The Legend of Dragoon
Appréciation 3

Même s’il accuse le temps, The Legend of Dragoon peut encore arriver à séduire les esprits qui s’adaptent au retrogaming. Ne se hissant pas au même niveau que des Final Fantasy VII, VIII, IX, Grandia, Suikoden, Xenogears et autres références intemporelles de la même génération, Sony a quand même réussi à développer quelques petites idées aussi intéressantes qu’enthousiasmantes, essentiellement via un gameplay de combat tournant autour d’un système de combos prenant, au travers d’un jeu de rôle japonais typé « cas d’école » tant il s’avère classique, stéréotypé, trop peu approfondi et linéaire. Typiquement le RPG tirant sur le moyen-bon qu’il est sympathique de faire une fois ou deux

Résumé 3.0 Correct

The Legend of Dragoon

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Pour le sujet du jour, on va se faire un bon gros flashback pour revenir en début d’année 2001. On était toujours à l’ère de la première Playstation, et dans nos contrées, le nom des Final Fantasy contribuait à lui seul à l’essor grandissant du RPG japonais. Déjà parce que Squaresoft avait eu la riche idée de les localiser, même si le premier essai de traduction a été misérablement loupée avec Final Fantasy VII. Même si finalement, ça n’a pas tellement joué en sa défaveur puisque ça ne l’a pas empêché de fédérer les foules avec brio – quand on regarde dans le rétro, c’est un petit charme amusant du jeu même si dans le fond, on grince quand même pas mal des dents de ce beau gâchis. Et est arrivé ce qui devait arriver : un gros boom et tout le monde s’engouffre dans la brèche. Traduction dans nos langues maternelles ou non, bon nombre de J-RPG sortent, certaines séries s’octroyant plus de succès et de reconnaissance, autant sur le moment, qu’après-coup tel une malédiction Van Goghienne, alors que d’autres font de vrais flops de médiocrité – un certain Legend Of Foresia arrive cependant à faire figure d’exception ayant réussi à se fourvoyer d’un statut culte dans la catégorie des navets. Dans tous les cas, même si on a pu voir du Wild Arms, du Suikoden, du Breath Of Fire et autres grosses séries qui ont perduré jusqu’à la génération suivante, voire au-delà, il n’empêche qu’à cette époque, c’était bien vers Squaresoft qu’on se retournait le plus (les Final Fantasy bien sûr mais aussi sur des Parasite Eve, Saga Frontier, Vagrant Story, Front Mission, et nombre de grands noms qui ne sont injustement jamais sortis en France). Un âge d’or qui devait sembler bien déloyal pour ses concurrents qui peinaient beaucoup à se hisser ne serait-ce à un niveau de popularité équivalent. Autant dire que faire du J-RPG à ce moment-là pouvait être aussi casse-gueule que lucratif. Sony espérait bien, en s’y mettant, réussir à atteindre la seconde possibilité avec The Legend of Dragoon. Malheureusement pour lui, le résultat n’a pas été celui qui a été escompté puisqu’on ne l’a pas forcément vu reconduire beaucoup l’expérience. Et pour cause, ce premier essai est sorti chez nous très peu de temps avant Final Fantasy IX. Concurrence déloyale je vous disais hein…

the-legend-of-dragoon_screen-001Échec commercial dû en partie à un très mauvais timing de sortie mais on ne va pas non plus se faire l’avocat du diable. Les faits sont là : Sony n’a pas l’expérience de Squaresoft en terme de RPG et cela se sent. Car franchement, même si le jeu est arrivé par chez nous deux ans après sa sortie japonaise, il n’empêche que The Legend of Dragoon se montre bien modeste par rapport à la série des Final Fantasy qui a eu tout le loisir de se rôder, tant sur le fond que sur la forme. Et à côté lorsqu’on regarde le malheureux prétendant de Sony, on constate vite qu’il fait plus office de ramasseur de miettes qu’autre chose. Il n’y a qu’à regarder l’enveloppe pour s’en convaincre : le jeu a beau nous montrer des cinématiques fort jolies, pour le reste, The Legend of Dragoon se prend le délai de sortie différée dans nos terres européennes tant c’est typiquement le genre de soft qui paraît vieux dès sa sortie avec cette esthétique in-game qui se situerait techniquement parlant entre Final Fantasy VII et Final Fantasy VIII. Mais du plus beau que le leader portant le numéro sept pour des personnages coupés à la hache de façon moins grossière sans l’être vraiment puisqu’il n’arrive pas spécialement à se hisser à sa hauteur en terme de level-design ici oscillant entre classicisme moyen, du peu inspiré et du fort joli réussissant enfin à faire preuve de personnalité bien que ces derniers arrivent surtout dans les dernières frasques du jeu.

