VA-11 Hall-A – Cyberpunk Bartender Action
Appréciation 5

Si vous aimez les visual novels et la science-fiction dans son sens le plus noble, jetez-vous sans hésiter sur VA-11 Hall-A. Une fois le concept un brin particulier de barmaid avalé, nul doute que le soft vous fascinera par son univers et narration de qualité. Qui saura vous faire gamberger. Et qui n’aura de cesse de vous troubler sur certains aspects, surtout compte tenu de l’actualité récente.

Résumé 5.0 Extra

VA-11 Hall-A – Cyberpunk Bartender Action

Il y a des jeux du cœur qui te prennent aux tripes dès les premières minutes et dont la fascination ne se tarit pas de tout son déroulement. C’est ce qu’il s’est passé avec VA-11 Hall-A où il serait malvenu de s’arrêter à son patronyme des plus barbares. Ni même à sa non-localisation dans la langue de Molière car n’importe qui possédant un niveau moyen en anglais comprendra les tenants et aboutissants de cette histoire de barmaid des temps futuristes où la SF retrouve toutes ses lettres de noblesse. A noter toutefois que si l’expérience vous tenterait mais que la barrière de la langue vous bloque réellement, il serait bon de ne pas totalement sortir le soft de sa ligne de mire, une fantrad’ étant en cours pour la version PC et semble d’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, plutôt bien avancée. En tout cas, un grand merci à Limited Run Games d’avoir pris la peine de le sortir en boîte et ainsi lui permettre une nouvelle mise en lumière deux ans après sa sortie un brin confidentielle. Quoiqu’on puisse penser du distributeur, son service et ses prix, nul doute que je n’aurais jamais entendu parler de ce visual novel autrement. Et clairement, et pour de multiples raisons que je m’apprête à vous partager, cela aurait été fort dommage…

Ne vous laissez pas avoir par le sous-titre parlant « d’action ». S’il est vrai que l’on sera continuellement amené à servir des cocktails basées sur des recettes qui nous sont données via le tactile de la PS Vita, cette notion s’avère plus limitée qu’on veut bien nous le présenter. Il est vrai qu’à certaines reprises, servir un cocktail en particulier aura une incidence sur le fil de l’histoire comme être confronté avec des personnages cachés – issus de 2064 : Read Only Memories dont l’univers est le même quand bien même les deux jeux ne sont pas signés par la même équipe de développement – ou encore des têtes-à-têtes privilégiés avec certains clients pendant la pause cigarette, voire carrément quelques scénettes supplémentaires de viande ivre si l’on se décide à abuser sur les doses d’alcool. Ce qui, en soi, donne une bribe de notion de choix habilement camouflée à ce visual novel. Malheureusement, c’est trop peu fréquent et limité pour qu’on en tienne pleinement compte, cantonnant VA-11 Hall-A à une simple narration textuelle linéaire.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que ce soit un défaut car le soft brille particulièrement sur ce plan-là. Et ce, sur de multiples domaines. A commencer par les différentes thématiques abordées au fil des discussions avec les clients. Nous nous retrouvons dans une ville futuriste et même si l’on reste confiné à un seul et unique endroit, à savoir ce bar un peu mal famé, les développeurs ont réussi à y apporter énormément de détails et de substance pour qu’on cerne pleinement à quoi elle pourrait ressembler en-dehors du lieu de travail de l’héroïne, tout particulièrement d’un point de vue politique et social. Science-fiction oblige, on nous amène sur divers exemples : le capitalisme amené à son paroxysme avec toutes les conséquences que cela peut bien apporter (la place des banques et autres multinationales dans le pouvoir politique, les milices de protection citoyennes privées corrompues, les médias d’information sous la croupe totale de leurs actionnaires, les révoltes sociales violentes), la présence de nano-machines greffées sur les humains (que ce soit à titre vital ou simplement cosmétique) ainsi que d’androïdes dotés de conscience vivant leur vie avec plus ou moins d’harmonie avec les humains, l’évolution du hacking au sein de la société, l’évolution du métier de streameur, etc. Le tout avec toutes les évolutions que l’on pourrait imaginer : le racisme de couleur de peau s’est vu remplacé par le racisme anti-androïdes, les différences d’identité sexuelles sont considérées comme totalement normales, les manifestations sont considérés comme des actes de terrorisme social, les androïdes intègrent également l’industrie du sexe (pornographie, prostitution) ainsi que les milieux culturels, sportifs et artistiques, voire on nous susurre même à demi-mot que la ville se retrouve dans un état de hiérarchisation sociale d’une manière similaire à Midgar de Final Fantasy VII (les pauvres dans les couches du bas pourrissent dans la lumière artificielle et la débauche de pollution tandis que les riches profitent du soleil et de l’air pur dans les hauteurs. Et bien entendu, nous retrouvons aussi des problématiques plus « légères » et personnelles comme les relations familiales, les ras-le-bol des comportements typés « cas sociaux » sur les proches, les peurs de dévoiler ses sentiments à la personne que l’on aime, la perte d’un être cher ainsi que la culpabilisation que cela peut bien amener, la notion de principes et moralités d’un tueur à gages.

