonhomme, en proie aux épreuves de la vie, prend aux tripes. Drôle et particulièrement émouvant, It’s Such a Beautiful Day aborde de nombreux thèmes humains (voir philosophiques) avec une justesse telle qu’elle saura parler à n’importe qui, sans jamais aller dans l’excès. Il est certain que le film touchera les personnes différemment, mais personnellement, j’ai quitté la séance quelque peu chamboulé, mais époustouflé. Et je m’en suis pas encore vraiment remis. Mais vu le silence général et l’absence de mouvement dans la salle pendant la minute qui a suivit la réapparition des lumières, je n’ai visiblement pas été le seul. A voir absolument, donc.


C’est Arrivé Demain de René Clair
France, 1944, 85’, VOSTF

Un journaliste new-yorkais reçoit chaque jour de façon inexplicable le journal du lendemain. Il profite de la situation et coiffe sur le poteau des scoops tous ses confrères.

AVIS DE MIZAKIDO :

Annoncé par le président du festival comme une rareté de projection, C’est arrivé demain est une bien belle surprise “Made in France but filmed in Hollywood”. René Clair signe ici ce qui sera plus tard Demain à la une, mais avec un héros plus charismatique que Kyle Chandler, ainsi que tout un cast d’acteurs et actrices talentueux. On passe vraiment un bon moment, et l’affiche ne ment pas : il s’agit d’une comédie et non d’un film de pure science-fiction. Et pour le coup, il reste tout à fait drôle, avec des gags visuels et des dialogues très bien écrits. Une comédie qui n’oublie pourtant pas son côté fantastique, ni même de proposer une belle petite morale ainsi qu’une piste à la réflexion : si on vous offrait le moyen de savoir ce qui allait se passer demain, serait-ce une chance ou un fardeau ?

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