Un point qui caractérise d’ailleurs l’ensemble de The Legend of Dragoon : il s’agit là d’un jeu qui ferait office de cas d’école du RPG japonais en insufflant quelques petites touches de personnalité par-ci et par-là. Un jeu qui est handicapé par l’expérience limitée en matière de RPG de son studio de développement qui, par souci de sécurité, reste dans les sentiers balisés les plus modestes du style. Mais à côté de ça, sauvé par des développeurs qui avaient toutefois quelques bonnes idées à insuffler dans son projet et les ont bien intégré au sein de ces fondations très scolaires, amenant quelques traits de personnalité au soft fort bienvenus. Ce qui explique pourquoi The Legend of Dragoon est toujours resté dans la catégorie des seconds couteaux dans ce panier, à l’époque de la 32 Bits très prolifique, où l’ombre de la sortie imminente de Final Fantasy IX et le classicisme et autres outils techniques moins pète-aux-yeux que ceux dont disposaient Squaresoft donnant un air de « vieux jeune » l’a un peu étouffé. Mais que ces quelques soupçons de personnalité et singularité l’ont mine de rien sauvé de l’indifférence étant donné qu’il a toutefois connu son petit succès d’estime dans la presse et les férus de RPG de l’époque. Car même si The Legend of Dragoon n’a pas réinventé la poudre, ne se hisse clairement pas au même niveau que les leaders du genre, le jeu avait au moins l’intérêt d’être agréable et sympathique à parcourir. Et certains, par nostalgie, vous le diront certainement encore.

Et ils ont raison, le jeu reste encore fort sympathique. Malgré tout, il faut quand même reconnaître que presque quinze ans plus tard, il se prend une pléiade de rides en plus. Lorsqu’on reprend en main une vieille relique, il y a deux solutions : soit elle se révèle intemporelle et s’avère tellement valable qu’elle pourra même fédérer des générations plus jeunes qui ne l’ont pas connu à l’époque, soit elle accuse un sacré coup de vieux jusqu’à rebuter les jeunes joueurs qui n’arrivent pas à s’adapter aux mécaniques typiquement retro – et ils sont nombreux, mode du retrogaming ou non – voire même certains vieux joueurs qui savent tellement évoluer en même temps que le marché vidéo-ludique et technologique qu’ils n’arrivent plus à se remettre dans l’état d’esprit d’une époque qu’ils ont pourtant eux-mêmes connus. Si la trilogie Final Fantasy de la première Playstation arrive sans surprise à se classer dans les intemporels en compagnie d’autres références du genre (citons au hasard Xenogears, Chrono Cross, Grandia ou bien les deux premiers Suikoden comme l’a prouvé la récente reissue dématérialisée sur le PSstore…), The Legend of Dragoon fait malheureusement partie de la seconde catégorie aux côtés de bien d’autres camarades tels que Jade Cocoon, Legend of Legaia, Azure Dreams ou bien encore Guardian’s Crusade.

the-legend-of-dragoon_screen-002Car il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Si les aventures de Dart dont le périple commence avec son retour dans le village fraîchement ravagé où il a grandi après quelques années d’absence ne sont pas désagréables à suivre en soi, nous avons là une histoire à tiroirs qui commence par différentes étapes, allant de la simple libération de son amie d’enfance enlevée par les soldats qui ont détruit le village en question pour se faire embringuer au cœur d’une guerre visant à stopper les désirs de conquête d’un empereur auto-proclamé en mal de pouvoir et de terre. Pour terminer vers une finalité plus profonde que de simples conflits politiques puisqu’il en va de la sauvegarde du monde en empêchant une prophétie vieille de 11000 ans de se réaliser. Bref, ça a l’air confus dit comme cela mais l’histoire se passant dans un univers heroic fantasy des plus classiques s’avère plaisante à suivre. Pas transcendante mais cohérente. Pas non plus d’une originalité à toute épreuve mais non dénuée de rebondissements inattendus. Même s’il faudra faire preuve de patience, les tiroirs posant une intrigue qui met beaucoup de temps à se dévoiler, l’aventure étant étalée tout de même sur quatre galettes – les véritables tenants et aboutissants commençant à être mis en lumière au cours du troisième disque d’où la patience plébiscitée – pour une petite quarantaine à cinquantaine d’heures de jeu en ligne droite. Le tout dans une narration qui semblera aujourd’hui un brin maladroite, la traduction française renforçant cette impression non pas pour sa mauvaise qualité mais pour ce manque cruel de naturel et de spontanéité dans les dialogues en plus de quelques bizarreries qu’on retrouve surtout dans les spécificités techniques (noms d’objets, d’intitulé de menu, etc). Ce qui entache un poil le capital charisme du casting – notre fine petite bande se verra composée de neuf larrons en tout et pour tout – pas si désagréable mais manquant tout de même de panache et de personnalité en règle générale à cause de ce dernier point et de leur caractère très stéréotypé. On pourra lui jeter la pierre mais voilà bien des aspects en accord avec ce qu’on voyait beaucoup à l’époque. Et on a vu bien pire. Tout comme on a vu mieux – les intemporels ne se revêtissent pas cette étiquette pour rien après tout.