Bref, vous l’aurez compris, VA-11 Hall-A s’avère foisonnant dans ses thématiques, à chaque fois finement développé, ne manquant pas d’inviter perpétuellement à la réflexion personnelle, d’autant plus que l’on perçoit aujourd’hui des prémices de nombreux aspects qui composent cette ville. Que l’on ne voit pas mais nous paraît étrangement vivante et pertinente. Et pourtant, et paradoxalement, la narration n’y va pas par le dos de la cuillère. Car ce sont de véritables personnages qui témoignent avec leur propre personnalité et vocabulaire, sans filtres, s’enfonçant parfois très loin en terme de caractère cru. Ce qui donne d’autant plus d’authenticité et de crédibilité à l’ensemble, protagonistes comme background. En tout cela, VA-11 Hall-A s’avère passionnant à suivre de bout en bout sans qu’on ne sente le moindre ennui ou longueur gênante, ni même de frustration d’être placé sur un déroulement totalement linéaire.

Un autre point fort que l’on peut reconnaître au soft, c’est sans doute l’ambiance qu’il dégage. Les personnes travaillant (ou ayant travaillé) dans des métiers de contact au sein de petits quartiers, petites villes ou villages le percevront d’autant plus. Il se dégage une promiscuité et une convivialité réelle des murs de ce bar. Comme une impression agréable d’être chez soi, avec ses proches, qu’ils soient habitués des lieux ou de simple passage ponctuel. Voilà quelque chose qui s’explique peut-être par la caractère de notre héroïne de barmaid, entre asociabilité réelle dans sa vie personnelle et bienveillance à demi-masquée auprès de ses clients. Ou comment cacher une réelle curiosité et volonté de connaître les autres sous un masque faussement désintéressé. Au point de réellement le ressentir face à tous ces clients dont on finira, plus ou moins rapidement selon les cas parfois hauts en couleur, à s’attacher. Jusqu’à sentir un réel plaisir à les revoir au fil des jours, renforçant d’autant plus l’aspect cocooning des lieux.

Autre point que l’on pourra applaudir : le volet technique. La direction artistique très retro-SF et le character-design interpellent et flattent l’œil agréablement. Assez pour ne pas se lasser de voir continuellement le même décor de fond. De la même manière, on pourra également noter la grande qualité des musiques (dont l’OST fera l’objet d’un article dédié), variées et parfaitement en adéquation avec l’univers du jeu, que l’on découvrira pour la quasi-globalité via nos choix de pistes choisis sur le jukebox du bar. Un point de détail renforçant d’autant plus l’immersion dans notre rôle de barmaid de choc. Autant dire : Sukeban Games a mis du cœur à l’ouvrage et l’on sent pertinemment tout l’amour qu’il vouait à son bébé pour qu’il puisse se présenter de la meilleure des manières. Et ce, malgré les contraintes budgétaires que l’on imagine.

J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec VA-11 Hall-A. Le concept particulier attise la curiosité mais l’on s’étonnera davantage de la grande qualité de sa narration et de son univers riche et authentique qui nous est déroulé. Au point qu’on se fiche quelque peu de jouer les Tom Cruise dans un bar futuriste. C’est qu’il ne faudrait pas oublier : les relations avec les autres sont autrement plus intéressantes que de faire joujou avec son shaker en se la pétant. On ressort grandi à titre personnel de cette petite pépite qui mérite amplement une meilleure exposition au milieu de toute l’armada de visual novels asiatiques tout plein de culottes et autres jeux de drague insipides. Vivement la suite qui est d’ores et déjà prévue pour 2020 sous le nom, toujours aussi barbare, de N1RV-Ann-A !

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