Stacking
Stacking était attendu sans vraiment l’être. A comprendre que le grand public n’en avait que cure de ce petit jeu PSN au rabais même pas foutu d’avoir des graphismes bouleversants, d’autres, plus à la recherche d’originalité, ont bien dû le voir passer depuis le départ. Et ils auraient tort de s’en passer. Après un Costume Quest de bonne facture, les gais lurons de Doubles Fine se lancent dans un second assaut du monde téléchargeable et restent sur la même thématique de l’enfance. Mais fini le côté carnavalesque, on va fouiner dans son coffre à jouets et on ressort les bonnes vieilles petites poupées de bois en provenance du grand froid de la Russie. Eh ouais, on ne fait pas que se noyer dans des biberons de vodka chez l’ex-nation soviétique, on sait aussi s’amuser comme n’importe quel gosse. Mais que se passerait-il si ces petites figurines prenaient vie ? Laissez-moi vous dire qu’on est très loin de Toy Story ou de Small Soldiers et c’est bien là que Stacking intervient pour vous le prouver.
Pas facile la vie d’une poupée, surtout une petite !
T’as toujours rêver de vivre la vie d’un objet de ton étagère ? Après tout, c’est cool, tu passes ton temps sur l’étagère, t’as pas à travailler, juste à te faire tripoter de temps à autre par une âme charitable. Peut-être que sur ton étagère, tu as une petite série de poupées russes… Oh mais non malheureux ! Va pas croire, la vie d’une poupée russe, ce n’est pas si facile. Tu crois que tu passes ton temps à rien foutre ? Mais détrompe-toi, elles aussi, elles ont une vie, comme toi et moi. Avec un peu de chance, tu peux finir dans les croisières de luxe à tâter du caviar ou mettre tes gosses en séjour dans un train pour bourgeois en lieu et place de pourvoir une nounou. Ouais, avec un peu de chance, tu aurais cette vie-là… Ce serait cool hein ?
Mais va pas croire, tu peux très bien te retrouver comme le pauvre pecnot sans le sou qui trime sans cesse pour pouvoir se payer trois patates pour le dîner. Tu peux être ramoneur par exemple. Nettoyer les conduits de cheminée des autres, ça, c’est gratifiant. Mais encore faut-il qu’on te donne du boulot, tu as une femme et des enfants à nourrir mon gars ! Ils comptent tous sur toi, les gros bonnets sont à tes trousses pour venir te tirer tous tes meubles. Tu es à la limite de ne plus être, crever par famine dû au manque de fric. Et puis, qui ira te regretter, toi et ta famille ? Vous êtes pauvres, tout le monde s’en fout de vous. Juste de bonnes poires à taxer pour le Baron afin de continuer à asseoir, encore et encore, son régime tyrannique.
Ou alors, tu ne peux être que le dernier-né de cette famille de ramoneurs, Charlie Blackmore. Oh, ne t’enchante pas trop vite, ce n’est pas non plus la belle vie ! Déjà tu crèves de faim, après tu vois ton père disparaître pour aller travailler – Ô joie, enfin, il en a enfin déniché un – père dont tu n’as plus de nouvelles, ni même de traces d’argent rapporté à l’horizon. Alors évidemment, il faut bien payer les dettes familiales. Et quoi de mieux que débaucher les enfants pour ça ? Enfin, ton heure de gloire est arrivée, tu fera quelque chose d’utile dans ta vie : sauver ta famille de la précarité. Ah bah non, t’as cru quoi ? Après tout, tu n’est qu’un gosse, Charlie, qu’est-ce qu’on peut bien faire faire à la plus petite poupée du monde ? Minus va. Même ta sœur est plus utile que toi – c’te honte pour ta fierté masculine. Il ne reste plus qu’à se contenter d’un tête-à-tête avec maman. Mais le temps passe, le temps passe, et aucune nouvelle des futurs sauveurs économiques de la famille. Et ce qui devait arriver arriva, maman s’inquiète comme toute bonne mère le ferait dans ces conditions. Et toi, Charlie, n’écoutant que ton noble courage, tu te dévoues pour aller chercher, et ton paternel, et tes frères et sœurs. Et zou, sur un coup de tête, te voilà parti, livré à toi-même dans ce monde sans vergogne où tout le monde n’en a rien à foutre de toi (est-ce qu’ils te voient déjà?). Mais qui sait, au bout de tout cela, c’est peut-être ton heure de gloire qui sonnera. Allez Charlie, va sauver ta famille prise aux griffes du méchant Baron, va et ne te retourne pas ! Même ta mère te laisse faire, pourquoi revenir en arrière alors ?
Petit mais rusé.
Le petit Charlie n’est peut-être pas fort par la taille mais il en a sous la caboche. Tel un renard, profitant de l’indifférence générale à son égard, il n’hésite à s’approprier les autres pour pouvoir avancer dans son périple. Après tout, si ce n’est pas possible de faire quelque chose par soi-même, qu’est-ce qu’il y a de mal d’inviter (forcer un peu la main) quelqu’un d’autre à le faire à sa place ? Car il ne faut pas croire, le monde autour de soi peut se révéler vite hostile, et c’est encore plus vrai lorsqu’on est de taille lilliputienne : c’est fou comme le monde paraît immense ! Les gens autour de soi aussi d’ailleurs. Eh oui, exactement la même chose que le regard qu’on a de l’univers qui nous entoure quand on est jeune (et con). Un véritable monde de géants. Puis, en grandissant, il nous paraît beaucoup moins gigantesque, les gens ne nous impressionnent plus autant que cela pouvait être le cas auparavant. Et en cela, c’est fou ce que Stacking a été bien fait. L’impression de grandeur et de petitesse est fidèle selon les points de vue. On se sentira vite intimidés par les gens qui nous entourent dans notre taille minuscule jusqu’à même à avoir du mal à se rendre compte de ce qui peut se passer en hauteur. Puis, une fois dans la peau d’un adulte de grande taille, quelle rigolade de se balader au travers de toute cette bande de morpions ! C’est fou ce que le monde paraît différent selon la taille… Mais une chose est sûre, en ce qui concerne le jeu, qu’on soit petit ou grand, une constante reste.
L’univers est absolument magnifique. Le background a été extrêmement bien travaillé. Que ce soit ces décors et lieux dignes de la révolution industrielle du début du XXème siècle ou les cutscenes mises en scène de la même manière d’un film muet. Ce qui s’avère un excellent choix car très cohérent avec l’époque. Et nul doute que ces frasques muettes jouent beaucoup à donner vie à tous ces petits protagonistes de bois. Double Fine a fait très fort. Utiliser des objets et leur insuffler de la vie, c’est totalement bluffant. Il n’est pas rare qu’on en vienne à oublier qu’on a des poupées russes devant soi à la base et non, des êtres vivants à part entière.