Par contre, ce que The Legend of Dragoon a pu faire de pire, c’est bien ces horribles doublages, localisés eux aussi dans la langue de Molière. Même si ils n’interviennent heureusement pas de façon systématique, les doubleurs étaient vraiment aux prunes, donnant un caractère aussi kitsch que les séries animées du Club Dorothée de l’enfance des générations 80’s, début 90’s. Ce qui n’est pas très flatteur en soi. Là encore, voilà un fait révélateur d’une époque, l’exercice des doublages localisés n’étant pas si fréquents et très souvent loupés – quelqu’un au fond de la salle aurait-il chuchoté le nom de Metal Gear Solid ? – la cause sans doute à des doubleurs fort peu concernés par le média vidéo-ludique. Là où les Japonais et Américains savaient trouver de l’intérêt à l’exercice, preuve en est avec le sujet du jour où les plus curieux et autres férus de l’import se rendront compte que le doublage américain est bien plus réussi. Tout en restant dans le domaine sonore, les musiques s’attirent le même jugement que le level design, entre très bon (se référer au magnifique thème intégré ci-dessous), pas désagréable mais pas forcément en phase avec le contexte, voire insipide ou carrément insupportable.

 

the-legend-of-dragoon_screen-003En ce qui concerne le système de jeu, on reste dans ce que le RPG fait de plus classique. Plutôt complet dans son ensemble mais plutôt évasif lorsqu’on se centre sur un aspect en particulier. On est loin de la profondeur de jeu d’un Final Fantasy. Ce qui pourra décevoir l’habitué du genre le plus pointilleux, The Legend of Dragoon se révèle par ailleurs être une très bonne mise en selle pour les débutants, montrant les bases de façon simple et claire sans non plus faire dans l’assistanat que l’on peut voir dans le jeu vidéo actuel. Point d’encombrements et de fioritures, le débutant ne goûtera ici pas aux joies des explorations hasardeuses qui le conduira à se perdre pendant des heures tant le tout est linéaire. Point de donjons labyrinthiques, et même la mappemonde où l’on ne fait que suivre des chemins prédéfinis en pointillé – système montrant vite des limites gênantes étant donné que le procédé nous conduit à des allers-retours parfois fastidieux où l’on se doit de traverser des zones déjà visitées puisqu’on ne peut pas les contourner – nous met en lumière ce qu’a été le RPG de Sony : un jeu rectiligne où le joueur est mis sur rails et comme tout bon train/tramway/métro qui se respecte, on traverse l’histoire principale pour ainsi dire d’un trait sans rencontrer spécialement beaucoup d’aiguillages, les quêtes secondaires étant en effet très (trop ?) peu nombreuses. La linéarité est telle qu’il s’avère tout bonnement impossible de s’offrir de longues pauses de leveling ou encore de garnissage de porte-feuille, The Legend of Dragoon s’avérant là encore fort radin. Les monstres aléatoires ne rapportent presque rien et il faut uniquement compter sur les boss pour obtenir rigueur et richesse. Une optimisation là encore idéale pour le débutant qui ne se retrouvera pas découragé de ce genre de mécaniques de jeu fastidieuses que le chevronné du genre ne connaît que trop bien et a fini par plus ou moins apprécier avec le temps et l’expérience. Et ainsi, le joueur ne pourra se préoccuper que d’une chose : l’histoire principale.

Excellent candidat pour le joueur débutant, est-ce que cela fait-il de ce soft un jeu facile ? Le joueur moyen trouvera sûrement une progression fluide avec quelques petits heurts. Notamment à cause d’une décision assez discutable. The Legend of Dragoon est en effet le seul jeu où les personnages sont capables de porter 250 pièces d’équipement et seulement 32 petits objets de soin, de renforcement et d’attaque. Car il est fort connu qu’une armure lourde est bien plus légère qu’une fiole de potion magique. Incohérence qui amusera beaucoup, il n’empêche que cette limitation des petits objets représentent une certaine difficulté. Étant donné que le système mis en place au niveau de la magie – on y reviendra plus loin – invite à une utilisation assez parcimonieuse de celle-ci, autant pour l’offensif que le curatif, ces objets deviendront vite capitaux pour la survie de nos valeureux guerriers, ce qui rendra le rôle du personnage de notre bande basé sur le modèle du soigneur dans ses capacités et caractéristiques assez anecdotique au passage. Le jeu nous impose là un sens aigu de la gestion de son inventaire qui pourra parfois devenir un petit cauchemar plutôt gentillet. Que jeter pour récupérer le contenu de ce coffre ? Ai-je assez de potions pour tenir contre ce boss ? En prendre une maintenant ne serait-il pas du gaspillage superflu qui me vaudra cher par la suite ? D’autant plus que certains objets d’attaque peuvent parfois se révéler fort utiles, inutile de dire que l’incohérence entre nombre maximal d’objet et nombre maximal d’équipement transformera ce petit sourire amusé en un petit concerto de grincement de dents lorsque l’on finit par s’apercevoir de l’importance que le jeu accorde à l’utilisation d’objets.

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Flikvictor
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Un RPG de série B assez spectaculaire à son époque. Il tenait sur 4 CD et était doté de belles cinématiques.